Le Lièvre de Patagonie
Spécial Claude Lanzmann


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L’invité de France Culture

Claude Lanzmann est l’invité spécial de France Culture le jeudi 12 mars 2009.

Les matins de France Culture

1. 1ère partie (18’55)

« Cent vies, l’expression est de Philippe Sollers et elle sonne très juste. »


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2ème partie (12’)

« La guillotine — plus généralement la peine capitale et les différents modes d’administration de la mort — aura été la grande affaire de ma vie. » (Le lièvre de Patagonie, Gallimard, début du chapitre I, p. 15)


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3ème partie (20’25)

« Franchement je n’ai pas de regrets. »


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Tout arrive

1ère partie (26’18)

Avec les voix de Robert Badinter (extrait de son discours sur l’abolition de la peine de mort), de Monny de Bouli (poète d’origine serbe, proche des surréalistes).

Dans cette partie C. Lanzmann parle longuement de sa mère.


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2ème partie (26’)

Avec les voix de Simone de Beauvoir (qui parle des Temps Modernes), de l’écrivain Albert Cohen (qui parle des palestiniens) et de Daisy de Galard (productrice à l’ORTF de l’émission Dim Dam Dom dans les années 60 [1]).


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Claude Lanzmann était l’invité de la librairie Mollat le 9 juin 2009

Rencontre animée par Guillaume Le Blanc (48’10)


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Crédit mollat.com

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Les cent vies de Claude Lanzmann

par Philippe Sollers

(JPEG) Que penser d’un intellectuel célèbre qui commence l’énorme roman de ses Mémoires par les mots suivants : « La guillotine — plus généralement la peine capitale et les différents modes d’administration de la mort — aura été la grande affaire de ma vie » ? Qu’il est, d’emblée, dans le sujet même. Qu’il a compris que la mort est un scandale, et la vraie vie aussi. Que les bourreaux, à travers le temps, se ressemblent tous, de même que les victimes. Il a 5 ou 6 ans, Lanzmann, quand la guillotine lui apparaît dans un film. Il n’en dort plus. Il ne dormira pas, non plus, au moment de la guerre d’Algérie, quand une exécution aura lieu à l’aube. La Terreur, c’est ça : « Une même lignée de bureaucrates bouchers servant sans faillir les maîtres de l’heure, ne laissant aucune chance aux inculpés, refusant de les entendre, les insultant, ordonnant les débats vers une sentence rendue avant même leur ouverture. » L’abolition de la peine de mort et de la guillotine, en France, est récente, mais partout l’horreur continue : aux Etats-Unis, en Chine, en Irak, en Afghanistan et ailleurs. Lanzmann, parce qu’il est un grand vivant, est hanté par toutes ces scènes, ces derniers regards, ces derniers instants. « J’aime la vie à la folie, dit-il, cent vies ne me lasseraient pas. » Il s’oblige à regarder des vidéos d’égorgements islamiques : Dieu se récite au couteau et détache des têtes. Lanzmann est révulsé mais voudra voir plus loin, là où on ne voit plus rien, et, un jour, après douze ans de tribulations extravagantes, ce sera Shoah, ce chef-d’oeuvre au-delà des images [2].

Qui a su, qui a senti, qui a compris ? Goya, sans doute, et Lanzmann a des pages de grande inspiration sur le « Tres de Mayo » et un dessin prophétique « Duel à coups de bâton ». Mais enfin, lui-même a bel et bien eu cent vies, et il les a toujours puisqu’il sait les dire.
Un livre où il y a une bonne dizaine de livres, tous éclatants de précision, de détails parlants, de portraits inoubliables. C’est Lanzmann, avec ironie et distance, parlant de sa mère explosive et embarrassante, de son père silencieux dans la Résistance. C’est Lanzmann à 18 ans, au lycée Blaise-Pascal, à Clermont-Ferrand, transportant des armes avec l’aide du Parti communiste. Il y a là une charmante Hélène de son âge, et ils s’embrassent à n’en plus finir dans les rues pour échapper à la Gestapo (les armes sont dans la valise). C’est Lanzmann toujours plus ou moins réfractaire et clandestin dans le maquis. La narration saute d’une époque à l’autre, revient, repart, art extrême du montage, avec mémoire visuelle instantanée. C’est Lanzmann à Berlin et en Israël, faisant du planeur et apprenant à piloter. C’est Lanzmann philosophe avec ses amis d’alors, notamment Deleuze qui sera le peu glorieux amant de sa soeur, Evelyne, avant que celle-ci soit séduite par Sartre, et finisse de façon tragique. Tragédies, suicides, mais aussi comédies. C’est Lanzmann étudiant déguisé en curé pour de fausses quêtes, petit voleur de livres au quartier Latin. C’est Lanzmann au bordel et, plus tard, journaliste à « France-Soir ». Des drames, sans doute, mais aussi beaucoup de générosité et de liberté. C’est Lanzmann dans l’aventure des « Temps modernes », et ce portrait de Sartre : « Formidable machine à penser, bielles et pistons fabuleusement huilés, montant en puissance jusqu’à plein régime.  » « Les ennemis de Sartre se sont gaussés de sa laideur, de son strabisme, l’ont caricaturé en crapaud, en gnome, en créature immonde et maléfique... Je lui trouvais, moi, de la beauté, un charme puissant, j’aimais l’énergie extrême de sa démarche, son courage physique et par-dessus tout cette voix d’acier trempé, incarnation d’une intelligence sans réplique. » Et puis, bien entendu, Beauvoir, la cohabitation avec elle, l’amour, puis l’amitié et, toujours, l’admiration. Sartre et Beauvoir : « Ils m’ont aidé à penser, je leur donnais à penser. » Les voyages épuisants avec Beauvoir, les mauvaises humeurs de Sartre, leurs angoisses, néantisantes chez lui, hurlantes et pleurantes chez elle : la vie. Une vie d’aventurier un peu fou, si l’on y pense, comme le prouve sa rocambolesque et drolatique aventure en Corée du Nord avec une infirmière sans cesse surveillée par la police totalitaire. Il est dedans il est dehors. Quand on lui demande, à New York, après la projection de « Pourquoi Israël », si sa patrie est Israël ou la France, il a cette réponse qui le résume : « Ma patrie, c’est mon film. » [3]

(JPEG) Et c’est le voyage vers le soleil noir de « Shoah », le film le plus antispectaculaire qu’on n’ait jamais conçu et réalisé. Dès le début, Lanzmann sait qu’il n’utilisera pas les images d’archives ni les récits des survivants. Il ne fait pas un film sur la survie mais sur la mort elle-même, celle dont personne ne revient, celle des chambres à gaz. Il va donc retrouver les rares rescapés des Sonderkommandos (commandos spéciaux) qui officiaient dans l’enfer lui-même. On connaît leurs noms : l’extraordinaire Filip Müller, ou encore, séquence centrale, Abraham Bomba, le coiffeur de Treblinka. Et voici les cercles infernaux : Birkenau, Belzec, Sobibor, Treblinka, Maïdanek Non pas un film sur l’horrible routine concentrationnaire, mais sur la mécanique de l’extermination. Pour cela, il faut retrouver aussi les tueurs nazis, les identifier, les pister, et surtout les faire parler avec caméra dissimulée et ruses diverses. Douze ans de cavales et de recherches, donc, avec des moments de désespoir lorsque l’argent manque et qu’il comprend que personne ne réalise vraiment ce à quoi il veut aboutir. Il est aux Etats-Unis pour trouver un financement, et la question qu’on lui pose est : « What is your message ? » Pas le moindre message d’espoir, de consolation, de rédemption ? Non. Du coup, précise Lanzmann, « il n’y a pas un dollar américain dans le budget de « Shoah » ». Voilà la grande démonstration : les humains, pour fuir la mort, ont besoin d’images, ils veulent vivre dans des images et dans des faux films, ils font tout pour ne pas savoir l’extrême (3 000 personnes étouffées ensemble, hommes, femmes, enfants). « Shoah » (comme « Sobibor », autre chef-d’oeuvre) montre bel et bien l’impensable et l’irrespirable [4]. On commémore pour éviter la mort, on vit sa petite vie de devoir de mémoire, on institue l’oubli, on ne veut pas que le mal existe en soi et pour soi. Révélatrices sont les réactions de fuite ou d’effroi religieux que Lanzmann rencontre (le rabbin Sirat, le cardinal Lustiger...). Non, le mal n’est pas « banal », il est absolu, et c’est pourquoi l’oeuvre et la grande vie de Lanzmann sont des événements métaphysiques. Il a imposé au tourbillon du spectacle sa technique obstinée de questionneur. « A Birkenau, rappelle-t-il, les lièvres se glissaient sous les barbelés pendant qu’avait lieu l’épouvantable massacre. » Longtemps après, en Patagonie, Lanzmann voit soudain un lièvre dans les phares de sa voiture. Il a 70 ans, mais il écrit que, comme à 20 ans, tout son être s’est mis à bondir d’une « joie sauvage ». Son livre, d’un bout à l’autre, dit cette joie.

Philippe Sollers, Le Nouvel Observateur du 5 mars 2009.

Le Lièvre de Patagonie, par Claude Lanzmann, Gallimard, 560 p., 25 euros (en librairie le 12 mars).

Claude Lanzmann
Né le 27 novembre 1925 à Bois-Colombes, Claude Lanzmann entre dans la Résistance et combat en Auvergne pendant la guerre. Il rencontre Sartre et Beauvoir en 1952. Il devient leur ami et entre aux « Temps modernes », dont il est le directeur. Il est l’auteur de plusieurs films dont « Pourquoi Israël » (1972), « Shoah » (1985), « Tsahal » (1994).

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Claude Lanzmann parle de ses Mémoires

Ou comment j’ai écrit mon livre

Entretien réalisé le 4 mars 2009 à Paris par Antoine Perraud et Sylvain Bourmeau.

La suite sur (Médiapart) journal fondé par Edwy Plenel et dont c’est le premier anniversaire.

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Lire, dans Marianne, Claude Lanzmann, une vie comme un chef-d’oeuvre

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Claude Lanzmann à Arrêt sur images

d@ns le texte présentée par Judith Bernard.
Avec la participation de Frédéric Fernez (1h08’49).

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Claude Lanzmann sur Public Sénat

Avec Jean-Marie Colombani (41’38).

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[1] Voir archives INA.

[2] Voir Shoah, le film.

[3] Voir Pourquoi Israël, interview de Claude Lanzmann.

Lanzmann parlait également de son film en juin 2007 :

[4] Voir dans les Cahiers du cinéma ainsi que C. Lanzmann parle de son film.

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Commentaires

  • > Le Lièvre de Patagonie -
    16 août 2010


    dans la solitude du mois d’Août,ce ’lièvre" fortuitement trouvé sous ma main,m’a redonné un rythme,vivace,passionné,impatient,avec le quotidien.

    je ne pouvais dormir sans avancer dans ma lecture,sortir,.
    sans me hâter de retrouver ce courrent torrentiel d’une vie,dont je suis,j’étais la contemporaine ;mais je reste abasourdie,ébahie,sans mots assez forts pour crier mon respect,ma totale admiration por cette "chronique"d’un siècle encore présent
    merci,M.lanzmann et bravo pour le style,le vocabulaire de votre récit ;
    c’est au delà de M.Proust,merci de m’avoir fait revivre les morceauxde ma vie.

  • > Le Lièvre de Patagonie -
    18 juin 2009, par A.G.

    Le prix Saint-Simon 2009 revient à Claude Lanzmann

    Le 34e Prix Saint-Simon a été attribué le mardi 16 juin à Claude Lanzmann pour son livre Le Lièvre de Patagonie (éd. Gallimard). Le jury du Prix Saint Simon, sous la présidence de Gabriel de Broglie, membre de l’Académie française, a choisi de récompenser les « Mémoires » - terme que refuse Claude Lanzmann - d’un écrivain et cinéaste engagé : il a notamment signé le Manifeste des 121 contre la pratique de la torture en Algérie, et surtout inscrit dans l’Histoire l’extermination des juifs avec son film Shoah. Le Lièvre de Patagonie, qui a connu un grand succès de librairie, retrace, avec un style alerte, les combats de ce Résistant devenu directeur des Temps modernes. Claude Lanzmann recevra le samedi 6 septembre 2009 un montant de 7500 euros, au Château de La Ferté-Vidame (Le magazine littéraire).

    L’annonce des résultats des délibérations et la lecture d’un extrait du Lièvre de Patagonie par Laurène L’Allinec : lechorepublicain.fr.

    Claude Lanzmann succède donc au palmarès à Philippe Sollers — lequel avait réalisé, en 1992, La porte de l’Enfer avec... Laurène L’Allinec.

  • > Le Lièvre de Patagonie -
    25 mars 2009, par A.G.
  • > Le Lièvre de Patagonie -
    24 mars 2009, par A.G.
    « L’amitié que me témoigna Bernard-Henri Lévy, m’offrant, pour que je puisse écrire tranquille, ses chaumières et palais, doit être ici dite et redite. Mais on ne se sort pas en trois lignes d’un pareil bonhomme, doué de tant de talents, il mérite bien plus, j’en parlerai un jour. On oublie toujours de dire son courage, sa folie, sa sagesse, son intelligence extrême, c’est ce qui chez lui me plaît et m’importe le plus. » (p. 539)
  • > Le Lièvre de Patagonie
    22 mars 2009, par V.K.

    Un autre témoignage élogieux : L’article dans son intégralité.