Ce que Jan Karski pensait de Shoah
La 2ème partie de Shoah passe donc demain mercredi sur Arte. Nous ne redirons pas la nécessité de la voir car Shoah est un grand film, incontournable qui, n’en doutons pas, n’a pas encore produit tous ses effets.
Mais puisque polémique il y a (dont il nous semble utile de rendre compte en raison de ses enjeux et malgré ses aspects navrants), qu’elle porte sur Jan Karski et que c’est précisément dans la 2ème partie de Shoah que Jan Karski apparaît (40 mn), il nous semble aussi nécessaire de signaler ce que Karski disait du film dans un texte paru dans la revue polonaise Kulturaen 1985, et traduit en français par la revue Esprit. Yannick Haenel, dans sa réponse à Claude Lanzmann, écrit : « [...] Lanzmann a menti ; il a trahi Karski. Et celui-ci, tout en accordant par loyauté son soutien à Shoah, a protesté dans un article intitulé : "Shoah, une vision biaisée de l’Holocauste" (Esprit, février 1986). »
_ On trouvera des extraits du texte de Karski sur l’express.fr.
_ J’en retiens deux :
_ — « Pour des raisons évidentes de temps et de cohérence, M. Lanzmann n’a pu insérer la partie à mon sens la plus importante de l’interview, qui se rapporte à la mission que j’ai effectuée à la fin de 1942. »
_ — « [...] les gouvernements alliés qui seuls avaient les moyens de venir en aide aux juifs les ont abandonnés à leur sort. En dehors de moi, personne ne pouvait le dire. L’insertion de ce témoignage ainsi que l’évocation, si sommaire fût-elle, de ceux qui tentèrent d’aider les juifs aurait placé l’Holocauste dans une perspective historique plus appropriée. (...) Shoah par son autolimitation appelle un autre film, aussi puissant et aussi vrai, qui montrerait cet aspect oublié de l’Holocauste. »
Shoah appelle donc un autre film... ou un roman.