art press n°359 (septembre 2009)

(JPEG) Dans le numéro 359 d’art press (septembre 2009) on trouve notamment :

un interview de Daniel Dezeuze : couleur, humour et convivialité

et un autre d’Alain Fleischer par Jacques Henric, réalisé à l’occasion de son dernier roman Courts-circuits (le Cherche Midi).

Par ailleurs vous pouvez lire ci-dessous l’édito de Catherine Millet :

Certifié ridicule

Alors qu ?on espérait, neuf ans après l ?exposition Présumés innocents, que Henry-Claude Cousseau, alors directeur du musée où elle avait eu lieu, le CAPC de Bordeaux, et les commissaires qui l ?avaient organisée, Marie-Laure Bernadac et Stéphanie Moisdon-Trembley, bénéficieraient du non-lieu sollicité par le procureur de la République, les voilà renvoyés devant le tribunal correctionnel. Les juges d ?instruction, Jean-Louis Croizier et Marie-Noëlle Billaud, gardiens d ?airain du désormais célèbre amendement Jolibois (communément connu sous le nom de « loi scélérate »), ont retenu contre eux les accusations de « diffusion de l ?image d ?un mineur présentant un caractère pornographique » et de « diffusion de message violent, pornographique ou contraire à la dignité, accessible à un mineur ». Le procès devrait se tenir dans l ?année. Les accusés risquent jusqu ?à trois ans d ?emprisonnement et 75 000 ? d ?amende.
L ?un des deux plaignants s ?est désisté ; quarante-cinq personnes sur quarante-sept qui avaient accompagné les groupes d ?enfants dans leur visite de l ?exposition, interrogées par la police, ont témoigné de leur satisfaction contre deux seulement manifestant de la réprobation ; le rectorat a rendu compte des appréciations positives des chefs d ?établissement scolaire ; le responsable de la surveillance du musée a déclaré qu ?aucun mineur n ?avait pu avoir accès aux ?uvres litigieuses du fait d ?un parcours balisé et de la surveillance exercée à cet effet ; enfin, les artistes sont tous connus et représentés dans des institutions publiques. On comprend qu ?à la vue de ces éléments, les gardiens d ?airain ont dû raffiner leurs arguments, nous livrant d ?ailleurs par là un précieux éclairage sur leur imaginaire. Ainsi, à propos d ?une vidéo d ?Elke Krystufek (actuellement représentante officielle de l ?Autriche à la Biennale de Venise), contenant une image mystérieuse (la vidéo n ?a pas été retrouvée) de l ?artiste se cousant le sexe ( ?), et présentée au bout d ?un étroit tunnel dont l ?accès était interdit aux mineurs, les juges retiennent que précisément les enfants adorent se glisser dans ce genre d ?endroit et que le dispositif ne pouvait que les attirer. Le catalogue était vendu sous blister ; oui, mais deux exemplaires de consultation étaient disponibles à la librairie qu ?un enfant (assez grand toutefois pour accéder au comptoir) pouvait feuilleter. Comme la présidente de l ?association La Mouette, seule partie civile, n ?a pas vu l ?exposition, c ?est le catalogue que les regards vertueux ont dû scrupuleusement examiner. D ?accord, on y voit une vieille dame très digne (Louise Bourgeois photographiée par Mapplethorpe) portant sous le bras un godemiché géant, si grand qu ?on se demande bien à quel animal (une éléphante, une dinausaure ?) il pourrait en effet servir. Parmi les reproductions incriminées se trouvent trois photographies de Cameron Jamie montrant un jeune garçon frappant sa poupée. Ne nous a-t-on pas assez asséné, ces dernières années, que la violence infantile présageait une personnalité de tueur ? Bien sûr, les enfants méritent une punition lorsqu’ils sont turbulents. Mais faut-il pour autant interpréter au premier degré les déclarations de Christian Boltanski dans le catalogue, lorsqu’il dit qu’en photographiant les enfants les uns après les autres, c’était comme s’il les « fusillait » ? Si l’on suivait les juges, nous serions tous, armés de nos appareils photos, des tueurs en série en puissance.
Des gardiens d ?airain de cette trempe, c ?est Ahmadinejad qui va nous les envier. En revanche, dans le monde occidental, où l ?art contemporain, très internationalisé, est de plus en plus répandu, de plus en plus reconnu comme un modèle de liberté pour l ?ensemble de la société, c ?est la justice française qui est en passe d ?être non seulement ridiculisée mais aussi discréditée.

Catherine Millet

PS qui a à voir : Au moment où leur renvoi devant le tribunal était signifié aux responsables de Présumés innocents, la galerie Daniel Templon livrait à La Poste les cartons d ?invitation pour une exposition d ?Araki. La Poste ayant ouvert une des enveloppes, comme elle en a le droit s ?agissant d ?un envoi en nombre, juge que la photographie reproduite sur le carton (une jeune femme en partie nue et ligotée) est de caractère pornographique. En conséquence de quoi, elle accepte d ?envoyer les cartons mais en appliquant le tarif normal et non pas le tarif spécial négocié pour un publi-postage. 1 800 ? de plus, quand même, à payer. Nous nous permettons donc de signaler aux gardiens d ?airain que non seulement La Poste elle aussi diffuse des images à caractère pornographique, mais qu ?en plus elle se sucre au passage.



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