2/09/2009 : ajout encart citation de Studio.

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Malaise

(JPEG) SOYONS SERIEUX : Nicolas Sarkozy m’inquiète. Ce malaise « vagal » au c ?ur de l’été, ce Président sportif qui s’effondre brusquement en plein footing ce bref séjour au, Val-de-Grâce, cette retraite discrète au cap Nègre, tout cela m’obsède. Que ferait la France, grands dieux, sans Sarkozy ? Est-il au moins bien soigné ? Son alimentation est-elle suffisante ? Son programme de rattrapage culturel, accéléré par Carla, ne le fatigue-t-il pas trop ? Lire Sartre, c’est bien, mais un hebdomadaire vient d’annoncer le retour de Marx, et le Président qui, ne l’oublions pas, est « de gauche », a décidé, paraît-il de lire enfin, en profondeur, Le Capital. Je jette un coup d’ ?il sur l’agenda présidentiel : c’est un emploi du temps infernal, une usure de tous les moments, un stress qui peut conduire tout droit à un nouveau malaise. Il serait alors une proie pour le virus de la grippe qui se rapproche inéluctablement de nous. Je tremble.

Quelle injustice, aussi, quand on voit la forme insolente de Berlusconi entouré de ses « escort girls » ! Il pète de santé, ce brave homme, il vient d’être pourtant grand-père pour la cinquième fois, mais, rien ne l’arrête, et la cabale des dévots contre lui, qu’ils soient de gauche ou de tradition catholique, n’a l’air de lui faire ni chaud ni froid. C’est le moins hypocrite des leaders politiques, et un homme attaqué par sa femme, et une de ses filles qui vient d’accoucher, ne peut pas être foncièrement mauvais. Il a d’ailleurs eu cette formule sublime : « Je ne suis pas un saint, » Le peuple italien apprécie cette modestie bonhomme et ronde qui fait merveille dans les photos où il est entouré de chefs d’Etat. Il est le seul ayant l’air de s’amuser, peu importent les catastrophes.

Mais que va devenir Obama dans sa zone de turbulences ? Son programme de santé publique soulève des injures caricaturales, on le voit sur des affiches représenté en Hitler et accusé de vouloir instaurer le socialisme aux Etats-Unis. Les Américains ont de grandes dispositions pour la folie, comme le prouve le deuil très agité autour de Michael Jackson. Et puis ce président veut s’en prendre aux tortures perpétuées par la CIA, n’est-ce pas imprudent ? Le sénateur Ted Kennedy vient de mourir, et il faut fermement déconseiller à Obama d’aller faire un tour à Dallas. Un cinglé manipulé pourrait s’imaginer qu’en tirant sur lui il élimine Hitler.

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Regis Debray en 1969 (à g.), un faux air de Nietzsche
(seulement physique)

Socialistes

« Soudain, vers la fin du vingtième siècle, au milieu de richesses considérables d’ailleurs gaspillées, le lien social se dénoua... Pouvoir, Mensonge, Crime, Dieu, Satan, Trafic, Sexe, Mort, Argent, toutes les vieilles majuscules de la grande roue habituelle continuaient à tourner, mais, semblait-il, à vide. »
Philippe Sollers
Studio
Gallimard, 1997
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Le Parti socialiste est-il mort ? En réanimation ? En décomposition lente et tragique ? Doit-il changer de nom ? BHL l’a dit dans un article qui lui a valu, de la part de Marylise Lebranchu, l’épithète de « nietzschéen mortifère ». Pour un fervent admirateur d’Emmanuel Levinas, le coup est rude. Comme on voit, si Marx revient, Nietzsche est toujours dans la course. Le mot « socialiste », il est vrai, n’est plus très clair, et un autre concept vient d’apparaître : tout ce qui est social doit, être défmi comme « sociétal ». Pourquoi pas, alors, « Parti sociétaliste » ? Pourquoi pas un vaste regroupement sociétal de Lille à Biarritz, de Marseille à Brest ? C’est là où des primaires démocratiques sont nécessaires. Qui sera nominé ? DSK, sans doute, il a le profil, Mais n’oublions pas trop vite Ségolène Royal, dont un reportage, dans Paris Match, nous montre la radieuse silhouette sur un quai de gare, à Saintes, en train de raccompagner son compagnon d’amour. Mutine, souriante, complice, enfin heureuse, elle lui pointe un doigt sur le nombril, tendresse sociétale du geste, air vaguement inquiet de son partenaire, mais émotion garantie chez tous les votants sociétalistes de c ?ur.

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D’après Nono

Grippe

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La montée en puissance de Roselyne Bachelot me paraît fatale. Voilà une femme qui n’a rien à voir avec un nietzschéisme quelconque, et surtout pas mortifère. Elle vous soigne déjà, pauvres grippés du futur, c’est votre infirmière tenace et maternelle, elle n’a pas d’homme visible auprès d’elle, sa carrière tout en douceur ne fait que commencer, c’est elle la star sociétale de base. Ecoutez ses conseils : lavez-vous les mains, portez votre masque, évitez d’éternuer sur vos voisins, n’embrassez plus personne, surtout pas dans les bureaux, dans les rues, et même chez vous. Le mois de septembre s’annonce terrible. Soyez soupçonneux, disciplinés, craintifs, allez aux toilettes toutes les dix minutes, sachez discerner les infectés potentiels, le virus tourbillonne déjà dans l’air, vorace, invisible, sans aucune pitié. Mais rassurez-vous : Bachelot veille, elle vit la vie du bon coté, en rose, vous lui devrez peut-être la vie ou celle de vos enfants. A partir de là, pourquoi pas Bachelot Présidente ? Ce serait-la surprise des prochaines années sociétales, écologiques, centristes, centrales, portées par un vaste mouvement de prophylaxie morale. Le préservatif, c’était bien, le masque, c’est mieux.

Bonus

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Les banquiers vous racontent n’importe quoi, comme d’habitude : la crise existe, soit, mais elle est déjà surmontée, puisque toutes les vieilles pratiques du capitalisme financier sont plus fortes que la fumée dont elles s’entourent. Par-delà le bien et le mal, mais plus personne ne le lit. Une version contraire s’impose, sous un nouveau titre : Par-delà le bonus et le malus, préface et notes sociétales des traders de la Société Générale.

Philippe Sollers
Le journal du Dimanche , 30 août 2009



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