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Homélie pour un massacre avec René Char et Picasso

Attaque au gaz sarin en Syrie - & Guernica

D 7 avril 2017     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


12/04/2017 : Ajout Guernica.

L’horreur de la mort en direct d’enfants pris de spasmes et de crises de suffocation dévoilant sans équivoque l’effet d’un gaz neurotoxique (sarin). C’est ce qu’a constaté, parmi d’autres, le Dr Raphaël Pitti, médecin de guerre et chargé de formation médicale au sein de l’Union des organisations de secours et soins médicaux (UOSSM). Action de mort imputée au régime de Bachar el-Assad (*).

(*) Le crime et son horreur sont indiscutables, et leurs auteurs des criminels de guerre de la pire espèce.

Mais quel mobile pour le régime de Bachar el-Assad ? Est-ce iconoclaste de se poser la question ? Au moment où son armée aidée par les Russes multipliait les reconquêtes et où la communauté internationale, sans lui accorder la moindre confiance, le ménageait un peu… quel intérêt tactique ou stratégique pouvait-il en espérer ?

Je ne suis pas assez informé pour me prononcer sur un monde où les luttes de clans sont si complexes [1]. La réaction ultra-rapide de Trump, qui sans consulter son Congrès, lance une attaque punitive ne me rassure pas pour autant. Quid de son impulsivité pour déclencher des "armes nucléaires tactiques" - celles, jamais utilisées, imaginées pour des représailles locales ciblées - lorsque de nouvelles images l’auront révulsé ?

Mais y-a-t-il eu attaque au gaz chimique ? Oui ! Est-ce un crime contre l’humanité ? Oui ! Les protagonistes qui ont monté cette opération sont des criminels. Ceux là devront répondre de leur crime devant un tribunal international. Sans aucune pitié.

Que ce crime touche des enfants innocents
agonisant dans d’atroces souffrances
nous le rend plus odieux encore
Horreur insoutenable !
Mais déjà soutenue dans l’Histoire.

…Des poètes, René Char, Picasso, parmi bien d’autres en ont témoigné. Dans Seuls demeurent, recueil de textes de René Char écrits entre 1938 et 1944, publiés en 1945, figure 1939 Par la bouche de l’engoulevent, cri de révolte contre les enfants victimes de la guerre d’Espagne, un poème en prose illustré par Picasso, initialement publié dans la revue Les Cahiers d’Art I/IV, en mai 1939. Le dessin de Picasso proposait dans une facture cubiste une image de maternité blessée (Nous n’avons pas retrouvé ce dessin. Appel aux lecteurs avisés !).

En guise d’homélie pour ces enfants innocents, voici le poème de René Char ;

1939. Par la bouche de l’engoulevent

Enfants qui cribliez d’olives le soleil enfoncé dans le bois de la mer, enfants, ô frondes de froment, de vous l’étranger se détourne, se détourne de votre sang martyrisé, se détourne de cette eau trop pure, enfants aux yeux de limon, enfants qui faisiez chanter le sel à votre oreille, comment se résoudre à ne plus s’éblouir de votre amitié ? Le ciel dont vous disiez le duvet, la Femme dont vous trahissiez le désir, la foudre les a glacés.
Châtiments ! Châtiments !

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Poèmes en archipel.
Anthologie de textes de René Char

Edition de Marie-Claude Char, Marie-Françoise Delecroix, Romain Lancrey-Javal et Paul Veyne
Gallimard/ Folio (mars 2007)
448 p.

Et à défaut du dessin original de Picasso, nous avons choisi ces deux là :

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Picasso Femme et enfant, 1922

La mère tenant son enfant mort (détail du tableau Guernica, 1937)

René Char et Philippe Sollers sur pileface :

VOIR : Sollers - Char : éloge d’une parenté substantielle


26 avril 1937 : Guernica ou le massacre des innocents

Dans l’émission « Stupéfiant ! » (France 2 du 10 avril 2017), Loïc Prigent a enquêté sur cette œuvre parmi les plus connues au monde, « Guernica », la fresque monumentale, peinte il y a 80 ans et exposée à Madrid.

Le lundi 26 avril 1937, pendant un jour de marché, la petite ville basque de Guernica est bombardée par des avions allemands et italiens.

C’est la première fois dans l’Histoire moderne qu’une population urbaine est sciemment massacrée. Ce massacre a été voulu par Hitler, allié du général Franco dans la guerre civile espagnole, pour terroriser la population civile.


Dans les ruines de Guernica (1937)
ZOOM... : Cliquez l’image.

Historique du tableau

Créé en quelques semaines par Pablo Picasso, sur commande des républicains pour le pavillon Espagnol de l’Exposition universelle de Paris de 1937 (dédiée au progrès et à la paix), Guernica exprime la révolte du peintre espagnol Cette immense toile monochrome est le symbole des horreurs de la guerre, inspiré du bombardement de la ville de Guernica évoqué ci-dessus. (1600 morts).

Mais les républicains seront écrasés par les franquistes et après la guerre civile, Guernica, manifestation de la culture dans la lutte politique, a sillonné le monde pour des expositions et restera exposé au MoMA à New York.
Après, Picasso a souhaité que le tableau ne bouge pas du MoMA de New York, sauf pour revenir en Espagne « quand les libertés publiques seraient rétablies ». En effet Pablo Picasso refusait son retour en Espagne tant que vivrait le général Franco, aussi le tableau a passé une partie de sa vie en exil. Il est ramené du MoMA en Espagne en 1981 et installé au musée du Prado. Il est actuellement exposé au musée Reina Sofia à Madrid depuis 1992 dans une salle à son intention.

Eléments du tableau


La peinture n’est pas faite pour décorer les appartements. C’est un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi.
Picasso

Au premier plan :

- Femme à l’enfant (L’enfant mort dans les bras de sa mère pourrait se rapprocher d’une autre image à portée universelle : celle d’une piéta ? )
- Taureau (symbole de la force brute, de la cruauté )
- Un Cheval (symbole du peuple sacrifié), une lampe au plafond
- Les deux femmes. L’une apparaissant à une fenêtre et brandissant une lampe à pétrole, l’autre s’enfuyant
- Le personnage bras en croix dans les flammes (référence au « Tres de Mayo » de Goya)

Les expressions sont fortes (femme criant de douleur, cheval terrorisé, soldat mort…), et accentuées par la déformation de l’ensemble des personnages ;

Au deuxième plan

Des architectures intérieures alternent avec des vues extérieures, des portes, des fenêtres, des flammes, des toits, un dallage, une colombe

Le noir et blanc ajoute à la dramatisation de la scène. Il utilise une caractéristique propre au style cubiste : la représentation simultanée face/profil, il fragmente l’espace au maximum afin d’amplifier l’idée de désordre.

Le rôle de la lumière : le plafonnier symbolise les bombes donc la destruction, la lampe à pétrole tenue par la femme symbolise la résistance, l’espoir,

Composition classique de type pyramidale. A la base de la pyramide, il y a la mort représentée par le soldat, et au sommet la promesse de revanche symbolisée par la lampe brandie.

Quelques notations de Sollers à propos de Guernica

A l’occasion d’un entretien avec Stéphane Guégan et Didier Ottinger (12 janvier 2015)

...Je ne suis pas encore suffisamment maître de moi... je suis en pleine écriture de Femmes. Ce fut peut-être le rite de passage. Une chose est sûre, j’allais voir aussi régulièrement Les Demoiselles d’Avignon et Guernica lorsque j’habitais New York, à la fin des années 1970...

A propos de son livre L’Éclaircie, Marc Lambron note (Le Point du 9 février 2012) :


Le titre du livre renvoie à "l’intime, l’instant, l’éclaircie, la rencontre", c’est-à-dire cette trouée dans le temps que déclenche la contemplation de tableaux essentiels, tels L’Olympia ou Guernica.

Dans L’Eclaircie

« Vous croyez en Dieu ? » demande X ou Y. Question absurde et obscène à laquelle la meilleure réponse est « Bof ». « Vous êtes croyant ? » Oui, quand j’écris, quand j’écoute les Suites françaises, quand je vois Guernica, quand j’entends Cosi fan tutte, quand je regarde vraiment ce cèdre, cette brise côtière, cette rose, ce toit, quand j’attends Lucie rue du Bac […].

Encore dans L’Eclaircie

Au printemps 1937, dans son atelier du 7 rue des Grands-Augustins, à Paris, Picasso est en train d’exécuter son grand Guernica. Dora Maar le photographie en pleine action. Il est pris de trois quarts, il remue, comme un cuisinier ou un peintre en bâtiment, son pinceau dans une tasse. Il grimace un peu, il est laid (alors que, d’habitude, il est très beau devant l’objectif). Le tableau est noir, gris et blanc, pas la peine d’insister, il est aussi célèbre que la Joconde. La guerre d’Espagne est perdue, mais lui l’a gagnée.
oOo

[1Cf. :
(a) « Le monde arabe en morceaux » , livre didactique d’un jeune diplomate Charles Thépaut (Armand Colin, 2017). Il est actuellement détaché auprès du ministère allemand des Affaires étrangères, dans l’unité chargée du suivi de la situation politique au Liban, en Syrie, et en Irak. Au coeur, donc, du noeud gordien qui lie les protagonistes de cette zone.

(b) Et aussi, le remarquable « Mémoire de paix pour temps de guerre » de Dominique de Villepin (Grasset, 2016). Une leçon d’Histoire contemporaine – avec une large place consacrée au Moyen-Orient -, écrite dans une langue précise et agréable.

Deux de mes lectures du moment.

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