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Journal du mois d’août 2010


Houellebecq, Picasso et les autres...

Par .Viktor Kirtov- 30/08/2010 - Version originale


L’Oréal

Comment ne pas être fier d’être français quand nous avons L’Oréal, cette fabuleuse entreprise mondiale de cosmétique ? Tout est passionnant dans L’Oréal : ses origines troubles, sa vieille milliardaire inspirée, son artiste contemporain fastueusement traité, ses évasions fiscales, son île des Seychelles, ses enveloppes discrètes, son ministre préféré, ses intrigues domestiques, son drame familial digne d’un super-Balzac.

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Cela a été le grand feuilleton de l’été, et j’espère qu’il recommencera à l’automne, débordant, et de loin, la rentrée littéraire. Certes, vous avez eu la Russie en feu, Moscou enfumé, la marée noire mal colmatée en Louisiane, les inondations au Pakistan et en Chine, les morts de la Love Parade en Allemagne, l’Iranienne menacée de lapidation (heureusement, Carla Bruni va arrêter ça), les remous provoqués par le projet de mosquée sur le site de Ground Zero à New York, mais l’affaire L’Oréal, c’est mieux, plus tordu, plus vicieux, une vraie coupe verticale géologique de la société française, avec même des moments charmants : les bibis de Mme Woerth, par exemple, sur les champs de courses. On vous a promené en Suisse, dans l’océan Indien, dans des hôtels particuliers, ou encore au Luxembourg et à Singapour.

Les milliards tourbillonnent, s’évaporent, reviennent dix fois plus forts, se cachent dans des niches que les futurs retraités ne sauraient même pas imaginer. Qu’ils manifestent, ceux-là, qu’ils défilent, les banques et le gouvernement ne se laisseront pas intimider. L’Oréal ! L’Oréal ! De l’or ! Du suspense ! Des enregistrements secrets ! Des majordomes ou des comptables indiscrets ! Du sexe pas encore révélé ! Des médecins insoupçonnables ! Des avocats déchaînés ! Des photos inédites ! La suite, vite !

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Sécurité

La parade du pouvoir n’a pas été longue à venir. Oubliez L’Oréal, la situation est grave. (JPEG) Vous voyez bien que la délinquance s’aggrave partout, et que c’est la faute aux socialistes, aux Roms, aux gens du voyage. Des milliardaires de gauche vous trompent, et, une fois de plus, le puissant lobby de Saint-Germain-des-Prés vous intoxique, vous, vrais Français d’origine française. Regardez ces laxistes irresponsables et d’un angélisme coupable, ils favorisent en réalité le trafic de drogue. Ils seraient de mèche avec les talibans qui tuent nos soldats que ça ne m’étonnerait pas.

La gauche hypocrite feint de s’opposer aux réformes mais elle s’y pliera puisqu’elle n’a rien à proposer sur le plan sécuritaire. Ayez confiance, votre grand frère président vous protégera et son épouse people vous chantera, le moment venu, une douce berceuse. La planète est devenue épuisante, vous avez besoin de repos. Que les Roms aillent au diable ! Que les gens du voyage transportent leurs caravanes ailleurs ! Quoi, le pape n’est pas content, l’Eglise catholique fait la grimace ? Que ces braves gens s’occupent donc de leurs prêtres pédophiles ! Comme l’a dit jadis un grand professionnel de la poigne, le pape c’est combien de divisions ?

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Nouveau-nés

Malgré l’horreur physiologique qu’elles m’inspirent, j’ai tendance à admirer le sang-froid des mères criminelles françaises. La regrettée Marguerite Duras les aurait trouvées "sublimes, forcément sublimes". Voyons : ces femmes très enveloppées n’ont l’air de rien, mais multiplient à l’insu de tous des grossesses, accouchent toutes seules, et éliminent aussitôt leur progéniture. On a eu ainsi les bébés dans un congélateur, on en est maintenant aux sacs en plastique. La presse nous prévient : le couple pris dans ce genre d’histoire est "avenant, serviable, poli, courtois". La femme est aide-soignante, le mari est charpentier et membre du conseil municipal. Le curé du lieu, nous dit-on, est resté "hébété". Un concept nouveau a pris corps, celui de "néonaticide". Le plus étonnant est quand même l’extrême aveuglement des maris, au courant de rien, disent-ils, et l’éclairage brutal sur les coïts approximatifs de province.

Qui a tué les bébés d’Ashkelon ?

Une enquête pileface chez les Romains du 3ème siècle

(JPEG) "On a découvert dans ces thermes romains les restes de près d’une centaine de nourrissons, tués peu après leur naissance. Les Grecs et les Romains de l’Antiquité considéraient l’infanticide, surtout par abandon et exposition aux éléments, comme la forme la plus efficace de régulation des naissances. "
Biblical Archaeology Review, Juillet / Août 1991

Situé sur la côte israélienne, le port maritime d’Ashkelon s’impose comme l’une des cités les plus importantes du monde antique, depuis 3500 avant Jésus Christ. Pèlerins et marins accostaient souvent dans ce bastion de la Rome impériale. Assiégé par les romains en 37 avant JC, la ville fut occupée pendant quatre siècles. Le port fut finalement détruit au cours de sanglants affrontements lors des croisades. Pendant une quinzaine d’ années, des archéologues de l’Université d’Harvard ont fouillé les vestiges d’Ashkelon. Ils ont découvert des squelettes d’une centaine de nouveaux nés dans un égout des anciens thermes romain.
Quelles sont les raisons de ce crime ? Qui étaient les bébés d’Ashkelon ? Qui les a tué et pourquoi ? Ce sont les questions auxquelles un documentaire Arte de 2006 a tenté de répondre.

Les restes de leurs minuscules squelettes étaient là depuis le troisième siècle, Observations, analyses révèlent qu’ils étaient âgés de quelques semaines, qu’ils ne souffraient pas de maladie, ...en pleine santé quand ils sont morts. Les romains se seraient-ils débarrassés des bébés-filles, pratiques qui ont existé ailleurs ? Non, les analyses prouvent que ces nouveaux nés étaient majoritairement des garçons. La clé du mystère semble résider dans l’exploitation sexuelle des femmes dans la Rome antique. Asservies à un statut d’esclave, elles n’avaient aucun pouvoir sur leurs propres enfants, et leurs maîtres se débarrassaient de ces nourrissons indésirables
La culture romaine pourtant si raffinée savait aussi s’accommoder de pratiques barbares. Cent ans après, l’infanticide, fut interdit par Rome.
L’infanticide est lié à toutes les cultures, en tous temps, en tous lieux, et a tellement accompagné l’humanité qu’aucun interdit ne saurait éradiquer ces résurgences résiduelles, manifestation de ce lointain héritage culturel et peut-être génétique quand il s’agissait de gérer la survie du groupe.

(Crédit : d’après Arte-TV/aventure humaine )

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Houellebecq

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Laissez tomber les romanciers américains surévalués : ils s’essoufflent, leurs livres sont barbants, leur domination s’achève. Vous avez mieux, en français direct, sous la main : le nouveau Houellebecq [1], excellent raconteur, roman noir, humour noir, où l’auteur se met lui-même en scène, et va jusqu’à décrire son propre et atroce assassinat dans des pages admirables de précision (on apprend ici beaucoup sur la reproduction des asticots).

S’il y a une justice en ce monde, le prix Goncourt doit couronner cette ?uvre puissante. La vision du monde de Houellebecq est toujours la même : tout le monde meurt, tout doit disparaître dans une apocalypse inévitable (au passage, j’apprends avec amusement que j’ai disparu depuis longtemps [2]. Et puis soudain, à propos d’art, ce cri : "Picasso c’est laid, il peint un monde hideusement déformé parce que son âme est hideuse, et c’est tout ce qu’on peut trouver à dire à Picasso, il n’y a aucune raison de favoriser davantage l’exhibition de ses toiles, il n’a rien à apporter, il n’y a chez lui aucune lumière, aucune innovation dans l’organisation des couleurs ou des formes, enfin il n’y a chez Picasso absolument rien qui mérite d’être signalé, juste une stupidité extrême et un barbouillage priapique qui peut séduire certaines sexagénaires au compte en banque élevé."

Ce message de haine est-il une plaisanterie ? Sans doute, mais ce n’est pas sûr. Il se pourrait, après tout, que ce jugement soit partagé par le ministre de l’Intérieur actuel, le Président lui-même, voire par le père du Président très mauvais peintre, dont on a pu voir l’exposition récente dans une galerie en face de l’Elysée. De même, il n’est pas exclu qu’une grande majorité de Français soit, au fond, d’accord pour censurer ces "barbouillages priapiques".

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Il n’est donc pas inutile de rappeler qu’en avril 1940, la République française, avant l’arrivée des Allemands, a refusé à Picasso la nationalité française. C’était un délinquant anarchiste dangereux, et son engagement dans la guerre d’Espagne (Guernica) prouvait bien qu’il était d’origine tout à fait étrangère. Houellebecq va-t-il réussir à bloquer la montée irrésistible des prix de ses tableaux ? Attendons.

Philippe Sollers

Le Journal du Dimanche, 29 août 2010


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Guernica est une des ?uvres les plus célèbres du peintre espagnol Pablo Picasso. Il la réalisa à la suite du bombardement de la ville de Guernica le 26 avril 1937, lors de la guerre d’Espagne. Le tableau devint rapidement un symbole de la violence de la répression franquiste avant de se convertir en symbole de l’horreur de la guerre en général. Il est exposé au musée de la Reine Sofia à Madrid. (crédit : Wikipedia)

Le Guernica secret de Picasso


[1] La Carte et le Territoire, Flammarion, 8 septembre

[2] Frédéric Beigbeder fait partie des non disparus, présents dans le nouveau roman de Michel Houellebecq, lequel préface l’édition en Livre de poche (25 août) de "Un roman français", le livre de Beigbeder. Note pileface

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7 septembre 2010, par A.G.

> Journal du mois d’août 2010
Houellebecq répond aux accusations de plagiat

Accusé d’avoir plagié Wikipedia et différents autres sites internet dans "la Carte et le territoire" (Flammarion), Michel Houellebecq répond, pour www.BibliObs.com, face à la caméra de Joseph Vebret


Houellebecq r&eacute ;pond aux accusations de plagiat
envoy&eacute ; par Nouvelobs. - Films courts et animations.

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Cela devient une mode. On se souvient du procès intenté par Alina Reyes à Yannick Haenel lors de la sortie de son roman Cercle. Après avoir fait l’objet, à deux reprises, des mêmes accusations (Philippe Sollers lui avait dit : « Faites très attention. C’est une tentative d’assassinat. ») , Marie Darrieussecq a publié, en janvier 2010, un livre consacré aux "plagiats" célèbres : Rapport de police. Accusations de plagiat et autres modes de surveillance de la fiction.

Lire aussi : "L’accusation de plagiat est une mise à mort"

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