Journal du mois de mars 2010
Tempête, Pulsions, Elections, Chine


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Tempête

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C’est une chose d’apprendre de loin des tremblements de terre ou des raz de marée sur différents points de la planète, c’en est une autre d’être directement visé par une dévastation imprévue. J’ai donc passé une nuit blanche en pensant à ma maison de l’île de Ré, qui, en principe, aurait dû être ravagée et inondée lors de la récente catastrophe. Petit miracle : presque rien, alors que l’endroit est très exposé et avait été sinistré il y a dix ans. La violence du vent et de la marée a surpris tout le monde, et rien de plus atroce que les pauvres gens des zones inondables noyés, à trois heures du matin, pendant leur sommeil. On leur avait annoncé une alerte rouge, ils se sont enfermés chez eux et seuls quelques-uns ont pu sortir par les toits et être sauvés par des hélicoptères.

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Après le passage de la tempête Xynthia, rues inondées dans l’île de Ré , à La Couarde

Personne n’a pu m’expliquer pourquoi cette tempête très étrange (ville de La Rochelle inondée) avait reçu le nom de Xynthia, prénom aussi barbare qu’obscène. Ma nuit blanche n’est pas grand-chose (communications coupées, pas moyen d’avoir le moindre renseignement) si l’on considère le nombre de morts, les digues explosées, la honte et la misère des constructions dans des zones dangereuses. Pendant des heures, on devient pure violence, vent déchaîné, vagues déferlantes, terreur enfantine. Durant quelques jours, l’île a été coupée en trois, ce qui l’a ramenée à ce qu’elle était au XIIe siècle. La Nature a-t-elle des raisons d’être aussi mécontente ? Il faut croire. En tout cas, on peut souffrir pour un paysage comme pour un deuil injuste et brutal.

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Pulsions

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Le Jeu de la mort, à la télévision, a été inspiré par l’expérience éblouissante de Milgram, au début des années 1960. Il s’agit de savoir comment des participants abusés par une autorité indiscutable peuvent pousser quelqu’un vers la mort à coups de chocs électriques. Un acteur invisible hurle à chaque décharge, il a tous les défauts du monde, le joueur ou la joueuse qui appuie sur un bouton fait le bien, se distingue par son obéissance, gagne en considération sociale. Ce n’est plus la servitude volontaire, mais la servilité spectaculaire. Milgram avait fait observer (cruelle démonstration pour le discours humaniste) que seule une petite minorité de « joueurs » hésitaient à aller jusqu’au bout. Ces réfractaires au meurtre en faveur du bien étaient très différents les uns des autres, et ne pouvaient former aucune communauté. Leurs motifs étaient divers : malaise physique, croyance religieuse, tympans fragiles, sadisme plus raffiné. La pulsion de mort, en revanche, circulait parfaitement chez les autres par manque d’imagination.

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Etude de Francis Bacon. (Plus, ici)

L’expression « prêtre pédophile » est en passe de devenir courante, et l’Église catholique en paye les frais. Cette vieille et vénérable institution est soudain ravagée par des révélations en cascades, aux États-Unis, en Irlande, en Bavière, en Italie, en France. « Crime atroce », dit le pape, visiblement accablé par tout ce tam-tam. Mais les faits sont là : les séminaires sont des camps d’entraînement à la perversion sexuelle la plus idiote, ce qui demanderait une analyse en profondeur. Sur l’atmosphère confinée des séminaires catholiques, la meilleure description reste, de loin, Le Rouge et le Noir de Stendhal. « Prêtre pédophile », en un sens, c’est presque aussi surréaliste que « magistrat assassin », « policier gangster », « financier fou », « militaire terroriste » ou « homme politique vertueux ». Je l’avoue bien qu’ayant, comme romancier, beaucoup d’imagination, je n’arrive pas à me mettre dans la tête d’un prêtre pédophile. Je reconnais mes limites, et je dois dire aussi que je n’aurais jamais joué au Jeu de la mort.

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Pâques 2009 : une sculpture représentant le Christ mort sur une chaise électrique, exposée dans la cathédrale de Gap (Hautes-Alpes). Sculpture de Paul Fryer. Plus, ici.

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Élections

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Rien de plus plaisant que le déni apporté par la majorité actuelle aux élections régionales, et rien de plus cocasse que le remaniement opéré par l’Élysée à ce sujet. La France est en rose ? Qu’importe, puisque l’Alsace est en bleu ! L’important, désormais, ce sont les retraites, encore les retraites, toujours les retraites. Cela dit, comme dans toutes les situations au bord du gouffre, ce sont des femmes qui pourront peut-être sauver les meubles. Martine Aubry, Ségolène Royal et, pourquoi pas, Marine Le Pen aidant les socialistes en douce. Dany Cohn-Bendit est au mieux de sa forme bavarde, mais il n’a pas l’air de plaire à la soucieuse Cécile Duflot. Passons sur quelques numéros à la Père Ubu : le populaire Georges Frêche et son vulgaire bagout d’estrade, l’indéboulonnable Le Pen dont la fille atténue déjà les aspects rugueux. Quoi d’autre sur la scène ? Les hommes ont l’air psychiquement fatigués, comme le pays lui-même. J’ai déjà dit ma préférence pour la solide Martine Aubry, cette antipeople absolue.

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Chine

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Dieux des murs et des fossés de toutes les commanderies
et dieux du sol de tous les districts (détail), Ming, vers 1600
© Rmn, musée Guimet, Paris / Thierry Ollivier

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Si vous ne devez voir qu’une exposition, ne ratez pas celle consacrée au taoïsme au Grand Palais. C’est un événement dévoilant la Chine la plus profonde, une démonstration de liberté radicale. Rien à voir avec une religion, et surtout pas avec le bouddhisme. Le catalogue est somptueux, et vous pourrez rêver longtemps sur ses images. Une formule ramassée de cette pensée en acte ? Celle-ci : « L’infini harmonique ». Et puis « Avoir des os d’immortels, monter au ciel en plein jour. » Comme ça.

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Dongfang Shuo

Si vous voulez pousser plus loin votre connaissance de la pensée chinoise, prenez la traduction des Maitres mots de Yang Xiong, qui vient de paraître [1]. Ce portrait d’un certain Dongfang Shuo m’enchante :

« Pourquoi le renom de Dongfang Shuo dépasse-t-il ainsi la réalité ?
- Son art de la repartie, sa ressource, son franc-parler, sa vertu contournée. Sa repartie ressemble à de l’excellence, ses ressources jamais à court ressemblent à de la sagesse, son franc-parler ressemble à de la droiture, sa vertu contournée ressemble à du retrait.

- À quoi tient son renom ?

La Voie du Tao, un autre chemin de l’être

Grand Palais
31 mars 2010 - 5 juillet 2010
Le site de la RMN


- À une parfaite maîtrise de la plaisanterie. »

Ou encore : « Le renom suprême est le renom auquel on n’a pas travaillé. Le renom auquel on a travaillé vient après. »

Philippe Sollers,
Le Journal du Dimanche du 28 mars 2010



[1] Les Belles Lettres, 2010

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Commentaires

  • > Journal du mois de mars 2010
    29 mars 2010, par scaringella
    Pour le jeu de la mort on dira simplement que les gens qui ont "tué" n’ont jamais reçus l’éducation, la formation et l’entrainement pour faire face à ce genre de situations. C’est un des devoir du pouvoir dans une démocratie d’apprendre aux gens à faire face à de tels contextes. Evidemment cela gênerait les différents pouvoirs. Cela ne sera donc jamais dans les programmes. Par contre apprendre a faire passer des "restructurations" il y a moult instituts ayant pignon sur rue pour le faire. On voit bien où le diable trouve des âmes prêtes à se vendre. Pour les prêtres pédophiles on donnera les statistiques officielles. 10% (même si c’est inadmissible) seulement surviennent dans les institutions, 80% du fait de la proche famille. De plus pour les pasteurs les chiffres sont les mêmes. Cela sent donc mauvais. Ne serait-ce pas plutôt le protestantisme et son "modèle" de société totalitaire, biologisant l’humain, animalisant les comportements, dévastant les cultures millénaires qui se sentant à l’agonie use et abusent de basses dénonciations pour éviter qu’on le montre du doigt ??? Notons que ces faits sont connus depuis ...... toujours ou presque et que c’est au moment de la déconfiture du protestantisme, et qu’un allemand a trahi la cause en se faisant élire Pape que ces informations jaillissent sur les écrans cathodiques des serviteurs du Prince De Ce Monde ???? Bref, le Diable s’active tant et plus, comme d’habitude. Les ignorants n’ont pas compris le message de l’église catholique et de son Pape allemand ??? Normal. Comme ils n’avaient pas compris le message du Pape polonais. On sait depuis combien le "polack" de service avait accéléré l’implosion de la dictature à l’est. On peut penser que le "schleu" va poser pas de mines sous les fesses des esclavagistes ultra-libéraux.