pileface.com/sollers
(VERSION POUR IMPRESSION)

> SUR DES OEUVRES DE TIERS

Un "damné de l’écriture" ; il est mort il y a cinquante ans, le 1er juillet 1961


Céline l’indomptable

Par .Viktor Kirtov- 30/06/2011 - Version originale

(JPEG)
Un damné de l’écriture CELINE, dit l’affiche
Affiche et photos de Louis-Ferdinand Céline lors d’une vente aux enchères à Drouot, le 17 juin 2011

Il y a cinquante ans, le 1er juillet 1961 mourrait Louis-Ferdinand Céline, un "damné de l’écriture", dont la puissance de l’oeuvre reste entachée par son antisémitisme et suscite toujours les passions comme de son vivant.
Joseph Vébret qui dirige Le Magazine des livres et le mensuel La presse littéraire, a choisi cet anniversaire pour publier : Céline l’infréquentable ?. [1]. Causeries littéraires avec huit écrivains ou spécialistes de Céline pour éclairer l’homme et l’oeuvre

Comme le dit Philippe Sollers, qui se penche sur l’oeuvre de Céline depuis 1963, « des salauds, il y en a beaucoup. De très grands écrivains, il y en a très peu ».

C’est pourquoi, nous nous autorisons à reparler de Céline, même si les Kiosques vous présentent des numéros spéciaux bien faits. Lisez les et surtout lisez Céline dans le texte. J’ai découvert tardivement Le Voyage et ce fut une révélation. Puis j’ai poursuivi par la "trilogie" allemande (voir plus loin) que Sollers cite volontiers. Il n’y avait plus le choc du premier contact avec la langue de Céline, mais le climat célinien était bien là, et j’aimais le retrouver.

Récemment, ai entendu une interview de Sollers. On lui posait la question : que faut-il lire de Céline ? Que nous recommandez-vous ?
- Féérie pour une autre fois dit-il sans tourner sa langue dans la bouche.

Comme je ne l’ai pas lu, vais le commander.

Céline infréquentable ? Causeries littéraires

(JPEG)

« Au cours de huit entretiens avec des céliniens incontestés et qui font autorité, Joseph Vebret tente de démêler le vrai du faux, la réalité du fantasme, la part de l’homme dans l’oeuvre, sans jamais lui chercher d’excuses ni de fausses justifications.

Ils sont donc huit à s’exprimer sans parti pris ni langue de bois : David Alliot, Émile Brami, Bruno de Cessole, François Gibault, Marc Laudelout, Éric Mazet, Philippe Sollers et Frédéric Vitoux, de l’Académie française.

Ni biographie complaisante, ni essai à charge, ces nouvelles « Causeries littéraires » font revivre l’immense écrivain que fut Céline et (re)visiter toute une période sans rien laisser dans l’ombre. »

Préface de jan-Marie Rouart de l’Académie française

Céline, la gloire du paria

(JPEG)
Louis-Ferdinand Céline à Meudon

Bruno de Cessole
Valeurs actuelles, le 30 juin 2011

Cinquante ans après sa mort, l’un des plus grands écrivains du XXe siècle demeure un objet de scandales et de polémiques. Tant mieux.

Le 1er juillet 1961, dans son pavillon du 25 ter, chemin des Gardes à Meudon, Louis-Ferdinand Destouches alias Céline achevait son voyage terrestre, dix ans après son retour du Danemark en France et l’amnistie dont il avait bénéficié. Il venait juste de mettre le point final à son dernier livre, Rigodon, dernier volet de la Trilogie allemande. Un an plus tard se réalisait ce qu’il aurait tant voulu voir de son vivant : la parution du Voyage au bout de la nuit et de Mort à crédit dans ce panthéon littéraire qu’est la collection de la Pléiade. Témoignage de reconnaissance de ce qu’il avait apporté à la littérature française.

Avec ce mélange d’orgueil prophétique et de bouffonnerie qui était sa marque, Céline avait proclamé, dès 1932, à la remise du manuscrit du Voyage au bout de la nuit, la nouveauté révolutionnaire de son oeuvre : « Une symphonie littéraire émotive. [...] Du pain pour un siècle entier de littérature [...] et le Goncourt dans un fauteuil pour l’heureux éditeur qui saura retenir cette ?uvre sans pareille, ce moment capital de la nature humaine. »

En 1955, dans son désopilant Entretiens avec le Professeur Y, où il livre les secrets de fabrication de son oeuvre, il réaffirmait l’importance de la révolution dont il avait été le fourrier : « Je suis qu’un petit inventeur, et que d’un tout petit truc ! [...] je connais mon infime importance ! [...] L’émotion dans le langage écrit !... Le langage écrit était à sec, c’est moi qu’ai redonné l’émotion au langage écrit ! [...] C’est pas qu’un petit turbin je vous jure ! [...] C’est infime, mais c’est quelque chose ! »

Depuis la disparition de l’écrivain, sa stature et son audience n’ont cessé de croître, à telle enseigne que Céline est l’auteur français auquel le plus grand nombre de travaux ont été consacrés, tant chez nous qu’à l’étranger, tandis que ses romans figurent parmi les plus vendus aussi bien dans la Pléiade qu’en collection de poche. À titre anecdotique, Voyage est le livre de poche le plus volé dans les librairies... Si l’écrivain est reconnu comme l’un des deux plus grands, avec Proust, de la littérature française du XXe siècle, l’homme suscite toujours “haines et passions”, selon le titre du livre de Philippe Alméras, l’un de ses biographes et exégètes. À preuve, son éviction des “commémorations nationales”, de la part du ministre de la Culture cédant à l’intimidation de Serge Klarsfeld, capitulation honteuse qui témoigne à la fois de l’imbécillité congénitale ou de l’inculture crasse de l’administration et de la lâcheté proverbiale de la classe politique. L’anecdote montre, si besoin était, que l’imprécateur le plus forcené de la littérature française ne sera jamais l’objet d’un consensus fade, et que ce mort encombrant, cinquante ans après sa disparition, est plus vivant que bien des momies contemporaines.

Pérenne sujet de scandales et d’empoignades, l’auteur de Mort à crédit et de Bagatelles pour un massacre demeure un ferment de divisions et suscite toujours une sorte de sidération. L’attestent les nombreux livres qui viennent de paraître à l’occasion du cinquantenaire de sa disparition : Céline, la biographie nuancée d’Henri Godard, le maître d’oeuvre de l’édition des oeuvres littéraires dans la Pléiade, celle, plus politique de Philippe Alméras, Céline entre haines et passions, les deux livres de David Alliot, D’un Céline l’autre et Céline, idées reçues sur un auteur sulfureux, le recueil d’entretiens composé par Joseph Vebret, Céline l’infréquentable, avec les meilleurs céliniens actuels, de François Gibault à Émile Brami, en passant par Frédéric Vitoux, Éric Mazet, Marc Laudelout et Philippe Sollers. Question centrale : comment concilier le génie littéraire et la morale ? Comment peut-on, à la fois, être l’auteur d’une oeuvre puissamment originale, humainement bouleversante, et la bouche d’ombre sacrilège qui proféra invectives et élu cubrations racistes et antisémites ?

Longtemps, une thèse a prévalu, celle des “deux Céline”, le Céline d’avant et celui d’après Bagatelles pour un massacre, comme si une soudaine conversion avait, en 1937, métamorphosé l’écrivain sensible à la détresse des humbles en un antisémite enragé et paranoïaque, dénonçant la “persécution” infligée aux goyim par les futurs persécutés. Cette thèse, postulant la folie ou l’irresponsabilité d’un homme en proie à l’ébriété verbale (sans même évoquer l’accusation - gratuite - de vénalité lancée par Sartre), avait l’avantage de concilier occultation et morale sociale. Elle permettait aussi d’exonérer les admirateurs du “premier” Céline - à commencer par Sartre lui-même qui avait inscrit en exergue de la Nausée une citation célinienne tirée de l’Église - du soupçon de complicité ou d’aveuglement.

Souvent, littérature et morale s’accordent mal

Philippe Alméras, dont Pierre-Guillaume de Roux réédite le livre magistral, Céline entre haines et passions, le dévoile, textes à l’appui : d’une part, Céline n’a pas attendu 1937 pour verser dans le racisme ; d’autre part, on ne saurait voir dans son “délire” une sorte d’accès de folie lié à des raisons contingentes. Au vrai, l’imprécateur solitaire s’était imprégné, très tôt, de la vulgate antisémite de la Belle Époque, des textes des Toussenel, Chirac « et autres socialisants qui dénoncent la puissance de l’or juif », avant que Drumont ne fasse basculer l’antisémitisme de la gauche vers la droite. Nulle originalité donc - hormis celle du style et de la mise en scène - dans Bagatelles et les Beaux Draps, mais l’écho amplifié d’un antisémitisme largement partagé, à gauche comme à droite, que Céline laïcise dans le fond et la forme.

Tel est le réel occulté qu’Alméras met au jour, révélant du même coup ce paradoxe de « voir l’oeuvre célinienne défendue contre de prétendus sympathisants par des adversaires déclarés de tout ce à quoi il a cru, incarnant tout ce qu’il a détesté ». Dans sa postface, prenant en compte les découvertes les plus récentes, notamment l’édition en Pléiade de la correspondance, l’auteur réaffirme sa position : « les convictions de celui qui dira n’avoir pas d’opinions et aucune idée sont en fait aussi précises que précoces » et Céline ne les a jamais reniées, pas plus que Lucien Rebatet les siennes. À rebours du vieil idéalisme grec du kalos kagathos, où le beau se confond avec le bien, il faut admettre qu’un grand créateur peut aussi être un “monstre” et que la littérature et la morale peuvent faire chambre à part. Sur ce point, la majorité des céliniens interrogés par Joseph Vebret en sont d’accord : il est absurde de vouloir séparer le Céline romancier et le Céline pamphlétaire, l’auteur du Voyage et celui de Bagatelles, l’École des cadavres et les Beaux Draps, dont il faut souhaiter l’édition critique, interdite de par la volonté de Lucette Destouches, la veuve de l’écrivain, et non de par la loi, comme certains le croient.

Prétendre cataloguer, étiqueter, et donc neutraliser Céline participe d’un vain combat. À cet égard, le livre de David Alliot, recueil de tous les témoignages sur l’écrivain, dont beaucoup étaient inédits, en fait foi, qui dévoile combien l’homme était grevé de contradictions, de même l’oeuvre, immense bric-à-brac de visions hétéroclites et terrifiantes, contient tout et le contraire de tout. On n’a pas voulu voir que ce réfractaire inclassable, ce poète enragé, rebelle à toute annexion était d’abord un écrivain, mi-Diogène mi-roi Lear, visionnaire halluciné qui bouleversa, à l’égal de Joyce, la forme et l’idée même de littérature en exprimant, dans une voix jamais entendue jusqu’alors, ce que Bardèche a nommé dans une excellente formule, « l’interdit, l’innommable, le secret tragique de la bête humaine » et ce, « avec des mots proscrits ». Bruno de Cessole

À lire


De David Alliot : D’un Céline l’autre, Laffont, coll. “Bouquins”, 1 184pages, 30 ? ; et Céline, idées reçues sur un auteur sulfureux, Le Cavalier bleu, 172 pages, 19 ?. Céline entre haines et passions, de Philippe Alméras, Pierre-Guillaume de Roux Éditions, 496 pages, 23,90 ?. Céline, d’Henri Godard, Gallimard, 594 pages, 25,50 ?. Céline à rebours, d’Émile Brami, Archipoche, 480 pages, 8,50 ?. Céline l’infréquentable, de Joseph Vebret, Éditions Jean Picollec, 206 pages, 16 ?.

À voir Céline vivant. Entretiens-biographie, d’Émile Brami, Montparnassse Multimédia, 2 DVD.

Photo © Rue des archives

Céline l’indomptable

(JPEG)

La Revue des deux mondes consacre son numéro de juin à Louis-Ferdinand Céline.

Au sommaire :
Olivier Cariguel : Céline envoûté par la Revue des Deux Mondes
Frédéric Verger : Le fanfaron des génocides
Jean-Louis Bory, Maurice Clavel : Entretien
Quentin Ritzen et Jacques Legris : Trois écrivains parlent de Céline, Rabelais de l’ère atomique
Eryck de Rubercy : Benn, Jünger et Céline
Albrecht Bretz : Céline et le IIIe Reich
André Derval : Singulier ou pluriel ? Céline, du nombre...
Marc Weitzmann : Quelques questions sur un anniversaire
Michel Crépu : Céline, boîte noire du XXe siècle
Olivier Cariguel : Les livres du cinquantenaire

Revue des deux mondes

Eléments biographiques

(d’après AFP)
Louis-Ferdinand Destouches, né le 27 mai 1894, passe son enfance passage Choiseul, à Paris, où sa mère tient un magasin de dentelles.

Après la guerre de 1914-1918, pendant laquelle il est grièvement blessé à la tête, le futur écrivain commence ses études de médecine.

Dans son premier roman, "Voyage au bout de la nuit", il relate son expérience de la guerre, sous un jour grotesque et sordide. Ce récit tourmenté à la langue volcanique fait l’effet d’une bombe. Publié en 1932, il manque de peu le Goncourt et obtient le Renaudot.

C’est alors que le docteur Destouches prend pour nom de plume le prénom de sa grand-mère, Céline.

Paru en 1936, "Mort à crédit", son deuxième livre, encore plus désespéré et disloqué, se nourrit de sa jeunesse et dérive dans l’imaginaire.

La même année, il publie un texte anti-soviétique, "Mea Culpa", après un séjour en URSS où "Le Voyage" est traduit.

Puis il écrit des pamphlets orduriers, particulièrement contre les juifs : "Bagatelles pour un massacre", "L’Ecole des cadavres", "Les Beaux Draps".

Au lendemain du Débarquement, Céline, craignant pour sa vie, quitte la France le 14 juin 1944 et se retrouve d’abord à Baden-Baden, en Allemagne, avant de partir pour Berlin, puis pour Kraenzlin (le Zornhof de Nord), d’où il ne peut rejoindre le Danemark, son objectif. Pendant ce temps, le gouvernement français de Vichy s’est installé à Sigmaringen. Céline propose alors à Fernand de Brinon, le représentant de Vichy pour la France occupée, d’y exercer la médecine ; celui-ci accepte. Céline gagne par le train Sigmaringen, voyage qu’il relate dans Rigodon ; là-bas, il côtoie le dernier carré des pétainistes et des dignitaires du régime de Vichy (D’un château l’autre).
C’est seulement après, le 22 mars 1945, qu’il quitte Sigmaringen pour le Danemark, occupé par les Allemands, afin de récupérer son or, qui y est conservé. En fait, il y vivra en captivité : près d’une année et demie de prison, et plus de quatre ans dans une maison au confort rudimentaire près de la mer Baltique.
Crédit : Wikipédua

En décembre 1945, il est emprisonné dans le quartier des condamnés à mort au Danemark, qui refuse de l’extrader mais le remet en liberté sur parole en juin 1947. En avril 1951, l’ancien combattant Louis Destouches est amnistié par la justice française.

De retour en France, il écrira encore Féérie pour une autre fois (1952, 1954-tome 2), et la « trilogie » allemande D’un château, l’autre (1957), Nord (1960) et Rigodon (1969) publié après sa mort à Meudon.

Des originaux de ses livres ou de sa correspondance se sont vendus à prix d’or aux enchères cette année.

Liens

Sélection d’articles sur pileface (les plus récents en tête)

Un damné de l’écriture (suite) : Toutes ses femmes par Jacques Henric, suivi de Lorànt Deutsch dans les pas de Céline

CÉLINE : Exceptionnelle correspondance inédite et inconnue

Exceptionnelle correspondance inédite et inconnue de Louis-Ferdinand Céline au Docteur Alexandre Gentil de 1939 à 1948. Le catalogue des ventes(...)

La Grande Librairie - Spéciale Céline

Dans "La Grande Librairie", François Busnel proposait une émission spéciale Louis Ferdinand Céline. Ne pas manquer Céline par Luchini (...)

Céline et le Mal radical

Céline et l’abjection devant l’art

Sollers Céline  : DOSSIER CELINE (suite)

Enfin Céline vint

Céline : premier interview radiophonique Louis-Ferdinand Céline par Alain Moreau et Emmanuel Descombes Céline vivant Entretiens avec le professeur(...)

Relire Céline

Dans un petit cahier de vacances (de 9 pages) le Magazine des livres de l’été présente les "sept vies de Louis-Ferdinand Céline", dont un(...)

Le rire de Céline

Dans le journal du mois d’octobre 2007, Philippe Sollers, accordait une entrée à Céline, occasion pour pileface de tracer quelques références à Céline(...)

Sur Céline

Autres liens

lepetitcelinien.blogspot.com/

wikipedia


[1] éditions Jean Picollec

> Un "damné de l’écriture" ; il est mort il y a cinquante ans, le 1er juillet 1961
10 juillet 2011, par Benoît Monneret
Illustration de Benoît Monneret (JPEG)
Illustration de Benoît Monneret (JPEG)
Illustration de Benoît Monneret (JPEG)
> Un "damné de l’écriture" ; il est mort il y a cinquante ans, le 1er juillet 1961
5 juillet 2011, par A.G.
Un témoignage inédit sur l’enterrement de Céline _ par Roger Grenier. _ C’était il y a exactement cinquante ans. Début juillet 1961, ils étaient une poignée aux obsèques de Céline. Parmi eux se trouvait l’écrivain Roger Grenier, qui se souvient du Bas-Meudon, de Lucien Rebatet, de la pluie fine et du corbillard qui avance dans le petit matin.

Version imprimable de www.pileface.com/sollers/article.php3?id_article=1188