vous etes ici : Accueil » SUR DES OEUVRES DE TIERS » Cycle Japonismes 2018 (I) - La France à l’heure du Japon
  • > SUR DES OEUVRES DE TIERS
Cycle Japonismes 2018 (I) - La France à l’heure du Japon

D 5 juillet 2018     A par Viktor Kirtov - C 6 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


JAPONISMES 2018 – LA CORRESPONDANCE DES ÂMES

Cette année, la France et le Japon fêtent 160 ans de relations diplomatiques. À cette occasion, Paris accueille une programmation culturelle exceptionnelle qui se décline de juillet 2018 à février 2019, en une cinquantaine d‘événements en Île de France : du théâtre Kabuki à Chaillot à l’exposition “Jakuchu” au Petit Palais en passant par le théâtre japonais contemporain mis à l’honneur lors du Festival d’Automne à Paris, l’exposition Manga Tokyo à la Villette, 100 films japonais à la Cinémathèque française…

Cette série de manifestations fait écho au japonisme, cet engouement que les artistes français ont eu pour la culture nippone durant la deuxième moitié du XIXe siècle et le début du XXe siècle.. Son sous-titre “Les âmes en résonance” reprend l’expression qu’utilisait Paul Claudel, alors ambassadeur de France au Japon, pour évoquer les relations entre les artistes des deux pays.

“Le japonisme, c’est le Japon, mais c’est aussi l’histoire : c’est “Il était une fois le Japon”, explique Didier Fusillier, directeur de la Villette qui accueillera une exposition du groupe d’artistes Team Lab. C’est déjà ce qui est demain et ce qu’on va vivre avant tout le monde : c’est un Japon rêvé et de nombreux artistes seront dans tout Paris et si le public le désire, ils vont pouvoir vivre comme s’ils étaient au cœur de Roppongui à Tokyo,” s’enthousiasme-t-il.

Pour un avant goût, partons au Japon

Pour avoir un avant-goût de ce qui attend les spectateurs lors de “Japonismes 2018”, nous partons au Japon, à l’extrémité sud de l‘île de Shikoku face à l’océan Pacifique et plus précisément à Kochi, une ville de pêcheurs où autrefois, on chassait la baleine. Aujourd’hui, elle reste appréciée des gourmets pour ses spécialités de bonite et ses algues aromatiques.

Mais depuis les années 50, Kochi s’est surtout distinguée en créant le Yosakoi, un festival de danse folklorique où les coutumes traditionnelles frayent avec la culture manga. En ce début du mois de mars, nous assistons aux premiers spectacles de printemps. Et pour plonger au cœur de la culture Yosakoi, nous suivons les danseurs du groupe Junintoiro qui ont décroché la première place lors du dernier grand concours de la ville.

“Le Yosakoi a été créé en 1954 après la guerre, précise Yu Shimasaki, danseur au sein de Junintoiro, pour remonter le moral aux habitants de la ville de Kochi par la danse.” Sa partenaire Ai Urata renchérit : “Les personnes âgées aussi bien que les enfants dansent tous le Yosakoi, cette danse est ancrée dans le style de vie. Les gens adorent cette danse et la pratiquent depuis qu’ils sont tout petits,” insiste-t-elle.

Akira Takahashi dirige le groupe. “Au Japon, il y a beaucoup de festivals, mais la plupart sont assez calmes alors que le Yosakoi est un festival où jeunes, vieux,femmes et hommes peuvent tous participer librement, fait-il remarquer avant d’ajouter : J’ai fondé cette équipe en me demandant ce que l’on pouvait faire tous ensemble en s’unissant, on veut devenir les meilleurs de Kochi et du Japon et notre devise, depuis sa création il y a vingt ans, est : ‘Cent jours d’entraînement, le résultat d’un instant’.”

Lors de “Japonismes 2018”, le Yosakoi fera son festival au Jardin d’Acclimatation à Paris au mois d’octobre.

Les tambours japonais “réveillent les sentiments”

Découvrons un autre pan bien vivant de la culture japonaise dans le village de Tao dans la préfecture de Oita au sud du Japon. Nous avons rendez-vous avec le groupe de grands tambours japonais Drum Tao. Chaque matin, ils commencent leur entraînement à 6h, juste avant le lever du soleil.

“A l’origine, le grand tambour japonais servait à rythmer les prières et à motiver les troupes sur les champs de bataille,” raconte Ikuo Fujitaka, président, directeur et fondateur de la troupe.

Arisa Nishi, leader de Drum Tao, nous fait part de sa passion pour le tambour japonais : “La première fois que j’ai entendu le son du wadaiko, c‘était un son puissant, mais agréable et rassurant. J’avais l’impression que mon ADN et mes cellules interagissaient avec la sonorité de cet instrument, je crois que mes cellules commençaient à frémir, j’ai senti que cet instrument avait la force de réveiller les sentiments,” estime-t-elle.

(Source : Euronews)

Shizuko ABE

C’est un honneur et une très grande joie d’assister au lancement au mois de juillet, en France, de « Japonismes 2018 : les âmes en résonance » – la plus grande série de manifestations culturelles japonaises jamais organisée – à l’occasion du 160ème anniversaire des relations nippo-françaises. Durant huit mois, cette vaste opération présentera de manière exhaustive le meilleur de la culture japonaise sur l’ensemble du territoire français, à commencer par Paris, capitale mondiale de l’art. Pour le gouvernement japonais, cette activité de promotion culturelle d’une envergure sans précédent constitue un projet phare qui fait de la « culture » un nouveau pilier de sa diplomatie.

La France peut être fière de ses arts et de sa culture qui n’ont pas leur pareil dans le monde. Claude Monet, Auguste Rodin ou Victor Hugo continuent de fasciner les Japonais. De même, notre pays possède une culture riche et variée, produit d’un héritage ancien, que nous souhaitons partager avec les Français. La tenue de Japonismes 2018, qui fera rayonner notre culture dans la France entière, depuis l’art préhistorique de l’ère Jômon jusqu’à celui du Japon moderne maniant avec habileté les dernières technologies, s’inscrit dans cette volonté.

L’exposition « FUKAMI - une plongée dans l’esthétique japonaise », qui donnera le coup d’envoi en juillet [du 14 juillet au 10 août 2018, Hôtel Salomon de Rothschild], sera l’occasion de découvrir le sens esthétique japonais avec une perspective nouvelle. Imaginée par Masahiko Tsugawa, initiateur de Japonismes 2018 , cette exposition révèlera de façon tout à fait originale toutes les facettes de l’esthétique nippone, des poteries de Jômon aux productions contemporaines.[…]

Shinzo ABE
Premier ministre du Japon

Trésor national, la Dogu [figurine en argile] connue sous le nom de "Vénus Jomon " période moyen Jomon, 3000-2000 avant J.C.
Du site Tanabatake, Chino City, Nagano Chino City, (Musée Togariishi d’archéologie Jomon )

OEuvre a découvrir lors de l’exposition Jomon à la Maison de la culture du Japon à Paris.

Emmanuel MACRON

[…]. Il s’agit d’un événement majeur entre nos deux pays, reflet de notre longue histoire d’amitié, de la fascination réciproque entre nos peuples, de l’ambition qui est la nôtre de renouveler notre dialogue pour le porter à la hauteur des enjeux de notre temps.

2018 est une année hautement symbolique. Elle marque le 150ème anniversaire du début de l’ère Meiji, moment où le Japon, s’engageant sur la voie de la modernité, s’ouvre à l’Occident. Elle est également l’année du 160ème anniversaire des relations diplomatiques entre nos deux pays. Enfin, nous célébrons, au cours de cette année 2018, le 150ème anniversaire de la naissance de Paul Claudel, qui fut au XXème siècle un grand ambassadeur de France au Japon.

Emmanuel MACRON
Président de la République française

JAPON, CHIFFRES CLES

126 MILLIONS

la population du Japon, soit plus de deux fois la population française.

6 852
le nombre d’îles composant l’archipel du Japon.

111
le nombre de volcans encore actifs soit 1/10ème des volcans actifs terrestres.

27 000
le nombre de sources thermales au Japon.

21

le nombre de sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. 17 d’entre eux font partie du patrimoine culturel et les 4 autres font partie du patrimoine naturel.

5 690

le nombre de musées au Japon.

3 776 METRES

la hauteur du Mont Fuji, le plus haut sommet du Japon. Majestueux,

il se révèle être le symbole du pays. Connu à travers le monde pour sa beauté et sa forme conique, il est situé au milieu du Japon à environ 100 km à l’ouest de Tokyo.

634 METRES

la hauteur du Tokyo Sky Tree, tour de radiodiffusion numérique.

DU 13 AU 15 AOUT
Obon : la fete des âmes. Au Japon, l’approche de la mort est différente de celle de l’occident. La disparition d’un proche signifie un renouveau pour son âme.

1868-1912

dates de l’ère Meiji. Cette période symbolise la fin de la politique d’isolement volontaire appelée sakoku et le début d’une politique de modernisation du Japon. L’ère Meiji se caractérise par un basculement du système féodal vers un système industriel à l’occidentale.

2020

l’année des jeux olympiques d’été de Tokyo qui succéderont aux jeux de Rio.

10 000

le nombre de kilomètres entre Paris et Tokyo, soit 12 heures de vol.

LE PROGRAMME DES EVENEMENTS

Voir ICI le programme détaillé (pdf)

Quelques uns des spectacles dans les prochains jours :

Concerts de tambours japonais et shamisen


Kenji Furutate (à g.), Keisho Ohno (à d.)
ZOOM : cliquer l’image


CONCERT
LES 5 ET 6 JUILLET 2018
JAPAN EXPO
PARC DES EXPOSITIONS DE PARIS-NORD VILLEPINTE

La musique japonaise se met en quête de nouveaux horizons avec ce concert de wadaiko et de shamisen interprété par Kenji Furutate et Keisho Ohno. Japan Expo accueille ce concert qui lui offre une nouvelle occasion de mettre sur le devant de la scène la culture japonaise la plus traditionnelle comme la plus moderne.

Bien qu’issus d’un répertoire classique, le wadaiko et le shamisen s’accordent parfaitement aux musiques modernes. Kenji Furutate et Keisho Ohno revisitent ainsi leurs instruments de prédilection en combinant sons électroniques, ma (littéralement traduit par « entre temps »), l’intervalle de la cadence de la musique traditionnelle japonaise, et les rythmes occidentaux. Ils bouleversent les clichés et exposent une musique japonaise en perpétuel renouveau, toujours prête à relever de nouveaux défis.

·Organisation :
Fondation du Japon
·En collaboration avec :
Japan EXPO
·Avec :
Kenji Furutate (Wadaiko), Keisho Ohno (Shamisen), producteur : Jiro Hatano

DRUM TAO : DRUM HEART


© DRUM TAO
ZOOM : cliquer l’image


CONCERT
LES 13 ET 15 JUILLET 2018
LA SEINE MUSICALE

Présentation
À travers des performances de tambour wadaiko d’une grande puissance expressive et des chorégraphies spectaculaires, le groupe DRUM TAO s’est forgé une notoriété internationale en se produisant dans 23 pays et 500 villes. Au total, c’est plus de 7 millions de spectateurs à travers le monde qui ont découvert l’univers de DRUM TAO.

Habillés par des costumes à dominante japonisante de la créatrice Junko Koshino, les artistes de DRUM TAO ont, en 2016, donné six représentations Off Broadway à New York à guichets fermés. Newsweek écrivait alors que « TAO incarnait le meilleur du Japon » à l’étranger. Avec plus de 400 spectacles par an, le groupe a largement contribué à faire connaître dans le monde entier la magie des instruments traditionnels japonais, notamment ses tambours.

Leur succès est aussi critique puisque DRUM TAO a remporté de nombreux prix : Prix de la promotion culturelle et scientifique par des personnes de mérite culturel du département d’Oita, Prix de la créativité culturelle de la municipalité de Taketa, 6e Prix du mérite décerné par le commissaire de l’Agence japonaise du tourisme (JTA).

À l’occasion de Japonismes 2018, DRUM TAO se produit pour la première fois en France !

·Lieu : La Seine Musicale (Île Seguin, 92100 Boulogne-Billancourt)
·Organisation : Fondation du Japon
·Avec le soutien de Renault, Nissan, Mitsubishi


FUKAMI, une plongée dans l’esthétique japonaise


(Left) National Treasure, Flame Style Vessel, Tokamachi City Museum (Right) ANREALAGE collaboration with NAWA Kohei | SANDWICH, ANREALAGE 2017-2018 autumn winter collection “ROLL”
ZOOM : cliquer l’image


EXPOSITION
DU 14 JUILLET AU 18 AOÛT 2018
HÔTEL SALOMON DE ROTHSCHILD

Tradition et modernité, flou et forme, éphémère et éternité, deux faces contraires d’un même élément : l’esthétique japonaise ou l’art de la coexistence des opposés.
Présentée dans l’Hôtel Salomon de Rothschild, cette exposition qui marquera le coup d’envoi deJaponismes 2018est conçue sous le commissariat de Yuko Hasegawa, directrice artistique au musée d’art contemporain de Tokyo. Elle dévoilera l’âme de l’esthétique japonaise à travers un parcours jalonné d’œuvres traditionnelles et de productions contemporaines. Quel meilleur exemple pour illustrer l’harmonie qui transcende les medium artistiques et les époques et pour incarner la vitalité propre à l’esthétique japonaise, qu’une poterie Jômon de plusieurs milliers d’années avant J.C., présentée à côté d’une robe sculptée par le jeune créateur de la marque Anrealage, inspirée justement de ladite poterie ? À travers un large éventail de créations (peinture, installation, photographie, mode, sculpture, etc.) et de thématiques illustrant une multiplicité de concepts (primitivisme, hybridation, minimalisme, alchimie, philosophie de la légèreté, renaissance, etc.), l’exposition appréhendera l’esthétique japonaise, qui unit tradition et modernité, sous une perspective nouvelle.

·Lieu : Hôtel Salomon de Rothschild
·Organisation : Fondation du Japon
·Concept initial : Masahiko Tsugawa, président, comité de promotion pour Japonismes 2018
·Commissaire : Yuko Hasegawa, directrice artistique du Musée d’art contemporain de Tokyo et professeur à l’université des arts de Tokyo
·Avec le concours de Canon Marketing Japan Inc., JAPAN AIRLINES, MHD Moët Hennessy Diageo K.K.


SHOCHIKU GRAND KABUKI


"NARUKAMI" Nakamura Shido as Monk Narukami ©Kishin Shinoyama, Nakamura Shichinosuke as Princess Kumonotaema ©Shochiku
ZOOM : cliquer l’image


SPECTACLE
DU 13 AU 19 SEPTEMBRE 2018 (Le 17 septembre relâche)-
CHAILLOT - THÉÂTRE NATIONAL DE LA DANSE
AVEC LE FESTIVAL D’AUTOMNE À PARIS

· Onze ans après, le kabuki, forme épique de l’art théâtral japonais, est de retour à Paris. Avec Iromoyô Chotto Karimame Kasane et Narukami, ce programme mêle deux classiques du répertoire interprétés par Nakamura Shidô II et Nakamura Shichinosuke II, légendes vivantes dukabukicontemporain.

Théâtre traditionnel japonais d’une grande splendeur, dont les origines remontent au XVIIe siècle et à l’époque d’Edo, lekabukika, le chant ;bu, la danse ;ki, l’art de la scène – se caractérise par un jeu d’acteurs codifié et par un décor, des costumes et des maquillages très élaborés. Depuis 1981, le genre a régulièrement été présenté par le Festival d’Automne à Paris, et le présent programme est un événement qui associe deux pièces classiques et populaires du répertoire. La première, Iromoyô Chotto Karimame, communément appelée Kasane du nom de son héroïne malheureuse, est un drame dansé créé en 1823 qui impressionne par la perfection de sa composition esthétique et la richesse de son accompagnement musical. La deuxième, Narukami, dont la toute première version fut présentée en 1684, conte l’histoire d’un religieux bouddhiste malveillant que la princesse Kumonotaema mettra à l’épreuve de la luxure. Deux pièces qu’interprètent deux véritables stars dans le pays : Nakamura Shidô II – né en 1972 -, qui joue principalement des rôles d’homme, et Nakamura Shichinosuke II – né en 1983 -, dont la particularité est d’incarner aussi bien les rôles de femme que les rôles homme. • David Sanson

·Organisation : Fondation du Japon, Agence pour les Affaires culturelles du Japon
·Coréalisation : Chaillot – Théâtre national de la Danse, Festival d’Automne à Paris
·Avec le soutien de la Fondation franco– japonaise Sasakawa
·Production : SHOCHIKU Co., Ltd.
Avec le soutien de la compagnie aérienne ANA - All Nippon Airways


PHILIPPE SOLLERS ET LE JAPON

Autant la Chine est présente dans les écrits de Philippe Sollers, autant le Japon y est presqu’absent.
Philippe Sollers n’est jamais allé au Japon, il y a néanmoins quelques supporters, dont Shizuko Abe, une universitaire japonaise, aujourd’hui à la retraite, venue l’interviewer à Paris en 2008 et dont nous avions rendu compte [sur pileface-1802]. Quelques uns de ses livres sont traduits en japonais dont Mystérieux Mozart et Femmes…

Dialogue avec Shizuko Abe

Shizuko Abe : Est-ce que vous êtes déjà venu au Japon ?

Philippe Sollers : Non, jamais, jamais. Ça aurait pu se faire mais ça ne s’est pas fait. Voilà, je ne sais pas pourquoi. Mais ça peut se faire un jour [1]. Je reçois beaucoup, beaucoup de signaux très positifs du Japon. Notamment je ne sais pas si je l’ai là... Voilà, c’est ça... Ah, si, c’est très important. C’est Femmes en poche. La traductrice, dites-moi le nom de la traductrice parce que j’ai oublié. Je crois que c’est une traductrice...

_ Sh. A : Monsieur Sôji Suzuki.

_ Ph. S : C’est un homme. C’est un traducteur. Vous ne trouvez pas, c’est joli ? C’est joli comme édition, très mignon. C’est poche. C’est très bien. J’aime bien ça...

Pour vous dire ma situation internationale, comme on dit, c’est très amusant parce que par exemple pour les Américains, je suis too french alors que pour les Japonais, à plusieurs reprises, c’est même pas assez français. Pourquoi ne serais-je pas français comme les Impressionnistes après tout sont français. Le drapeau japonais peint par Monet, c’est connu (rires), Soleil levant. Donc il y a ça.


Claude Monet, Impression, soleil levant, 13 novembre 1872
Huile sur toile 48 × 63 cm (Musée Marmottan Monet, Paris)
ZOOM... : Cliquez l’image.

Dialogue Julia Kristeva – Philippe Sollers où il est question de Japon

Dans Femmes, il écrit ce dialogue entre eux à l’île de Ré, leur retraite.

Elle :C’est curieux comme personne ne nous convient, non ? » Lui : « On est trop intelligents. On s’aime trop. » Elle : « Oh, dis donc ! Non. Je crois qu’on reste étrangers, c’est tout... A moins de s’installer une bonne fois à New York ? » Lui : « Pourquoi pas ? » Isolement reconverti en chic New-Yorkais... mais au bout, presque rien. Elle : « J’ai eu une sorte de révélation, la dernière fois, au Japon, tu sais ?... A Kyoto... Qu’on allait vraiment vers le vide... […] Lui, rêveur : « Je suis triquard auprès des universitaires. Elle a ses amis. J’ai les miens. Elle va en Angleterre, au Japon, aux Etats-Unis. Je vais à Venise. On s’écrit, on se téléphone beaucoup. La vie imite l’art ! C’est un personnage assez romanesque pour moi. »

In Libération, 5/08/1996
« La vie à deux : Julia Kristeva et Philippe Sollers . »

Quand Paul Claudel décrivait le tremblement de terre de Tokyo, en 1923

Le 1er septembre 1923, un tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée et d’un incendie détruisit presque totalement l’agglomération de Tokyo-Yokohama. L’écrivain Paul Claudel était alors ambassadeur de France au Japon. Pendant deux jours, il va venir au secours de ses compatriotes et sillonner les routes à la recherche de sa fille, portée disparue. Il publiera en 1927 le récit de ces heures terribles : A travers les villes en flammes fait partie du recueil poétique L’Oiseau noir dans le Soleil levant (Poésie/Gallimard). Extraits.

Le 15 mars 2011, un nouveau séisme sous-marin provoquant un tsunami frappe la partie nord-ouest de l’île d’Honshu, au Japon.
Une autre catastrophe que n’avait pas imaginée Paul Claudel vient immédiatement s’y ajouter ; elle ne provoquera aucun décès direct mais ses conséquences seront terribles. Deux des constructions qui font face à cette vague géante sont descentrales nucléaires, proches de la ville de Fukushima : Daiichi, qui comporte six réacteurs, et Daini, qui en a quatre [2],.

Néanmoins, faute d’antécédent littéraire dans la description d’une catastrophe nucléaire, Philippe Sollers invoque Paul Claudel dans l’entrée « Japon » de son Journal du mois dans le JDD de mars 2011 :

JAPON

« Comment parler d’un torrent d’images, toutes plus catastrophiques les unes que les autres ? Tremblement de terre, tsunami géant, centrale nucléaire abîmée, malheur, morts, peur, ouragan de boue, radioactivité, Fukushima rimant brusquement avec Hiroshima, milliers de disparus, l’enfer. Je laisse la parole à Paul Claudel en 1923 :

« Le Japon est, plus qu’aucune autre partie de la planète, un pays de danger et d’alerte continuelle, toujours exposé à quelque catastrophe : raz de marée, cyclone, éruption, tremblement de terre, incendie, inondation. Son sol n’a aucune solidité. Il est fait de molles alluvions le long d’un empilement précaire de matériaux disjoints, pierres et sable, lave et cendres, que maintiennent les racines tenaces d’une végétation semi-tropicale... L’homme d’ici est comme le fils d’une mère très respectée, mais malheureusement épileptique... C’est une chose d’une horreur sans nom que de voir autour de soi la grande terre bouger comme emplie tout à coup d’une vie monstrueuse et autonome... Un choc, encore un autre choc, terrible, puis l’immobilité revient peu à peu, mais la terre ne cesse de frémir sourdement, avec de nouvelles crises qui reviennent toutes les heures. »

Philippe Sollers, Journal du mois de mars 2011.

Soutien de Philippe Sollers à des écrivains japonophiles

Le soutien de Philippe Sollers au « japonisme » s’exerce indirectement à travers des écrivains qui lui sont proches, qu’il publie dans sa collection L’Infini, ou dans la revue éponyme, comme Michaël Ferrier (Tokyo - Petits portraits de l’aube, Fukushima), Jean- Michel Lou (Le cœur du vide), Marc Pautrel (Ozu, revue L’Infini 123, Eté 2013), ou aussi Philippe Forest, l’exégète de l’avant-garde sollersienne avec son Histoire de Tel Quel, De Tel Quel à L’Infini, une biographie Philippe Sollers, mais aussi féru de littérature japonaise et auteur de Sarinagara et Du Japon

A propos de Michaël Ferrier, Philippe Sollers notait dans son Journal du Mois de mars 2012 dans le JDD :,

Aucun reportage ne peut donner le sentiment intime de cette catastrophe [le désastre de Fukushima]. Pour cela, il faut un écrivain véritable, Michaël Ferrier [3] :
« La pluie tombe, mais ce n’est plus la pluie, le vent souffle, mais ce n’est plus le vent : il porte avec lui le césium et le pollen, des bouffées de toxines et non des parfums. La mer, tout en continuant à rugir, devient muette de terreur. Elle dilue autant qu’elle peut ces résidus mortifères. Le jour est inhabitable. La nuit s’installe et n’apporte pas l’oubli, juste la crainte de nouveaux rêves, plus sombres et plus fétides à chaque fois. L’horreur est une atmosphère : particules perdues, nuages poudreux, rayonnements douteux. Nous en sommes arrivés - ou revenus - au stade météorologique de notre histoire : nous confions notre destin au vent, aux vagues. »

Philippe Sollers
Mon journal du mois (JDD, mars 2012)

LIENS

VOIR AUSSI sur pileface, notamment :

Le coeur du vide

Sollers vu par une universitaire japonaise Shizuko Abe

"Michaël Ferrier, écrivain du corail"

L’art du jardin japonais

Après Fukushima

Le Japon d’Amélie Nothomb

VOIR AUSSI

Cycle Japonismes 2018 (II) - Paul Claudel « Ambassadeur-poète » au Japon

et prochainement :

Cycle Japonismes 2018 (III) – Le goût du Japon dans la littérature contemporaine : Michaël Ferrier


[1Je savais que Sollers n’était jamais allé au Japon et je lui en ai demandé les raisons.

[2Cinquante-et-une minutes après la première secousse, la première vague dutsunami, d’une hauteur de 15mètres, atteint la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. la centrale qui avait été conçue pour résister à un séisme de magnitude 8 et à un tsunami de 5,7mètres de haut, est entièrement inondée, détériorant installations électriques et systèmes de sécurité, ajoutant une catastrophe nucléaire à la catastrophe naturelle

[3Fukushima. Récit d’un désastre, Gallimard/L’INFINI, 2012

Un message, un commentaire ?

Ce forum est modéré. Votre contribution apparaîtra après validation par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • NOM (obligatoire)
  • EMAIL (souhaitable)
Titre
Ajouter un document
  • Lien hypertexte

    LIEN HYPERTEXTE (Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)


6 Messages

  • Albert Gauvin | 22 juillet 2018 - 12:51 1

    Sollers et le Japon. Belle lecture de J.-M. Lou, l’auteur de Corps d’enfance corps chinois. Sollers et la Chine. Le Japon, c’est Roland Barthes, ami de Sollers, et son Empire des signes, c’est Kristeva/Deb et... Les samouraïs (qui fait écho aux Mandarins de Simone de Beauvoir, plus chinois), et c’est Philippe Forest, l’un des meilleurs lecteurs de Sollers. C’est aussi Michaël Ferrier (version Fukushima, récit d’un désastre). Parmi tous ces voyageurs du temps, un seul "Chinois" peut-être, de Tel Quel à L’Infini : Marcelin Pleynet.


  • Viktor Kirtov | 22 juillet 2018 - 10:25 2

    Cher Jean-Michel Lou, c’est toujours avec plaisir que je vous lis, ici vos commentaires judicieux et étayés de citations puisées au cœur même des œuvres de Philippe Sollers. Merci pour cette contribution éclairante.

    Nota pour les lecteurs de Pileface : vous pouvez retrouver Jean-Michel Lou, cité dans différents articles de pileface à partir du lien suivant :

    ww.pileface.com/sollers/spip.php ?mot1680


  • Jean-Michel Lou | 21 juillet 2018 - 18:30 3

    Cher V.K., c’est vrai que Philippe Sollers n’aime pas trop le Japon. Cela n’a aucune importance d’ailleurs : chez Sollers il ne s’agit pas du "Japon" ni de la "Chine" d’ailleurs mais de lieux symboliques s’inscrivant dans une géographie intérieure. Je vous envoie un petit texte inédit qui prolonge vos remarques sur ce propos.

    PJ : Sollers et le Japon (pdf)


  • Viktor Kirtov | 14 juillet 2018 - 21:12 4

    ART
    Expositions, théâtre, concerts ou danse... La France connaît en 2018 une saison japonaise florissante. En tête d’affiche de ce programme : un accrochage à l’hôtel Salomon de Rothschild, réalisé par la très respectée conservatrice en chef du musée d’art contemporain de Tokyo : Yuko Hasegawa. Rencontre exclusive pour Numéro art.


    Portrait de Yuko Hasegawa réalisé par Raphaël Vicenzi.

    Numéro art : Parlez-nous de l’exposition que vous préparez pour Japonismes 2018 à l’Hôtel Salomon de Rothschild, à Paris…

    Yuko Hasegawa : Il s’agit d’une exposition transhistorique, c’est-à-dire qu’elle est conçue comme un dialogue entre la créativité et l’innovation à travers les époques. Ce dialogue a pour ambition de révéler l’esthétique au Japon. Tout au long des onze salles, j’ai souhaité mettre en avant des dualités thématiques, mais sans les opposer. Je voulais montrer qu’elles peuvent fonctionner de pair, voire devenir un seul et même environnement. Par exemple, une robe du créateur Anrealage évoque les décors en terre cuite de l’époque préhistorique Jomon ; une peinture sur fond noir d’Anne Laure Sacriste renvoie aux œuvres traditionnelles sur soie et aux laques de Shibata Zeshin. On a en quelque sorte affaire à des paysages philosophiques inspirés des croyances animistes toujours prisées au Japon, qui transcendent l’hybridation ou la synesthésie. Cette exposition présente la pensée japonaise à travers une approche esthétique et philosophique, et se pose comme une alternative au dualisme occidental et à la pensée centrée sur l’humain.
    […]

    La suite ICI : http://www.numero.com/fr/art/interview-yuko-hasegawa-japonismes-2018-expo-fukami-une-plongee-dans-l-esthetique-japonaise-hotel-salomon-de-rothschild-paris


  • Viktor Kirtov | 14 juillet 2018 - 18:14 5

    Les drapeaux des deux pays asiatiques ont ouvert le défilé la Fête nationale de la France, escortés par sept soldats japonais et sept soldats singapouriens. "Le président Macron a choisi de mettre en valeur l’Asie, qui devient un théâtre majeur des relations internationales et qui ne se limite pas à la Chine et à sa puissance prééminente", a commenté sur France-info Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse au Centre Asie de l’Institut français des relations internationales.

    On sait que Singapour est l’un des principaux partenaires de l’armée de l’Air française en Asie du Sud-Est. Depuis vingt ans, des pilotes de chasse singapouriens sont formés sur la base aérienne de Cazaux. Depuis 1998, plus de 180 d’entre eux y ont été brevetés. L’année 2018 marque, par ailleurs, le 160e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la France et le Japon.

    Le Japon devait être représenté par son Premier ministre Shinzo Abe qui a annulé sa visite en France en raison des pluies meurtrières qui ont touché son pays. Il était représenté par le ministre des Affaires étrangères japonais Taro Kono.

    Shinzo Abe retenu au Japon face aux pluies exceptionnelles qui ont fait au moins 100 morts au Japon

    Shinzo Abe et Emmanuel Macron POOL NEW / REUTERS

    Le Premier ministre japonais Shinzo Abe avait déjà donné lundi 9 juillet, à Tokyo, le coup d’envoi de Japonismes 2018, la série d’événements culturels nippons qui se tiendront dans toute la France de juillet 2018 à février 2019, à l’occasion du 160e anniversaire des relations diplomatiques franco-japonaises. A Giverny, où se tient depuis mars l’exposition japonisme/impressionnismes dans le musée des Impressionnismes, les deux dirigeants devaient avoir un entretien bilatéral et faire une déclaration conjointe.

    Avec le Premier ministre de Singapour Lee Hsien Loong, reçu pour le dîner vendredi à l’Elysée, Shinzo Abe devait être l’invité d’honneur du chef de l’Etat lors du défilé militaire du 14 juillet. L’an dernier, le président américain Donald Trump en avait été l’hôte d’honneur.

    Mais face à la gravité des pluies exceptionnelles qui ont fait au moins 100 morts et des dizaines de disparus dans l’ouest du Japon, des voix se sont élevées dès samedi pour juger que le Premier ministre devait renoncer à son voyage afin de donner la priorité aux sinistrés. Le bilan de ces précipitations qui se sont abattues jusqu’à dimanche et ont entraîné inondations, destructions de routes ou ponts et glissements de terrain, risque encore de s’aggraver au fil des heures.


  • Viktor Kirtov | 5 juillet 2018 - 11:14 6

    Aujoud’hui 5 juillet 2018
    Parc des Expositions de Paris-Nord Villepinte

    Concerts de tambour japonais et shamisen. Toujours en recherche d’innovation, Kenji FURUTATE et Keisho OHNO offrent de nouveaux horizons à leurs instruments de prédilection.

    Lien sur vidéo des artistes : cliquer l’image ci-dessous :