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La règle du jeu de Marcelin Pleynet

La poésie doit être faite par un, non par tous

D 4 juillet 2018     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Marcelin Pleynet : « Les poètes ne sont pas portés à rire. Moi, si. »
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LA RÈGLE DU JEU

Tous ceux qui ont des égaux, ou croient en avoir, sont des envieux.

Les honnêtes gens et ceux qui aiment la vertu ne sont jamais sujet à l’indignation.

Pourquoi vous dissimuler ? Est-ce que vous craignez que quelqu’un de ceux qui sont ici et qui vous regardent ne vienne à vous reconnaître demain ?

L’existence sociale des hommes oblitère leur pensée.

Je ne vous demande pas pourquoi l’inceste vous préoccupe à ce point.

Les règnes :
Le juste milieu n’aspire qu’au minéral.
Le faux milieu au végétal.
Le vrai semblant à l’animal.

On dit que tes désirs n’aspirent qu’à me plaire !

Qui a jamais rêvé tel quel pour dire j’y étais voudrait refaire ce rêve infini.

Les visions des rêves n’ont pas reçu en partage une nature divine, ni un pouvoir
divinatoire et pourtant elles se produisent comme des simulacres.

Saint Thomas parlant de l’inceste l’assimile à une thésaurisation de l’émotion.

« Il faut absolument que la société pose clairement l’inceste comme un interdit. » (La Secrétaire d’État chargée des Droits de la Femme.)

Il se levait la nuit pour se regarder dormir.

Chez la plupart des hommes, ce qui est en repos est engourdi. Ce qui est en mouvement est enragé.

Socrate n’a jamais dit qu’il fût un homme. Socrate n’a jamais dit qu’il ne fût point un homme. Que disait-il ?

C’est pour avoir méconnu jusqu’ici le véritable Homère que la vérité nous est restée cachée.

C’est pour ne pas avoir méconnu jusqu’ici le véritable Homère que la vérité nous est restée cachée.

La poésie comme la pensée doit être intempestive.

Lautréamont n’a jamais été un poète contemporain.

Bulletin paroissial d’inaction poétique américano-soviétique : tic, tic, tic et tic.

Combien de vivants qui paraissent morts et dont la carcasse bien ou mal habillée est vide.

Nous ne sommes pas tous des juifs allemands.

Si la solitude ne m’éclaire pas, elle m’aveugle... mais alors je ne suis plus tout à fait seul.

La lutte dans le domaine de la philosophie ne témoigne que du débat du puritanisme avec lui-même.

Rien n’est moins idéal que le bien, le mal, la poésie, la vérité, la beauté, la justice.

L’imaginaire ne souffre jamais.

On peut tout dire de Dieu, même s’il n’existe pas. Mais comment l’écrire ?

On ne discute pas les principes quand on croit les discuter.

J’aime le mouvement qui déplace les lignes.

L’autre n’est ni en aval, ni en amont. Il est jeu.

Guy Debord et le topos du monde renversé... A vous.

Les phénomènes m’intéressent autant que les lois.

Gorbatchev metteur en scène du provincialisme planétaire : « Du passé faisons table rase » et que règne l’idiot international : « Le monde va changer de base » ? Pourquoi pas, en effet ? Bien trouvé !

« Si au lieu d’être un enfer, l’univers n’avait été qu’un céleste anus immense, regardez le geste que je fais du côté de mon bas ventre. »

Jouissance de la pensée. Jamais assez.

L’infiniment grand.
L’infiniment petit.
L’infiniment complexe.
Et la pensée, emboîtage, molécule, masse, brique de la matière macrocosmique.

Mon histoire n’a pas d’âge.

Grande entreprise toujours hasardeuse, la nouvelle science témoigne de l’impuissance du destin qui échoue devant elle.

Mallarmé déclare que nommer un objet c’est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème. Mais que me fait la jouissance du poème si ma jouissance à moi c’est de nommer mon objet : commandement, souffle, parole, fortune, grand mat dressé.

La poésie ne se trouve pas partout où se trouve le sourire du poète à bec de canard.

II

Éloge poétique du mensonge.

« Le mensonge et le vers, de tout temps, sont amis », La Fontaine.

Que la poésie est irrespectueuse
qu’elle traite trop légèrement des dieux
qu’elle est trop facile à lire.

Que la poésie contemporaine m’entretient d’opinions et de sentiments qui ne sont pas les miens.

Toutes les vérités sont bonnes à dire.

Aujourd’hui tous les poètes nationaux sont socialistes.

Tous les goûts ne sont pas dans la nature.

On doit plus d’égards à un homme qu’à la vérité.

Le poète implante dans l’individu un mauvais gouvernement en flattant sa partie déraisonnable.

Au lieu de procurer du plaisir et d’inciter à l’admiration, la poésie moderne n’inspire que de l’ennui.

En fait de poésie, la cité n’admet que des hymnes aux dieux et l’éloge des gens de bien.

« La chienne qui aboie contre son maître »
La bande des poètes.

Médiocre accouplé à médiocre n’engendre que du médiocre.

Il faut absolument dire que les dieux font la guerre aux dieux.

La poésie n’est pas une affaire d’initié, ni de victime, elle n’exige que le sacrifice du caractère d’un homme.

Un dieu seul est capable de sortir de la forme qui lui est propre.

Les dieux, sous les traits de voyageurs étrangers, parcourent les villes avec des déguisements de toute espèce.

Tous consentent à être trompés dans la partie intime de leur être.
Même moi.

Le mensonge exprimé dans les paroles est un mensonge absolument pur.

Le vice est une imitation de l’âme.

Le vrai mensonge est toujours aimé des dieux et des hommes.

Le poète sait peindre de belles couleurs le monde des morts. Il aime la mort.

J’aimerais mieux travailler chez un autre, fût-il riche, que de servir chez les morts.

Dieu ne comprend pas la mort.

La mort elle-même ne se connaît pas.

« Lorsque par un décret des puissances suprêmes
Le poète apparaît en ce monde ennuyé
Sa mère épouvantée et pleine de blasphèmes
Crispe ses poings vers dieu qui la prend en pitié. »

« Hélas ! malheureuse que je suis ! hélas j’ai enfanté un héros pour mon malheur. »

Les poètes ne sont pas portés à rire. Moi, si.

Il est tout à fait plausible que l’on représente les hommes respectables dominés par le rire. Et plus encore les dieux.

J’ai toujours été intempérant.

« Pour nous il nous faut un poète et un conteur austère plus utile qu’agréable et propre à servir notre dessein. Il n’aurait pour nous que le ton de l’honnête homme et conformerait son langage aux règles que nous avons prescrites en dressant un plan d’éducation. »
Telles sont les directives du syndicat.

Platon craignait Homère.
Il avait raison.
J’aurais tort de l’ignorer.

Les socialistes n’aiment pas le marquis de Sade qui passa sa vie en prison, ils préfèrent David qui fut président de la Convention et membre du Comité de Salut public.

La philosophie doit pourtant tout dire.

Il faut défendre les forts contre les faibles.

Il n’est malheureusement pas prouvé à nos yeux qu’une chose soit chaude dans la mesure où elle est lumineuse. Car je vois autour de moi bien des choses qui émettent de la lumière et pas de chaleur.

Le matérialisme est, en soi, une poésie grandiose.

Je sais pour mon bien que je me suis souvent trompé.
C’est la raison même : « l’erreur a aussi son mérite ».

« Il ne suffit pas de décrire tous les objets qu’il contient pour décrire le monde. Il est également nécessaire de connaître les faits atomiques dont ces objets sont les constituants. »

J’entre dans ton ventre comme un métro.

Il faut que le fini cède à l’infini.

Les matérialistes conséquents sont des hommes d’énergie.

La peur est une coutume.

Un coup de dés abolit le hasard.

Le fait que le soleil se lèvera demain est une certitude.

Le devenir régresse conjointement et tout autour du vide qui est en lui.

Dites-moi que je suis bien éveillé.
Et cela seul déposé dans ma mémoire sera d’un secours continu.
Et toujours le temps infini de cet accouplement sera vide.

Enquête sur la corruption poétique.

L’extrême archaïsme des contemporains.

J’ai même fait partie d’une société de défense et illustration de la littérature contemporaine.

La poésie : généralement un mauvais coup.

S’ils n’étaient poètes ils seraient peut-être moins misérables.

Le bonheur des uns fait le malheur des autres.

Si j’étais Dieu je n’aurais pas pitié du cœur des hommes.

Ce n’est pas le temps le plus long que je connais le mieux, mais celui qui me procure le plus de plaisir.

J’estime le beau, les vertus et autres choses semblables, s’ils me procurent du plaisir. Autrement, non.

Notre félicité consiste à comprendre ce qu’est la détermination de la nature corrompue, ainsi que les phénomènes dont l’étude exacte conduit au bonheur.

Il y a des gens qui ont soif et qui refusent de boire.

De l’indifférence du plaisir pour tout ce qui n’est pas lui.

Que le sens passe dans les veines et irrigue le cœur.

Attraction : loi en vertu de laquelle tous les corps matériels s’attirent mutuellement en raison directe de leur masse et en raison inverse du carré de leur distance.

La vérité brûle ses propres lois.

Entreprise toujours hasardeuse, la nouvelle science témoigne de l’impuissance du destin qui échoue devant elle.

Ne touchez pas à la musique.

« Je dis que la pensée a d’elle-même, de son propre corps et des corps extérieurs une connaissance adéquate toutes les fois qu’elle est déterminée par la rencontre fortuite des choses parce qu’elle considère à la fois plusieurs choses à connaître, les conformités qui sont entre elles, leurs différences et leurs oppositions. »

La légende ne jouit que d’elle-même.

Dieu n’a ni droits ni devoir.

Le langage est structuré comme le conscient.

Poésie des « déperditions » nocturnes :
Épierrage du jardin familial.

« La langue m’est inconnue », dit le poète, et, malheureusement, c’est vrai.

Sans philosophie, le poète est stupide.

Il n’y a de rapports que sexuels.

L’art a pour tâche d’anéantir l’état.

III

L’homme n’est pas la mesure de toutes choses.
Chaque homme est à la mesure de cette pensée.
Bonne chance !

« Nous vivons de ce qui est notre intérêt et nous mourons de ce qui ne l’est pas. » Antiphon

Après avoir tout fait, il faut tout refaire.

C’est dans leurs rêves, dit Lucrèce, que les hommes ont découvert les dieux. Aujourd’hui, loi du plus faible, ils n’y découvrent que des esclaves.

La philosophie dans le boudoir. Les instituteurs immoraux. Et mieux encore :
L’École du libertinage. Fin de la philosophie .
Et, par voie de conséquence, fin de la poésie qui lui est liée comme le maître à l’esclave.

Mon histoire n’a pas d’âge. Tout présent.

Le souffle, la virilité, la force, la couleur, le mouvement, fondent la parole et la mémoire.

« La douleur par excellence qu’éprouvaient les héros d’Homère, c’est de quitter cette vie, surtout de la quitter trop tôt. » Nietzsche.

L’homme homérique s’identifie tellement à l’existence, que la lamentation elle-même devient un hymne à l’existence, à la jouissance de la vie.

La rhétorique — « esprit en foule », organe et symbole — traduit au-dehors l’être intime et la pensée comme jouissance musicale.

Le chœur n’est assimilable à la masse des spectateurs (Schlegel) que s’il est assimilable à la masse possible, non pas idéale mais concrète, des discours.

La sphère de la poésie est celle d’une jouissance et d’une vitalité sans faiblesse.

Seule la science fortuite a le pouvoir de découvrir le réel et tout le réel avec un plaisir infini.

En ce qu’elle m’enseigne, elle est une science.
Fortuite en ce qu’elle n’est science que par moi —
et qu’elle ne saurait s’enseigner.

En ce monde, chaque objet peut se connaître dans la logique qui autorise sa rencontre avec n’importe quel autre des objets qui constituent ce monde.

La plus stricte nécessité, partout présente et fortuite.

Il n’y a que des actes.

Donnez-moi la matière. Et un monde naîtra de cet accident.

Ainsi la poésie, signe de pertinence, ne peut-elle naître que de la rigueur d’une méthode de pensée susceptible de résoudre tout accident.

Logique de l’infiniment complexe.

L’art contemporain exprime la prétention esthétique des amateurs.

La vertu ne serait-elle due qu’à l’ignorance puisqu’on ne pèche que par savoir ? Les hommes sont vertueux de nature, heureux ou malheureux par culture.

Le savoir n’est ni vertueux ni pervers, il est comme l’enfant.

Ici, un excès de logique ne nuit pas.

Il n’y a pas d’égalité entre les hommes.

Rencontre fortuite, qualifiée par des rapports de quantité, des rapports numéraux.

« Chiffration mélodique tue, de ces motifs, qui composent une logique, avec nos fibres » Mallarmé.

L’argent ne fait pas le bonheur des maîtres, il ne fait pas leur malheur non plus, ni le malheur de leurs esclaves. Il les fait tels qu’ils sont.

Dire que l’art n’a d’autre valeur que l’argent, serait-ce le dévaloriser ?

Ce n’est pas l’homme libre qui assassine le tyran, c’est le complice de la tyrannie.

Quelle joie ils manifestent à voir une tyrannie prendre la place d’une autre !

Maintenant vous penserez tous spontanément la même chose.
Maintenant pensez tous spontanément la même chose.

Quelle différence y a-t-il entre un Chinois à Venise il y a 20 ans, et un Japonais à Venise aujourd’hui ?

Quelqu’un me disait récemment : « l’Église de Rome est encore excessivement riche. »

On ne prête qu’aux riches, même si c’est une bonne action.

Hommage à X. Il est le seul à avoir publié que je ne me prenais pas pour n’importe qui.

Essénine disait : « Si je n’étais poète je serais bandit ou voleur. »
Aujourd’hui le poète est ou marchand ou policier. Et, le plus souvent, les deux à la fois.

Ces poètes sombres qui n’ont de pensée que de l’inconnaissable, de l’indicible, de l’inexplorable, veulent-ils nous convaincre qu’ils jouissent de leur manque, ou veulent­-ils simplement « rendormir le dormeur » ?

(à suivre)

Marcelin Pleynet, L’Infini 30, Été 1990, p. 74-83.

Bibliographie

Marcelin Pleynet, Lautréamont écrivain de toujours, Paris, 1967.
Philippe Sollers, « La science de Lautréamont », 1967 dans Logiques, Paris, mars 1968.
Julia Kristeva, « Lautréamont et Mallarmé » La révolution du langage poétique ; Paris, 1974.
Guy Debord, Commentaire sur la société du spectacle et Panégyrique, Paris, 1988, 1989.


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