![]() Shoah
Un film de Claude Lanzmann
Présentation par Claude Lanzmann sur Arte le 20 janvier 2010
Photogramme du film Shoah
La question du titreLa question du titre que je donnerais au film se posa à la toute fin de ces douze ans de travail, en avril 1985, quelques semaines seulement avant la première qui eut lieu dans l’immense théâtre de l’Empire, avenue de Wagram, et à laquelle le président de la République, François Mitterrand, assista, on le sait. Pendant toutes ces années, je n’avais pas eu de titre, remettant toujours à plus tard le moment d’y penser sérieusement. « Holocauste », par sa connotation sacrificielle, était irrecevable, il avait en outre déjà été utilisé. La vérité est qu’il n’y avait pas de nom pour ce que je n’osais même pas alors appeler « l’événement ». Par devers-moi et comme en secret, je disais « la Chose ». C’était une façon de nommer l’innommable. Comment aurait-il pu y avoir un nom pour ce qui était absolument sans précédent dans l’histoire des hommes ? Si j’avais pu ne pas nommer mon film, je l’aurais fait. Le mot « Shoah » se révéla à moi une nuit comme une évidence, parce que, n’entendant pas l’hébreu, je n’en comprenais pas le sens, ce qui était encore une façon de ne pas nommer. Mais pour ceux qui parlent l’hébreu, « Shoah » est tout aussi inadéquat. Le terme apparaît dans la Bible à plusieurs reprises. Il signifie « catastrophe », « destruction », « anéantissement », il peut s’agir d’un tremblement de terre, d’un déluge, d’un ouragan. Des rabbins ont arbitrairement décrété après la guerre qu’il désignerait « la Chose ». Pour moi, « Shoah » était un signifiant sans signifié, une profération brève, opaque, un mot impénétrable, infracassable. Quand Georges Cravenne, qui avait pris sur lui l’organisation de la première du film, voulant faire imprimer les bristols d’invitation, me demanda quel était son titre, je répondis : « Shoah ». — Qu’est-ce que cela veut dire ? — Je ne sais pas, cela veut dire " Shoah ". — Mais il faut traduire, personne ne comprendra. — C’est personnellement ce que je veux, que personne ne comprenne. » Je me suis battu pour imposer « Shoah » sans savoir que je procédais ainsi à un acte radical de nomination, puisque presque aussitôt le titre du film est devenu, en de nombreuses langues et pas seulement en hébreu, le nom même de l’événement dans son absolu singularité. Le film a été d’emblée éponyme, on s’est mis partout à dire « la Shoah », ce nom a supplanté « Holocauste », « génocide », « Solution finale », j’en passe. Ils sont tous des noms communs. « Shoah » est maintenant un nom propre, le seul donc, et comme tel intraduisible. Claude Lanzmann, Le lièvre de Patagonie, Gallimard, 2009, p. 525. Fiche techniqueRéalisation : Claude Lanzmann Image : Dominique Chapuis, Jimmy Glasberg et William Lubtchansky Distribution :
« Malgré toutes nos connaissances, l’affreuse expérience restait à distance de nous. Pour la première fois, nous la vivons dans notre tête, notre c ?ur, notre chair... » Simone de Beauvoir, préface au livre Shoah (Folio)
Abraham Bomba : lui-même Un dossier du CNDP (avec un entretien avec Claude Lanzmann). Le film14 séquences extraites de la première partie C’est dans la deuxième partie du film que Jan Karski apporte son témoignage. Claude Lanzmann évoque ses relations avec Karski dans ses Mémoires : voir ici. La bande annonce du filmEn anglais Sur Arte le 20 janvier 2010Polémique sur le mot Shoah Un article d’Henri Meschonnic, "Pour en finir avec le mot Shoah" Claude Lanzmann, "Ce mot de Shoah" |
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