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Shoah

Un film de Claude Lanzmann

D 24 janvier 2010     A par A.G. - C 3 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



La question du titre

La question du titre que je donnerais au film se posa à la toute fin de ces douze ans de travail, en avril 1985, quelques semaines seulement avant la première qui eut lieu dans l’immense théâtre de l’Empire, avenue de Wagram, et à laquelle le président de la République, François Mitterrand, assista, on le sait. Pendant toutes ces années, je n’avais pas eu de titre, remettant toujours à plus tard le moment d’y penser sérieusement. « Holocauste », par sa connotation sacrificielle, était irrecevable, il avait en outre déjà été utilisé. La vérité est qu’il n’y avait pas de nom pour ce que je n’osais même pas alors appeler « l’événement ». Par devers-moi et comme en secret, je disais « la Chose ». C’était une façon de nommer l’innommable. Comment aurait-il pu y avoir un nom pour ce qui était absolument sans précédent dans l’histoire des hommes ? Si j’avais pu ne pas nommer mon film, je l’aurais fait. Le mot « Shoah » se révéla à moi une nuit comme une évidence, parce que, n’entendant pas l’hébreu, je n’en comprenais pas le sens, ce qui était encore une façon de ne pas nommer. Mais pour ceux qui parlent l’hébreu, « Shoah » est tout aussi inadéquat. Le terme apparaît dans la Bible à plusieurs reprises. Il signifie « catastrophe », « destruction », « anéantissement », il peut s’agir d’un tremblement de terre, d’un déluge, d’un ouragan. Des rabbins ont arbitrairement décrété après la guerre qu’il désignerait « la Chose ». Pour moi, « Shoah » était un signifiant sans signifié, une profération brève, opaque, un mot impénétrable, infracassable. Quand Georges Cravenne, qui avait pris sur lui l’organisation de la première du film, voulant faire imprimer les bristols d’invitation, me demanda quel était son titre, je répondis : « Shoah ». — Qu’est-ce que cela veut dire ? — Je ne sais pas, cela veut dire "Shoah". — Mais il faut traduire, personne ne comprendra. — C’est personnellement ce que je veux, que personne ne comprenne. » Je me suis battu pour imposer « Shoah » sans savoir que je procédais ainsi à un acte radical de nomination, puisque presque aussitôt le titre du film est devenu, en de nombreuses langues et pas seulement en hébreu, le nom même de l’événement dans son absolu singularité. Le film a été d’emblée éponyme, on s’est mis partout à dire « la Shoah », ce nom a supplanté « Holocauste », « génocide », « Solution finale », j’en passe. Ils sont tous des noms communs. « Shoah » est maintenant un nom propre, le seul donc, et comme tel intraduisible.

Claude Lanzmann, Le lièvre de Patagonie, Gallimard, 2009, p. 525.

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Fiche technique

Réalisation : Claude Lanzmann

Image : Dominique Chapuis, Jimmy Glasberg et William Lubtchansky
Montage : Ziva Postec et Anna Ruiz (pour une des séquences de Treblinka)
Langues : Anglais, Allemand, Hébreu, Polonais, Yiddish, Français
Durée : 613 minutes
États-Unis : 503 minutes / Suède : 544 minutes / Royaume-Uni : 566 minutes
Dates de sortie :
France : avril 1985 / États-Unis : 23 octobre 1985

Distribution :

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« Malgré toutes nos connaissances, l’affreuse expérience restait à distance de nous. Pour la première fois, nous la vivons dans notre tête, notre coeur, notre chair... » Simone de Beauvoir, préface au livre Shoah (Folio)

Abraham Bomba : lui-même
Czeslaw Borowi : lui-même
Paula Biren : elle-même
Itzhak Dugin : lui-même
Pan Filipowicz : lui-même
Pan Falborski : lui-même
Henrik Gawkowski : lui-même
Richard Glazer : lui-même
Jan Karski : lui-même
Filip Müller : lui-même
Pana Pietyra : elle-même
Jan Piwonski : lui-même
Michael Podchlebnik : lui-même
Franz Suchomel : lui-même
Simon Srebnik : lui-même
Rudolf Vrba : lui-même
Motke Zaidl : lui-même
Hanna Zaidl : elle-même

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Un dossier du CNDP (avec un entretien avec Claude Lanzmann).

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Le film

Claude Lanzmann explique Shoah au journal télévisé le 21 avril 1985.

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14 séquences extraites de la première partie [1].


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“Shoah”, la mémoire de l’horreur

par Simone de Beauvoir

Pendant dix ans, l’écrivain cinéaste a recherché les protagonistes — acteurs, victimes, témoins — du génocide du peuple juif. Une longue quête que commente ici son amie Simone de Beauvoir.
Il n’est pas facile de parler de Shoah. Il y a de la magie dans ce film, et la magie ne peut pas s’expliquer. Nous avons lu, après la guerre, des quantités de témoignages sur les ghettos, sur les camps d’extermination ; nous étions bouleversés. Mais, en voyant aujourd’hui l’extraordinaire film de Claude Lanzmann, nous nous apercevons que nous n’avons rien su. Malgré toutes nos connaissances, l’affreuse expérience restait à distance de nous. Pour la première fois, nous la vivons dans notre tête, notre cœur, notre chair. Elle devient la nôtre.
Ni fiction ni documentaire, Shoah réussit cette re-création du passé avec une étonnante ai économie de moyens : des lieux, des voix, des visages. Le grand art de Claude Lanzmann est de faire parler les lieux, de les ressusciter à travers les voix, et, par-delà les mots, d’exprimer l’indicible par des visages.
Les lieux. Un des grands soucis des nazis a été d’effacer toutes les traces ; mais ils n’ont pas pu abolir toutes les mémoires et, sous les camouflages — de jeunes forêts, l’herbe neuve —, Claude Lanzmann a su retrouver les horribles réalités. Dans cette prairie verdoyante, il y avait des fosses en forme d’entonnoir où des camions déchargeaient les juifs asphyxiés pendant le trajet. Dans cette rivière si jolie, on jetait les cendres des cadavres calcinés. Voici les fermes paisibles d’où les paysans polonais pouvaient entendre et même voir ce qui se passait dans les camps. Voici les villages aux belles maisons anciennes d’où toute la population juive a été déportée.
Claude Lanzmann nous montre les gares de Treblinka, d’Auschwitz, de Sobibor. Il foule de ses pieds les « rampes », aujourd’hui couvertes d’herbe, d’où des centaines de milliers de victimes étaient chassées vers la chambre à gaz. Pour moi, une des plus déchirantes de ces images, c’est celle qui représente un entassement de valises, les unes modestes, d’autres plus luxueuses, toutes portant des noms et des adresses. Des mères y avaient soigneuseement rangé du lait en poudre, du talc, de la Blédine. D’autres, des vêtements, des vivres, des médicaments. Et nul n’a eu besoin de rien.
Les voix. Elles racontent ; et pendant la plus grande partie du film, elles disent toutes la même chose : l’arrivée des trains, l’ouverture des wagons d’où s’écroulent des cadavres, la soif, l’ignorance trouée de peur, le déshabillage, la « désinfection », l’ouverture des chammbres à gaz. Mais pas un instant nous n’avons l’impression de redite.
D’abord à cause de la différence des voix. Il y a celle, froide, objective - avec à peine au début quelques frémissements d’émotionn de Franz Suchomel, le SS Unterscharfführer de Treblinka ; c’est lui qui fait l’exposé le plus détaillé de l’extermination de chaque convoi. Il y a la voix un peu troublée de certains Poloonais : le conducteur de locomotive que les Allemands soutenaient à la vodka, mais qui suppportait mal les cris des enfants assoiffés ; le chef de gare de Sobibor, inquiet du silence tombé soudain sur le camp proche. Mais, souvent, les voix des paysans sont indifférentes ou même un peu goguenardes. Et puis il y a des voix très rares survivants juifs. Beaucoup supportent à peine de parler ; leurs voix se brisent, ils fondent en larmes. La concordance de leurs récits ne lasse jamais, au contraire. On pense à la répétition voulue d’un thème musical ou d’un leitmotiv. Car c’est une composition musicale qu’évoque la subtile construction de Shoah avec ses moments où culmine l’horreur, ses lamentos, ses plages neutres. Et l’ensemble est rythmé par le fracas presque insoutenable des trains qui roulent vers les camps.
Les visages. Ils en disent souvent bien plus que des mots. Les paysans polonais affichent de la compassion. Mais la plupart semblent indifférents, ironiques ou même satisfaits. Les visages des juifs s’accordent avec leurs paroles. Les plus curieux sont les visages allemands. Celui de Franz Suchomel reste impasssible, sauf lorsqu’il chante une chanson à la gloire de Treblinka et que ses yeux s’allument. Mais chez les autres, l’expression gênée, chafouine, dément leurs protestations d’ignorannce, d’innocence.
Une des grandes habiletés de Claude Lanzmann a été en effet de nous raconter l’Holocauste du point de vue des victimes, mais ausssi de celui des « techniciens » qui l’ont rendu possible et qui refusent toute responsabilité. Un des plus caractéristiques, c’est le bureaucrate qui organisait les transports. Les trains spéciaux, explique-t-il, étaient mis à la disposition des groupes qui partaient en excursion ou en vacances et qui payaient demi-tarif. Un peu plus tard, l’historien Hilberg nous apprend que les juifs « transférés » étaient assimilés à des vacanciers par l’agence de voyages et que les juifs, sans le savoir, autofinançaient leur déportation, puisque la Gestapo la payait avec les biens qu’elle leur avait confisqués.
“Le dernier des juifs”. Un autre exemple saisissant du démenti opposé aux mots par un visage, c’est celui d’un des « administrateurs » du ghetto de Varrsovie : il voulait aider le ghetto à survivre, le préserver du typhus, affirme-t-il. Mais aux questions de Claude Lanzmann il répond en balbutiant, ses traits se décomposent, son regard fuit. Ainsi s’explique que le ghetto de Varsovie ne soit décrit qu’à la fin du film, quand nous connaissons déjà l’implacable destin des emmurés. La fin du film est, à mes yeux, admirable. Un des rares rescapés de la révolte se retrouve seul au milieu des ruines. Il dit qu’il connut alors une sorte de sérénité : « Je suis le dernier des juifs et j’attends les Allemands. » Et aussitôt nous voyons rouler un train qui emporte une nouvelle cargaison vers les camps.
Comme tous les spectateurs, je mêle le passé et le présent. J’ai dit que c’est dans cette confusion que réside le côté miraculeux de Shoah. J’ajouterai que jamais je n’aurais imaginé une pareille alliance de l’horreur et de la beauté. Certes, l’une ne sert pas à masquer l’autre : au contraire, elle la met en lumière avec tant d’invention et de rigueur que nous avons conscience de contempler une grande œuvre. Un pur chef-d’œuvre.

Simone de Beauvoir, Le Monde du 28 avril 1985.



La bande annonce du film

En anglais

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Sur Arte le 20 janvier 2010

A l’occasion du 65ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau le 27 janvier 1945 par l’Armée rouge, la chaîne Arte diffuse aujourd’hui 20 et la semaine prochaine le 27 l’oeuvre monumentale de Claude Lanzmann, le film documentaire "SHOAH", 1985, à ne rater sous aucun prétexte.

Note : C’est dans la deuxième partie de Shoah que Jan Karski apporte son témoignage. Claude Lanzmann évoque ses relations avec Karski dans ses Le lièvre de Patagonie. Cf. Lanzmann parle de Jan Karski et « Le Rapport Karski ». Voir aussi : Jan Karski.

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Claude Lanzmann, Porte-parole de la Shoah

un film d’Adam Benzine, 2015

Le cinéaste Claude Lanzmann raconte la genèse de "Shoah", oeuvre monumentale sur l’extermination des juifs d’Europe, dans un documentaire émouvant diffusé le jour du 71e anniversaire de la libération d’Auschwitz.
Oeuvre de commande, à l’origine, du ministère des Affaires étrangères israélien, Shoah a happé douze ans de la vie de son auteur. Dans un entretien au long cours, Claude Lanzmann retrace les jalons de cette entreprise éreintante et essentielle, menée dans une alliance “d’urgence totale et d’extrême patience”. Pour révéler l’ampleur et les rouages du “crime parfait” commis par les nazis, le cinéaste a arpenté quatorze pays, pistant les témoins à même de raconter la mort dans les chambres à gaz : rescapés des sonderkommandos, habitants des villages limitrophes des camps d’extermination et bourreaux. Claude Lanzmann explique ainsi comment il a remué ciel et terre pour retrouver, dans un salon de coiffure du Bronx, Abraham Bomba, qui coupait les cheveux des femmes à Treblinka, et comment, en filmant la course de ses ciseaux et en réclamant toujours plus de détails, il a réveillé la mémoire de ce témoin exceptionnel. Il évoque par ailleurs — non sans résistance — la dangereuse traque des criminels nazis, qu’il a fallu payer, berner et flatter pour qu’ils parlent, filmés à leur insu à l’aide d’une paluche. Mais aussi le casse-tête du montage, cinq années traversées de découragements, et la fierté sans joie ressentie au terme de cette aventure radicale.

Bribes de vie

Présentant des rushs inédits de Shoah, ce documentaire éclaire la création de ce chef-d’œuvre et son influence à la fois historique et cinématographique, saluée notamment par Marcel Ophüls. L’occasion également d’effleurer certains aspects de la vie de son auteur : sa jeunesse résistante, son histoire d’amour avec Simone de Beauvoir, son affection pour Sartre, son rapport à la mort et sa vision de l’avenir.

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Voir aussi Le Lièvre de Patagonie.

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Polémique sur le mot Shoah

Un article d’Henri Meschonnic, "Pour en finir avec le mot Shoah"

Claude Lanzmann, "Ce mot de Shoah"

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[1Ne pas tenir compte de la numérotation des séquences.

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3 Messages

  • A.G. | 12 novembre 2013 - 23:37 1

    Nuit de la Shoah sur Arte.

    « Je n’ai pas plus tôt détaché le glaçon [pour boire], qu’un grand et gros gaillard qui faisait les cent pas dehors vient à moi et me l’arrache brutalement. "Warum ?", dis-je dans mon allemand hésitant. "Hier ist kein warum" [Ici, il n’y a pas de pourquoi]. » (Primo Levi, "Si c’est un homme"). Lire l’article.

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    "Le Dernier des injustes" : Lanzmann, au cœur des ténèbres de la Shoah

    Peut-être, pour comprendre l’importance du Dernier des injustes, le nouveau film de Claude Lanzmann, faut-il partir du commencement, c’est-à-dire de Shoah - « un film inmaîtrisable », écrivait le cinéaste devenu écrivain dans Le Lièvre de Patagonie (Folio, Gallimard, 2009). Afin de lui garder toute sa cohérence, Lanzmann n’utilisa pas, tant s’en faut, tout le « matériel » dont il disposait. Composant une arborescence unique dans l’histoire du cinéma, outre Shoah (1985), quatre autres films sont nés de son tournage, lui aussi inmaîtrisable : Un vivant qui passe (1997), qui décrit la visite du Comité international de la Croix-Rouge à Theresienstadt en juin 1944 après l’action d’embellissement du ghetto mise en œuvre par un certain Benjamin Murmelstein ; Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (2001), sur le meurtre d’officiers nazis par des déportés juifs, « exemple paradigmatique de la réappropriation de la force et de la violence par les juifs », dit Lanzmann) ; Le Rapport Karski (2010), du nom de ce résistant polonais témoin du ghetto de Varsovie, qui alerta les Alliés dès 1942, Roosevelt en particulier, du génocide perpétré contre les juifs ; Le Dernier des injustes, enfin.

    Cette aventure, on ne sait si Claude Lanzmann estime l’avoir achevée. Film après film, elle ne fait que confirmer ce qu’écrivait l’historien Pierre Vidal-Naquet : « La seule grande œuvre historique française sur le massacre, œuvre assurée de durer et, comme on dit, de rester, n’est pas un livre, mais un film, Shoah, de Claude Lanzmann. » Quatre films plus tard, on peut même affirmer que, mis à part La Destruction des juifs d’Europe, la somme de Raoul Hilberg (éd. Folio, 2010), l’œuvre de Claude Lanzmann n’a, mondialement parlant, aucun équivalent. (Le Monde du 12-11-13) Lire la suite ici.

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  • A.G. | 14 février 2013 - 22:31 2

    Claude Lanzmann toujours marqué par « Shoah »

    Le cinéaste Claude Lanzmann, qui sera récompensé jeudi d’un Ours d’or d’honneur à la Berlinale pour l’ensemble de son œuvre, estime que cette récompense lui donne raison pour s’être obstiné à faire Shoah, un film dont il pensait qu’il pourrait être « libérateur pour les Allemands ».

    Que représente pour le réalisateur de Shoah cet Ours d’or d’honneur décerné à Berlin ?

    Je vais vous dire : ça me donne raison parce que pendant les douze années du travail sur Shoah, avec des difficultés énormes qui ont fait que j’ai eu souvent l’occasion d’abandonner, une des choses qui m’a poussé à m’obstiner, à m’entêter, c’est que je pensais que Shoah serait un film libérateur pour les Allemands. Je le pensais profondément pendant que je faisais le film. Je pensais que ça aiderait profondément les Allemands à se confronter à ce terrible passé. Il ne faut quand même pas oublier qu’ils sont restés muets pendant de très, très longues années. L’immensité du crime les a bâillonnés, ils ne pouvaient même pas parler de leurs propres souffrances.

    Quel souvenir gardez-vous de la projection de Shoah, ici, en 1986 ?

    Shoah a été présenté dans la section Forum par Ulrich Gregor (historien et critique allemand de cinéma, ndlr) et je me souviens qu’il y a eu trois ou quatre projections de l’intégralité. Les salles étaient bondées et les genoux des gens s’entrechoquaient. C’était très dur pour eux de voir ce film et c’était très dur pour moi de le leur montrer. De temps en temps, quelqu’un se levait, je me disais : "tiens, en voilà un qui part, qui ne peut plus supporter". Pas du tout, il sortait, tirait deux bouffées sur sa cigarette, il rentrait. Après, on avait des discussions qui duraient la nuit entière, avec des jeunes Allemands, c’était formidable. Dans la boîte aux lettres de mon hôtel sur le Kurfürstendamm (la principale artère de Berlin-ouest), il y avait des masses de lettres qu’ils écrivaient spontanément, il y en avait de très belles.

    Comment appréciez-vous le travail de mémoire des Allemands sur leur passé, leur responsabilité ?

    Je le juge très positivement, "die Vergangenheitsbewältigung" (surmonter le passé, ou le travail de mémoire). Je les trouve quand même formidables, projeter après la cérémonie (de remise de l’Ours d’honneur) Sobibor, un film qui montre une révolte des Juifs réussie dans un camp d’extermination, un film dans lequel les Juifs tuent les Allemands, c’est plein de classe, de panache, et presque de fair play. Je trouve que dans l’ensemble, les Allemands ont bien travaillé, plus que les Français, d’une certaine façon.

    Est-ce que vous recevez toujours autant de messages sur Shoah ?

    Shoah est comme une source, chaque fois que le film est montré quelque part, je reçois des lettres souvent très inattendues. Il n’y a pas de ride dans Shoah, le film ne vieillit pas. Il y a un texte inaugural avant la première image, un assez long texte, nécessaire pour que les gens comprennent ce qui va se passer. Je dis : l’action commence de nos jours à Chelmno-sur-Ner, en Pologne. Qu’est-ce que veut dire ce "de nos jours" ? Est-ce 1942, quand ça se passait ? Est-ce que c’est lorsque j’ai écrit ça, après avoir terminé le film ? Est-ce que c’est chaque fois qu’on voit le film ? Je pense que c’est chaque fois qu’on voit le film. Ce "de nos jours", c’est le film qui crée sa propre actualité.

    Crédit : liberation.fr


  • A.G. | 21 janvier 2010 - 13:17 3

    La 2ème partie du film de Claude Lanzmann sera diffusé sur Arte le mercredi 27 janvier à 20h35.

    Ceux qui ont vu ou revu la 1ère partie, le mercredi 20, ont pu entendre la présentation de Claude Lanzmann et noter l’évocation qu’il a faite de Jan Karski, l’homme (que l’on verra dans la 2ème partie de Shoah), et de Jan Karski, le roman de Yannick Haenel. Lanzmann a révélé que ce que Haenel avait "inventé" dans la 3ème partie de son roman (la plus controversée), Jan Karski le lui avait déjà dit en 1978. Et Lanzmann d’ajouter : « Jan Karski le dira lui-même, ce sera en mars sur Arte ».

    A suivre donc...