Henri Meschonnic
linguiste, traducteur et poète
J’écris des poèmes, et cela me fait réfléchir sur le langage. En poète, pas en linguiste. Ce que je sais et ce que je cherche se mêlent. Et je traduis, surtout des textes bibliques. Où il n’y a ni vers ni prose, mais un primat généralisé du rythme, à mon écoute.
Henri Meschonnic
Nous apprenons la mort, ce jour, 8 avril 2009, de Henri Meschonnic [1], linguiste, essayiste, poète et traducteur. Il s’était notamment illustré dans une nouvelle traduction de la Bible, formidable travail, qui a fait l’objet du numéro 76 de L’Infini, novembre 2001, « Coup de Bible » qui lui est dédié.
Ce travail et l’ ?uvre de Henri Meschonnic ont aussi été hautement salués dans un article de Philippe Sollers du Monde 18/05/2001. « L’oeuvre d’Henri Meschonnic est déjà importante, et il serait temps qu’elle soit reconnue comme révolutionnaire dans notre misérable époque spectaculaire. », écrivait-il.
Retrouvez ces documents ici et aussi, le présent dossier.
Un coup de Bible
de Henri Meschonnic
Présentation de l’éditeur
Ce livre est un appel au rythme, pour penser l’infini du langage par le poème de la Bible, une montagne sainte de paradoxes. Magnifiée par son invisibilité même. Le texte biblique hébreu est le lieu d’un phénomène qui n’est pas seulement particulier, mais emblématique : il est rythmé de bout en bout de manière telle qu’il n’a ni vers ni prose, et que la notion même de poésie lui est étrangère. Il est donc irréductible à notre mode de penser le langage, qui est celui du signe. Et à cette maximalisation du rythme répond une maximalisation du refus d’écoute théologiquement programmé. Ce qui fait du texte biblique un enjeu majeur pour la pensée du langage, du poème, de l’éthique et du politique, le lieu d’une critique des traductions de la Bible, d’une critique de l’herméneutique qui n’a pas les moyens de cette écoute. C’est le sens de ce " coup de Bible dans la philosophie ", pour la théorie du langage, l’historicisation du poème, de l’éthique, du politique, contre le théologico-politique. Et c’est ce texte religieux qui enseigne à ne plus confondre le sacré, le divin et le religieux. En quoi cet enseignement est la réouverture de la prophétie par la transformation du traduire.
oOo
Pourquoi retraduire la Bible ?
ECOUTEZ HENRI MESCHONNIC
dans une longue réponse qu’il donnait à Pierre Lepori de la Radio Suisse Italienne - Rete 2, le 27 septembre 2002.
L’hébreu biblique pose énormément de difficultés, avec des mots qu’on ne rencontre qu’une fois. On ne sait pas toujours ce qu’ils veulent dire. Ces problèmes de lexique m’ont plongé dans une spécificité du langage biblique. J’ai pu comprendre très concrètement qu’il y avait un langage poétique très fort dans la Bible et, à mesure que j’en découvrais les beautés, je découvrais aussi combien elle étaient effacées par toutes les traductions françaises et étrangères.
Il n’y a dans le texte biblique ni vers ni prose.
L’idée reçue de toute notre tradition culturelle grecque et chrétienne, c’est qu’il y a des vers et il y a de la prose, et la poésie s’écrirait en vers. Or la Bible est irréductible à l’opposition entre vers et prose. Les livres d’anthropologie biblique montrent que l’hébreu biblique n’a pas de mot pour dire la poésie, il y a le mot chir qui veut dire « chant », et c’est en hébreu médiéval que ce mot a pris, sous l’influence de la poésie arabe, le sens de « poésie ». [...]
C’est la Bible qui a fait l’hébreu, pas l’hébreu qui a fait la Bible. [...]
Il y a une christianisation généralisée depuis que la Septante (la traduction en grec au IIIème siècle avant notre ère, de l’Ancien Testament) est devenue le texte du début du christianisme. Cette christianisation se retrouve dans toutes les langues. Prenons un petit exemple qui n’a l’air de rien. La cour, au sens de la cour d’une ferme, se dit en hébreu haster. Eh bien, toutes les traductions françaises traduisent par le « parvis ». Le parvis, c’est l’espace devant une église. On ne se rend pas compte de la christianisation ambiante qui a pénétré le texte. [...]
Je ne traduis pas la Bible. Dès qu’on dit le mot Bible, tout est perdu. Le mot Bible est entièrement un mot grec, donc chrétien, propre aux langues européennes.
lire la suite
Tout le monde sait que Bible c’est ta biblia, c’est-à-dire « les livres » en grec. J’ai découvert que cette expression grecque était déjà la traduction d’une expression hébraïque, asefarim, « les livres », qui est sortie de l’usage. Il y a deux façons de désigner en hébreu ce que nous appelons la Bible. C’est Miqra - l’ « appel », au sens de la convocation, qui finit plus tard par désigner la lecture. L’autre terme, TaNakh, est un acronyme, pour Torah (Enseignement), Neviim (Prophètes),Ketouvim (Ecrits ou Hagiographes). [...]
Toute la culture biblique s’est construite dans une théologie de la préfiguration où c’est le Nouveau Testament qui donne son sens à l’Ancien, selon toute une série de lectures souvent sollicitées, comme dans Isaïe.
Les traductions parlent de la « vierge » qui a enfanté, pour faire d’avance allusion à la Vierge mère du Christ, alors que le terme dit a alma « jeune femme », et pas betoula, « vierge ».
On est dans une théologie de la préfiguration. Testament, à l’origine, c’est simplement la traduction en latin d’un terme grec qui veut dire « alliance ». C’est l’ancienne alliance et la nouvelle alliance. Mais tout se passe comme si le Testament prenait un sens testamentaire et faisait de l’hébreu, devenu juif, du judéo-chrétien, c’est-à-dire un élément constitutif d’un ensemble judéo-chrétien. Or, ici, l’élément juif est maintenu comme témoin de l’erreur.
Ça ne fait que concrétiser que la Bible est devenue fondamentalement un texte chrétien. C’est pourquoi je travaille à la réhébraïser, à la déchristianiser, à la déshelléniser et à la délatiniser.
La première catastrophe est certainement la Septante, traduction de l’hébreu en grec au IIIème siècle avant notre ère... Un exemple, qui est peut-être le plus beau de toutes les erreurs rythmiques dans la Septante, c’est Isaïe chapitre 40 verset 3, qui a été coupé
« Une voix appelle dans le désert / ouvrez le chemin du seigneur ».
Pendant des siècles, la traduction dans toutes le langues européennes a proposé cette coupure. C’est une erreur de rythme, le véritable accent fort passe après
« Une voix appelle (kol kore) / dans le désert ouvrez le chemin... »
(bamidbar panu derekh adonaï). Le groupe de mots « dans le désert » fait partie de ce qui suit. L’hébreu dans son rythme a un sens historique et terrestre, situé par l’exil de Babylone, c’est-à-dire la destruction du premier Temple par Nabuchodonosor : il appelle au retour vers Jérusalem à travers le désert... Le protestantisme commençant pousse effectivement à retraduire, mais les catholiques s’y opposent. Le concile de Trente en 1546 a déclaré seule « authentique » la Vulgate de saint Jérôme, traduction de l’hébreu en latin...
C’est seulement en 1943 que l’encyclique Divino Afflante Spiritu de Pie XII donnera son aval à des traductions de la Bible à partir des originaux. Les premiers traducteurs sont brûlés [Wicliffe, Etienne Dolet...]
Pour moi, parler de texte sacré pour la Bible, c’est de l’idolâtrie. Je me réfère à l’idolâtrie au sens où Maïmonide l’entendait : un culte rendu à ce qui est oeuvre humaine... La Bible est un texte religieux, fondateur d’une organisation sociale de l’éthique et du politique en fonction du religieux.
Propos de Henri MESCHONNIC,
traducteur, professeur de linguistique, Université Paris VIII
Le Monde 2, du 5 février 2005.
oOo
Une vieille histoire
Citée par Sollers, dans L’Infini, sur la Bible, N° 76, automne 2001 :
...l’histoire de cette brave dame catholique « qui voit un vieux monsieur ne payant pas de mine en train de lire.
Vous lisez quoi, cher monsieur ?
- La Bible, madame.
- Mais en quelle langue ?
- En hébreu.
- Ah bon, la Bible a aussi été traduite en hébreu ? »
oOo
Critique du rythme
Anthropologie historique du langage
L’ouvrage théorique majeur d’Henri Meschonnic, Critique du rythme - pavé éditorial de plus de 700 pages - a été récemment publié en collection poche, en février 2009 par les éditions Verdier.
Qu’en a t-on dit lors de sa première parution ?
C’est un essai fourmillant, débordant d’idées, d’aperçus, d’ouvertures, qu’il faut lire dans son rythme propre [...]
.
Pierre Daix, Le Quotidien de Paris, 5 octobre 1982
Il faut lire Meschonnic pour s’aérer. Cet homme-là ne respecte rien, ni les vulgates, ni les dogmes, ni les écoles, ni les maîtres, ni surtout les ultras de la technicité. Il faut une sacrée santé pour s’attaquer à tout ce monde-là à la fois, le monde des Jakobson, des Roubaud, des Chomsky, des Kristeva, des Lacan, etc. Il faut une certaine dose de témérité aussi. Mais il est urgent de le lire, même si l’on n’est pas d’accord avec lui, pour s’obliger à reconsidérer toute l’épistémologie des sciences humaines.
Critique du rythme est un livre décapant, iconoclaste, vivifiant et profondément marginal, dans le meilleur sens de ce terme. Henri Meschonnic s’insurge contre toutes les réductions, récupérations, déformations. Je défie quiconque de le récupérer, lui.
Marina Yaguello, Le Nouvel Observateur, 17 juillet 1982
Dans l’onglet "Critiques", voir aussi d’autres critiques et celle tirée de l’Encyclopédie philosophique universelle, PUF, avec un recul de dix ans, en 1992.
Quatrième de couverture
Le rythme est l’utopie du sens.
C’est à partir de l’absence du rythme dans le sens et du sens dans le rythme, dans notre culture du langage, que ce livre essaie de fonder une théorie nouvelle du rythme. L’enjeu dépasse de beaucoup l’histoire et la théorie des pratiques littéraires, où la poésie reste le lieu le plus vulnérable et le plus révélateur de ce qu’une société fait de l’individu. Dans la mesure où cet enjeu engage tout le langage, il engage tout le sujet, tous les sujets, et c’est pourquoi, à travers les problèmes traversés, comme celui du rapport entre le langage et la musique, celui de la voix et de la diction ou de la typographie, à travers les stratégies analysées, de la métrique à la psychanalyse, de la linguistique à la philosophie, jusque dans ses aspects techniques, la théorie du rythme est, au sens le plus large, politique.
C’est un parcours critique des sciences humaines. Traversant leurs lacunes, ce livre esquisse une nouvelle manière de travailler leurs rapports. Dans un aller-retour constant entre l’analyse des textes et la recherche des concepts, il confronte principalement les domaines français, anglais, allemand, russe, espagnol, hébreu, arabe. Il s’adresse à tous ceux qui s’intéressent au langage. Car il déborde l’érudition pour montrer l’aventure.
Encyclopédie philosophique universelle
Ce livre opère une double critique de la théorie du signe et de la notion traditionnelle de rythme. Un de ses apports nouveaux à la théorie du langage concerne le rappel de la voix et de l’oralité, qu’il étend à la considération du rythme. Henri Meschonnic, dans la continuité de Humboldt et selon des suggestions restées vagues chez Benveniste, propose une nouvelle conception du rythme comme organisation du sujet dans le discours et paramètre essentiel de l’historicité discursive. L’auteur part de la notion de rythme chez Héraclite comme organisation du mouvant, au lieu de la notion d’alternance régulière et de symétrie, mise en place par Platon. L’application de la continuité au discours permet de renouveler tant le sujet que le discours. Ce déplacement notionnel touche à l’ensemble des présupposés du sens, selon Meschonnic, en histoire, sociologie et psychanalyse. L’analyse en chaîne ainsi entamée se veut une réponse critique de l’École de Francfort. Elle élabore une pensée du continu des rapports entre langage et culture, langage ordinaire et littérature, individu et société, à l’inverse de la pensée discontinuiste du signe aggravée par le structuralisme et la sémiotique. A travers des analyses concrètes qui empruntent à plusieurs domaines culturels, s’expose d’une manière organique (à la différence d’autres tentatives plus éclectiques comme celle d’Habermas) la tâche d’une anthropologie de la voix, de l’oralité. Celle-ci donne son amplitude éthico-politique maximale à la théorie du langage dans la société.
La théorie du langage pour Henri Meschonnic passe donc par une critique du structuralisme et de la sémiotique. Comme Benveniste, il opère une relecture de Saussure. Mais ici l’arbitraire du signe apparaît comme historicité radicale du discours. A lire â ?? La nature dans la voix â ?, qui introduit sa réédition au Dictionnaire des onomatopées de Charles Nodier, on s’aperçoit que Meschonnic tire systématiquement les conséquences épistémologiques du rapport entre la notion de discours et la notion de rythme comme organisation du sujet parlant.
Encyclopédie philosophique universelle, III : les ?uvres philosophiques, tome 2 (sous la dir. de Jean-François Mattéi), Paris, PUF, 1992.
Henri Meschonnic
Henri Meschonnic est né le 18 septembre 1932 à Paris, de parents juifs russes venus de Bessarabie en 1924. Puis vient le temps de la guerre, de la traque, celui ensuite d’études de lettres et un passage de huit mois dans la guerre d’Algérie en 1960.
Les premiers poèmes paraissent dans la revue Europe en 1962. Linguiste, Henri Meschonnic enseigne à l’université de Lille de 1963 à 1968 puis à Paris 8 de 1969 à 1997. Il étudie l’hébreu et entreprend des traductions de la Bible, qui seront le point de départ d’une série de réflexions sur le rythme, sur le langage et sur la poésie. Il reçoit le prix Max Jacob en 1972 pour Dédicaces proverbes et le prix Mallarmé en 1986 pour Voyageurs de la voix. Il est membre de l’Académie Mallarmé depuis 1987. Il est couronné par le prix de littérature Nathan Katz en 2006.
Florence Trocmé (sur son site, aussi une bibliographie détaillée des oeuvres de Henri Meschonnic)
De monde en monde...
Son dernier ouvrage publié, un recueil de poèmes, son titre : « De monde en monde ». C’était en janvier 2009, aux Editions Arfuyen.
De monde en monde
poèmes
Chaque moment je recommence
le désert
je marche chaque douleur un pas
et j’avance
de monde en monde
Henri Meschonnic
oOo
Recueil "Combien de noms"
L’Improviste, 1999
les morts sont couverts de mots
mes mots sont pour ceux qui vivent
ils ne ferment pas une vie
je ne fais que commencer
de les dire des bouts de mots
qui sortent à peine de nos bouches
tant ils sont mêlés à nous
que la phrase à dire c’est nous
elle n’est pas pour les pierres je
ne sais pas ce qu’elle dit elle
continue si on s’arrête
se tait si on parle trop
on avait enterré un cimetière
pour le sauver
les pierres plus
fragiles que nous depuis
qu’on les dresse vers le ciel
pour qu’elles tournent avec les astres
qu’elles nous portent dans les temps
nous n’avons pas ce temps mais
nous sommes le temps du temps et
les pierres ne portent plus que
des mots dont l’air s’est perdu
on les déchiffre on écoute
l’absence
c’est nous sans nous
la force de ce qui n’est pas
écrit la main touche les lettres
et passe
lire la suite
oui
c’est moi
qui manque aux mots
non les mots qui me manquent j’ai
dû dormir quand il ne
fallait pas je n’étais pas
présent quand on leur a fait
dire ce que je ne voulais pas
depuis je travaille pour le silence
j’amasse l’absence des mots
je laisse une place vide dans
tout ce qui est dit c’est la
place du mot à dire pour que
la mer s’arrête
les pierres montent
je suis le vide
de ce mot
nous du temps que nous parlions
aux pierres
nous avons pris leur
sens leur temps et maintenant
leur mémoire est en nous elle
marche dans nos pas elle bouge
dans notre chaleur nous ne
faisons plus la différence
entre ce qu’elles disent et nous
le temps des pierres c’est nous et
nous sommes pleins de cris que nous
laissons sur nos passages comme
des pierres
en nous tenant l’un à l’autre
pour trouver parmi elles notre
chemin
oOo
Non, nous ne pensons pas encore
Les premières lignes de "Heidegger ou le national-essentialisme"
ou "Was heißt Denken ?"
Non, nous ne pensons pas encore
« Quand j’ai découvert mes principes, tout ce que je cherchais est venu à moi. » Montesquieu, préface de L’Esprit des lois.
Nous ne pensons encore ni le langage, ni le poème, ni l’éthique, ni le politique, tant que nous ne les pensons pas dans leur interaction, dans leur implication réciproque, et telle que chacun des termes modifie tous les autres et est modifié par eux.
Il ne s’agit donc pas ici du directement politique, ni du politique isolé comme on fait d’habitude, séparé de la pensée philosophique, ou de la chose littéraire, comme Céline et Heidegger en sont les exemples types. Ce qui permet cette petite merveille de lâcheté intellectuelle, et de non-pensée de la littérature ou de la philosophie, qui consiste à séparer la grande pensée et la petite politique, ou les grands romans et les essais de Céline. Ce que les philologues appelleraient la lectio facilior, alors que la lectio difficilior est plus forte, qui ne sépare pas entre les deux. La philosophie, et l’engagement humain-inhumain de Heidegger dans le national-socialisme. Comme disait à peu près Hugo, la philosophie veut des moments tranquilles.
Nous ne pensons pas encore tant que nous pensons dans l’hétérogénéité culturelle des catégories de la raison : le langage à part, pour les linguistes, avec toutes ses subdivisions, selon les langues et les spécialités - toutes légitimes ; la littérature et la poésie, pour les littéraires ; l’art pour les critiques et les historiens d’art ; la philosophie pour les philosophes - les seuls qui sont censés penser - et selon aussi ses spécialités autonomes, l’éthique pour les spécialistes de l’éthique, le politique pour les spécialistes de la philosophie politique, et puis l’esthétique pour les spécialistes de l’esthétique, sans oublier la psychologie et la sociologie pour leurs spécialistes. Comme le montrent nos disciplines universitaires.
lire la suite

Mais ces habitudes de pensée font des pense-petit. Ce sont tous les effets en chaîne de ce que les linguistes appellent le signe, la série de ses dualismes : du son et du sens, pour les mots, ou du signifiant et du signifié (il n’y a que la terminologie qui change), de la forme et du contenu, de la chair et de l’esprit, de l’oral et de l’écrit (la vive voix et la lettre qui tue ou qui est morte), du langage poétique opposé au langage ordinaire, de la séparation entre l’affect et le concept comme entre l’individu et la société, entre l’identité et l’altérité, et finalement entre le langage et la vie. C’est la régie culturelle du discontinu, son anthropologie de la totalité.
On ne pense pas assez que sur le langage Saussure a montré qu’il n’y a que des points de vue. Le signe est donné et enseigné comme la nature - la vérité - du langage. Par lui-même, et dans ses limites, qu’il ne montre pas, puisqu’il se donne pour le langage, il n’est qu’une représentation du langage, avec son histoire, et ses limites.
De même que quand on croit opposer le langage et la vie (ce que fait toute une tradition, y compris Bergson avec son vitalisme), on ne sait pas qu’on oppose une représentation du langage à une représentation de la vie. J’y reviens plus loin.
Penser l’interaction langage-poème-art-éthique-politique permet de sortir de l’anthropologie de la totalité que produit le signe, dans la série de ses discontinus, pour penser le continu, et l’infini.
On peut alors lire autrement que selon les moyens jusqu’ici coutumiers ce qui a lieu chez un certain nombre de philosophes, et particulièrement chez Heidegger, hors des vulgarités de pensée, et penser, repenser, hors des catégories toutes faites et installées culturellement, qui permettent justement les facilités autant du pour que du contre. Qui ne sont pas symétriques. Celles du pour donnent dans l’ignoble, celles du contre dans la naïveté.
Si on ne pense pas la théorie du langage, selon l’interaction que j’ai dite, on ne pense pas et on ne sait pas qu’on ne pense pas. On vaque aux affaires courantes.
[1] L’inhumation aura lieu mardi 14 avril à 15 heures au Père Lachaise.
|
Navigation
Rechercher
syntaxe Google
Source=français. Ne pas changer.
MOTS-CLES
|