![]() Journal du mois de décembre 2009
Climat, Minarets, Cognac, Cecilia Bartoli
![]() Climat
![]() La France, aucun doute, est une région de la mappemonde dont tout indique qu’elle est en voie de réorganisation globale. Serez-vous intéressé par les élections régionales ? Pas sûr. La désignation de Strauss-Kahn comme sauveur en "imam caché" vous fait-elle rire ? Un peu. Avez-vous confiance dans les socialistes ? De temps en temps, vous avez toujours eu un faible pour Martine Aubry, son air épanoui, son courage 35 heures sur 35. Avez-vous suivi avec passion les ennuis de santé de Johnny Hallyday ? Par moments. L’effondrement de Dubai vous concerne-t-il ? À peine. L’envoi de nouvelles troupes en Afghanistan pour fêter le prix Nobel de la paix à Obama vous parait-il nécessaire ? On le dit. Le règne de Sarkozy est-il en danger ? Oui, si Carla Bruni devient franchement démodée. Avez-vous été bloqué dans l’Eurostar ? Au dernier moment, bien joué, vous avez renoncé à aller à Londres. Approuvez-vous la béatification de Pie XII ? Non, bien sûr, votre banquier y est très opposé. Ce n’est pourtant pas lui qui a commandité la passionnée qui s’est jetée sur Benoît XVI à la messe de minuit à Rome.
Minarets
Cognac
Et voici la grande vedette inattendue : le cognac français le plus raffiné, le plus cher, le plus historique : le Louis XIII ! Oui, vous avez bien lu : le Louis XIII, et vive, donc, Alexandre Dumas. La carafe Baccarat de cognac Louis XIIl se vend, dans les restaurants de luxe en Chine, entre 1.500 et 2.000 ?. Vous imaginez ici une scène rétrospective : Mao, en train de lever son verre de Louis XIII à la santé du peuple français et l’un de ses rois les plus populaires ! Le père de Louis XIV ! Les mousquetaires ! Le Louvre ! Versailles ! Le Sud-Ouest ! Soyons réalistes : sur 125 millions de Chinois élevés au cognac, il y en aura bien un million pour s’intéresser à la littérature française. Céline imaginait les Chinois à Cognac, c’est fait, mais en sens inverse. Le Louis XIII envahit les palais chinois. Je préfère le vin de Bordeaux au cognac, mais j’ai confiance, mes lecteurs et mes lectrices futurs sont déjà là, impatients de me découvrir.
Cecilia Bartoli Offrez-vous, pour l’année nouvelle, un étourdissant cognac musical : l’album de Cecilia Bartoli Sacrificium. Elle a enregistré des pièces composées pour les castrats du XVIIIe siècle, et c’est tout simplement bouleversant de virtuosité et de sensibilité. Vive, angélique, inspirée, profonde, éblouissante aussi bien dans la vitesse que dans la lenteur, Cecilia est un génie. Voici ce qu’elle dit : « Je voulais faire comprendre que le monde des castrats est constitué de vélocité et d’expression. Ils n’étaient pas seulement ceux qui provoquaient des feux d’artifice avec leur voix, mais aussi ceux qui parvenaient à faire pleurer leur public. C"est l’essence même de l’art baroque : la profondeur dans l’artifice. Et c’est aujourd’hui ce que je recherche avec ma voix. Je travaille moins la technique pour me concentrer sur les émotions. » Une femme de génie, simple, enjouée, merveilleusement douée pour la vie, c’est rare. Elle est aussi extraordinaire dans Vivaldi que dans Haendel, Haydn ou Mozart. Elle reconnaît elle-même qu’elle n’aurait jamais pu ni voulu chanter du Wagner. De là où il est, Nietzsche, cet anti-wagnérien farouche, la bénit, lui qui est allé jusqu’à dire : « Sans la musique, la vie serait une erreur. » Philippe Sollers
Nota : illustrations pileface, sauf l’ours en regard de l’article de Ph. Sollers dans le JDD. |
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