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Un Picasso vendu à 25000 propriétaires ! Arnaque ou y’a un truc ?

D 28 avril 2018     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


L’information a été diffusée par la sérieuse AFP sans point d’interrogation ou exclamation, et reprise par différents titres de la presse française (ce qui ne signifie pas pour autant un gage d’authenticité (cf, la récente affaire : Julia Kristeva et le fantôme de Sabina), mais là, juste quelques questions de La Tribune de Genève (voir en deuxième partie). Le Musée d’art moderne et contemporain de Genève (Mamco) expose l’authentique acquisition : "Buste de mousquetaire" de Pablo Picasso (1968).

Philippe Sollers qui suit les envolées des enchères des tableaux des grands maîtres associées à la marchandisation de l’art, on en trouve trace dans L’Année du Tigre, Journal de l’année 1998, ou dans ses anciennes chroniques dans le Journal du Dimanche ou Le Point., l’auteur de Picasso le héros, aurait sûrement eu un commentaire pertinent face à cette nouvelle initiative marchande et "plébéienne", mais nous devrons nous contenter des deux réactions ci-après. :

- celle de l’AFP à la présentation publique de l’oeuvre au Musée d’art moderne et contemporain (Mamco) de Genève.
- celle de La Tribune de Genève lors de l’acquiqition de l’oeuvre, en décembre dernier
.

« A Genève, un Picasso a rendez-vous avec ses 25.000 propriétaires »

Par AFP , via liberation.fr/ & bfmtv.com/
27 avril 2018


Une visiteuse admire le "Buste de mousquetaire" de Pablo Picasso dont 25.000 internautes se sont portés acquéreurs, au Musée d’art moderne et contemporain (Mamco) de Genève, le 27 avril 2018
Photo Harold CUNNINGHAM. AFP

Il ne trône pas dans leur salon mais ils en sont bien propriétaires : 25.000 internautes qui ont acquis ensemble un Picasso - via la plateforme suisse QoQa, un site communautaire de vente en ligne - peuvent l’admirer pour la première fois ce vendredi à Genève.

50 francs suisses (42 €) la part

D’habitude, les fidèles du site suisse d’achat Qoqa lorgnent plutôt sur la perceuse, le lot de valises ou le voyage à Marrakech à prix cassé.
Mais, en décembre, la plateforme lancée en 2005 avec pour devise "On fait n’importe quoi mais on le fait pour toi", leur a proposé d’acquérir un tableau de maître, "Buste de mousquetaire" de Pablo Picasso (1968), pour 2 millions de francs suisses (1,7 million d’euros).

En trois jours, 25.000 personnes ont acheté les 40.000 parts à 50 CHF (42 euros) mises en vente et sont officiellement devenues les heureux propriétaires du "Buste" (58 x 28,5 cm).


Harold CUNNINGHAM, AFP - "Buste de mousquetaire" de Pablo Picasso dont 25.000 internautes se sont portés acquéreurs. Le Musée d’art moderne et contemporain de Genève leur ouvre ses portes le 27 avril 2018 pour admirer l’oeuvre
Photo Harold CUNNINGHAM. AFP

Démocratiser le monde de l’art

L’idée de départ de Qoqa était évidemment "de faire du buzz" pour faire parler de l’entreprise, mais il y avait aussi l’envie de démocratiser un monde de l’art vu comme "fermé et obscur", confie Pascal Meyer, 37 ans, PDG et fondateur.
"Quand on a lancé cette idée-là, on nous a dit : oubliez, c’est juste impossible", raconte-t-il, au milieu de l’open space d’un entrepôt de la périphérie de Lausanne, peuplé d’employés à peine trentenaires, où le port de la cravate est interdit.
"Et puis quand on a commencé à parler de Picasso, on nous a dit : alors là, c’est doublement impossible, donc du coup le challenge était hyper sympa, on s’est dit : tentons le truc, essayons (...) de démocratiser un petit peu ce domaine (...) qui parait inaccessible pour Monsieur et Madame Tout le monde".

"Un pour tous, tous pour un"

L’entreprise s’est entourée de spécialistes pour certifier "l’authenticité de la pièce", mais également "s’assurer qu’on la paie le bon prix", raconte encore Pascal Meyer, qui n’a pas souhaité divulguer le prix réel versé par Qoqa à "un propriétaire européen".


Harold CUNNINGHAM, AFP - L’une des 25.000 internautes propriétaires du "Buste de mousquetaire" de Pablo Picasso dispose de sa carte numérotée pour aller voir l’oeuvre au Musée d’art moderne et contemporain de Genève le 27 avril 2018
Photo Harold CUNNINGHAM. AFP

Dans l’esprit de la devise du mousquetaire sujet du tableau - "Un pour tous, tous pour un" - c’est désormais à cette large communauté de propriétaires de veiller au destin de l’œuvre, de décider par exemple où il sera exposé.
Le Musée d’art moderne et contemporain de Genève (Mamco) est la première institution à l’accueillir et le tableau y sera exposé à partir de ce vendredi.
Admirer son oeuvre gratuitement
Son directeur, Lionel Bovier, a été séduit par l’initiative. Pour son institution, qui expose un art réputé élitiste, s’associer dans ce cadre à la plateforme d’achat a en effet le mérite d’ouvrir un peu plus grand les portes du Mamco.
"L’intérêt principal pour nous, c’est une forme de développement de public (...), c’est-à-dire de prendre contact, de s’adresser à ce public qui est devenu propriétaire collectivement de ce tableau", explique-t-il. "On espère du coup accueillir le plus grand nombre possible de propriétaires parmi cette communauté de 25.000 personnes", a-t-il ajouté.

Chaque propriétaire, muni de sa carte numérotée et frappée d’une reproduction de l’œuvre, pourra venir admirer son bien, gratuitement.

Webcam et scan 3D.

Lionel Bovier souhaite également utiliser le savoir-faire de Qoqa dans les technologies digitales pour exposer le tableau de manière originale.
Des interactions via "PiQasso", une plateforme dédiée du site Qoqa et une webcam sont prévues.
Il y a aussi "un scan 3D de l’œuvre qui a été fait, donc on pourra se balader dans l’œuvre, enfin il y a plein de petites choses qui font que ça rend le truc un peu plus sexy et un peu moins chiant si j’ose dire", souligne Lionel Meyer.

Sa prochaine destination soumise aux votes

De son côté, le musée proposera "rencontres", "activités", et "conférences autour du tableau, autour de Picasso, autour aussi d’un certain travail de conservation qu’un musée réalise notamment sur des œuvres de ce type-là", a détaillé Lionel Bovier.
Le "Buste" doit rester à Genève jusqu’en octobre. Ensuite, ce sera aux internautes de voter pour sa prochaine destination.

Crédit : AFP , via http://www.liberation.fr/ & http://www.bfmtv.com/


La vente d’un Picasso affole la Toile mais laisse des questions

En contrepoint, cet article de la Tribune de Genève du 18/12/2017, lors de l’acquisition :

par Florence Millioud-Henriques

MARCHE DE L’ART Des milliers d’internautes s’offrent une toile du maître pour deux millions de francs. Avis d’experts.


Le « Buste de mousquetaire » peint en 1968 (58 x 28, 2 cm). Image : DR

Des porte-cartes en cuir, une marque de cognac, un caméscope haute définition, des sets de couverts pour douze personnes, et ainsi de suite… Lundi matin, les affaires courantes avaient repris sur le site vaudois de vente en ligne QoQa.ch. Et presque comme si de rien n’était ! Excepté que ce week-end, la plate-forme créait le buzz, saucissonnant un Picasso à 2 millions de francs en 40 000 parts de 50 francs en même temps qu’elle sublimait son rêve de visibilité. « C’est vrai, reconnaît son fondateur, Pascal Meyer, c’est aussi hyperpositif pour nous mais cela devait être fait dans l’esprit Robin des Bois qui est le nôtre, en embarquant les gens dans une démarche à laquelle ils pouvaient être sensibles. »
En clair, un coup assorti de la possibilité pour des dizaines de milliers de propriétaires de voir « leur » Picasso accessible au plus grand nombre, accroché dans les musées qui en voudront bien. Si la promesse fait partie du deal, s’il s’agit d’une « première mondiale » pour les ventes d’art en ligne, la généreuse idée prend racine au XIXe. Les institutions complétaient alors leurs collections grâce aux souscriptions publiques. Mais autre temps, autre donne, autre enseignement. Le Picasso qui a fait parler de lui ce week-end sur la Toile – une huile tardive peinte cinq ans avant le décès du génie et appartenant à une période longtemps dénigrée – semble avoir davantage galvanisé l’esprit communautariste que touché d’éventuels passionnés. Les commentaires pour preuve ! Une maman mise à part – elle promet d’accompagner les parts-cadeau pour ses enfants d’un ouvrage sur l’art –, beaucoup parmi la communauté propriétaire du Buste de mousquetaire sont des « fauchés solidaires », « fans du concept » ou des aventuriers trop fiers d’être « en train d’écrire l’histoire ». Certains se sentent pousser des ailes : « À quand un Van Gogh ? »

Des allures de revanche sociale

L’éventail est riche d’enseignements. Le sociologue de la culture associé à l’UNIL Olivier Moeschler y observe des intérêts d’ordres divers. « Il y a d’abord la motivation évidente et affichée de faire partie d’une communauté. Mais il y a aussi des allures de revanche sociale, comme la possibilité de pouvoir accéder à un bien d’habitude réservé à une élite. C’est une manière de créer une sorte de pays de Cocagne, auquel le nom du site fait visiblement référence. Je vois encore des motivations plus individuelles liées à la fierté de posséder (même de façon infinitésimale !) une œuvre d’art et de pouvoir se distinguer, s’en vanter, le tout sous couvert du communautarisme. »

Objectivement, le Picasso déniché dans une collection européenne – peu vu et peu montré mais, selon Qoqa.ch, répertorié au catalogue raisonné de l’artiste et au bénéfice d’un certificat d’authenticité –, n’est pas des plus grisants dans l’œuvre de l’artiste aux plus de 40 000 pièces ! Mais il fait son prix. En 2011, Christie’s vendait un tableau de cette série 1,63 million de francs alors qu’en 2015, c’est Philipp’s qui en adjugeait un autre pour 2,5 millions. « L’intérêt pour cette période ressurgit, complète Nicolas Galley, directeur de l’Executive Master in Art Market Studies à l’Université de Zurich. Le pedigree ici semble bon, cependant on reste dans des estimations hautes et on s’approche aussi de l’exemple du Salvator Mundi vendu 450 millions récemment. Les vrais amateurs de Vinci auraient-ils mis ce prix ? Par contre, on sait le coup marketing qu’il représente pour le Louvre Abu Dhabi. La plate-forme romande surfe sur ce même trend, ce qui n’enlève rien à sa réussite, ni à l’engouement suscité. C’est un joli pied de nez aux musées qui se plaignent de manquer de moyens pour être concurrentiels sur le marché de l’art. Peut-être n’utilisent-ils pas tous les bonnes voies de communication, peut-être ne sont-ils pas assez proactifs et à l’écoute de leur public ? »

Rendez-vous en 2018

Bernard Fibicher n’élude pas la question : « Mobiliserions-nous ainsi les Vaudois pour LE Vallotton qui manque à notre collection ? Difficile à dire. » Mais surtout, le directeur du MCBA s’en pose d’autres avec un bémol. « Qui décide quoi dans ce cas de figure ? À quel rythme montrer le tableau, comment gérer sa conservation, sa valorisation scientifique ? Si la démocratisation aboutit à une déresponsabilisation, là, ça ne joue pas ! » La première sortie du Buste de mousquetaire est agendée début 2018 dans une Fondation Pierre Arnaud toujours fragile après avoir failli fermer définitivement. C’est dire si son fondateur, Daniel Salzmann, « bluffé par cette réussite », se réjouit de sa venue comme du coup de projecteur. Pour les suivantes… la communauté des QoQasiens aura la parole, pendant que le site se charge « des frais de transport, d’assurance et d’entretien ». (TDG)

D’autres Bustes de Mousquetaire par Picasso

Pablo Picasso (1881-1973)
Mousquetaire buste, 1967
Huile sur toile 39 cm x 31 cm

Les 15 dernières années de la vie de Pablo Picasso sont souvent appelées « Jacqueline ou la liberté du grand âge ». Ces années, l’artiste le passe dans la solitude… tous ses amis sont morts. Il abordera dans son travail 2 grands thèmes : le mousquetaire espagnol et l’érotisme. Et cette peinture, « Mousquetaire Buste », 1967 n’est qu’une œuvre parmi d’autres qui montrent cet amour soudain pour le thème mousquetaire

En voici, deux autres :


Buste Mousquetaire, de profil, 1967
Pablo Picasso
Mousquetaire (Buste), 1968
£5,529,250 ($10,860,832
Sotheby’s London, June 25, 2008

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2 Messages

  • Viktor Kirtov | 30 avril 2018 - 17:00 1

    Merci Bertrand Tappy pour votre information. Nous avons, modifié, l’article, en conséquence.
    Continuez à nous donner des nouvelles de cet achat communautaire.
    Autre remarque : Au vu de la photo AFP, le lecteur de carte magnétique des acquéreurs semble plus utilisé à des fins de comptage des visiteurs qu’à un contrôle d’accès ! Beaucoup de visites ?


  • Bertrand Tappy | 30 avril 2018 - 13:49 2

    Bonjour Viktor,

    Je suis tombé sur votre publication, et je me permets d’apporter une petite correction : il n’est plus possible d’acheter des parts, mais les contributeurs-trices peuvent offrir les leurs à des tiers. L’offre - comme c’est toujours le cas sur QoQa - n’était disponible que pour une durée très limitée.

    Très belle journée à vous

    Bertrand Tappy