La Divine Comédie
Dante LU par Jacqueline Risset et Philippe Sollers et VU par Botticelli. Archives sonores


Ouverture

En octobre 2000 Philippe Sollers publie chez Plon La Divine Comédie, un long entretien avec Benoît Chantre.
Le 20 janvier 2001 il est l’invité de l’émission de Michel Cazenave Les vivants et les dieux sur France Culture (35’).


Pour démarrer l’écoute, cliquez sur la flèche verte

*

Littérature et politique en Italie.
(GIF) Les avant-gardes littéraires en Italie et en France dans les années 1960
Non serviam
Dossier du 21-03-08 complété le 08-12-11.

« Ce poème, composé de cent chants — trente-quatre pour L’Enfer et trente-trois pour Le Purgatoire et Le Paradis — rédigés en tercets hendécasyllabiques de cinq pieds, raconte le voyage qu’effectue Dante au cours de la semaine pascale de l’année sainte 1300 à travers les trois royaumes de l’au-delà : l’Enfer, la montagne de la Purification ou Purgatoire, et le Paradis. »

Peter Dreyer, La Divine Comédie, éditions Diane de Selliers, 2008

(JPEG)
Sandro Botticelli. Dante Alighieri (1495)
Huile sur toile 54,7 x 47,5 cm. Coll. Part. Genève.

*

(GIF)


Un peu d’histoire : Dante et Sollers de Tel Quel à L’Infini


Tel Quel 23 (GIF)

(JPEG)

« Ma io er
già per me stesso tal qual ei volea. » (Par. 33)

« Mais j’étais déjà
par moi-même tel qu’il me voulait. » (Dante, Paradis, 33)

Tel est l’exergue (prémonitoire ?) du numéro 23 de Tel Quel. C’est à l’automne de l’année 1965 [Je souligne les dates] que Philippe Sollers y publie son premier essai sur La Divine Comédie,  Dante et la traversée de l’écriture . Ce numéro de Tel Quel — dont le bandeau est « Connaissez-vous Dante ? » — contient quatre autres textes : de Schelling, contemporain et ami de Hölderlin, sur lequel Heidegger écrivit un essai en 1936 [1], de Vico, dont on sait l’importance pour Joyce, d’Edoardo Sanguinetti, alors membre du Groupe 63 en Italie [2] et de Bernard Stambler. Deux Français, un Allemand, deux Italiens.

Cette même année 1965, le 26 septembre, François Wahl consacre une émission sur France Culture à "Dante en notre temps". Y participent Umberto Eco, Edoardo Sanguinetti et Philippe Sollers.
Comment ce dernier lit-il Dante ? De quel livre s’agit-il ? Peut-on considérer le livre comme objet ou comme sujet.

Ci-dessous l’intervention de Sollers (8’10).


Pour démarrer l’écoute, cliquez sur la flèche verte

Quarante ans plus tard, L’Infini n°94 (printemps 2006) publie la  Lettre encyclique sur Dante du pape Benoît XV qui date de 1921. La couverture du numéro de la revue porte, bien visibles (mais qui l’a vu ?), les chiffres romains CXVIII. Traduisons (c’est sans doute nécessaire) : 118. Quelques mois plus tôt Sollers a publié Une vie divine. Les derniers mots du roman sont : « Paris, le 30 septembre 118 ». CXVIII ou 118 : telle est l’année dans le nouveau calendrier que Nietzsche inaugure « au jour du Salut, premier jour de l’An I (le 30 septembre 1888 du faux calendrier) », dans sa « Loi contre le christianisme » qui conclut L’Antéchrist (Folio, p.89). A la fin de  Une vie divine , le narrateur évoque un autre pape, Benoît XVI, en vacances au Val d’Aoste, jouant au piano une sonate de Mozart. A côté de lui, Ingrid Stampa, « bonne joueuse de viole de gambe ».

« Un pape, Mozart, une violiste, que vouloir de plus ? Assis dans un coin, M.N., pensif, les écoute. On se croirait au début du 21e siècle, dans un roman de Sollers. » (UVD, Folio, p.502)

Dante, Nietzsche, des papes, deux calendriers, les dates : je mélange tout ?

Dans le roman de Sollers, je lis :

« [...] devant le désastre européen annonciateur d’un désastre pire (qu’il a prophétisé avec la plus grande lucidité), on peut penser qu’il [Nietzsche] se serait forcément et discrètement rapproché du Saint-Siège, au point de proposer ses services au pape Benoît XV, le pape pacifiste de cette époque, injurié à la fois par les Allemands et par les Français. Qui sait, d’ailleurs, s’il n’est pas à l’origine de cette encyclique de 1921 rendant hommage à Dante pour le 600e anniversaire de sa mort ? Puisqu’on est en pleine régression mortifère, pas de Zarathoustra tout de suite, Dante d’abord. »(UVD, Folio, p.372)


L’Infini 2 (GIF)

Dante d’abord ? Ouvrons L’Infini n°2 (printemps 1983). Dix huit ans après Tel Quel, ce numéro porte en sous-titre : DANTE. Trois textes : Jacqueline Risset, Vitesse de la comédie (elle vient de traduire L’Enfer), Dante, Sept chants de l’Enfer, Philippe Sollers, L’analyse infinie, un entretien avec Frans de Haes.
Dans cet entretien, Sollers déclare :

« N’entre pas dans l’infini qui veut ! L’infini est catégorique ! Son bon côté c’est qu’il ne vous lâche pas l’incarnation comme ça. Rien de plus pathétique et, encore une fois, de comique — d’où ces deux dimensions constantes dans Paradis — que ça raconte ou que ça scande ! — que ces tergiversations [il s’agit de celles de Michaux dans L’infini turbulent et de Blanchot dans L’entretien infini. A.G.]...
[...] Déjà Dante le précise dans un moment tout à fait clé du Paradis, n’est-ce pas, il ne peut pas aller plus loin dans ce fameux voyage qui a commencé par la porte infernale, il ne peut aller plus loin dans le "Paradis" qu’à condition, dit-il, de s’offrir lui-même (lui qui parle, lui voyageur qui parle au moment même où il nous dit ce qu’il nous dit) de s’offrir donc en holocauste. Ce qui veut dire qu’il doit décider de l’abandon de toutes ses facultés physiques dans un anéantissement sans reste. Holocauste, ça veut dire sacrifice sans reste. Du grec holos, tout entier, d’où vient d’ailleurs le mot latin Sollers... Un hologramme, c’est bien ce que je fais ! C’est la raison pour laquelle l’ombre portée du Paradis qu’on lit n’est que la représentation en trois dimensions visuelles de la voix qui traverse cette sculpture... » (L’Infini n°2, p.19)

"Holocauste" : Sollers soulignera à nouveau le terme en 1990 dans  Dante au paradis . Non sans insister sur la valeur de "démonstration" et de "raison" de l’"opération" — « pour éviter toute dérive étroitement mystique » dira-t-il, plus tard, commentant le Rimbaud de A une Raison [3] — :

«  Le paradis impose qu’on abandonne toute possession, et l’une des expressions les plus fortes se trouve sans doute au chant 14 : " De tout mon coeur, je m’offris en holocauste " (la récompense de grâce illuminante ne se fait pas attendre). Une seule erreur d’appréciation, et ce serait le masochisme mystique. Mais non, le paradis est démonstration et raison. »

Dante d’abord ? Dans un roman de Sollers, cela nous conduit à la fin du 20e siècle : en l’an 2000 précisément (112 du nouveau calendrier). Cette année-là Sollers publie des entretiens avec Benoît Chantre. Le livre s’appelle clairement :  La Divine Comédie .

(JPEG)

Sous le titre « Rouvrir Dante aujourd’hui », on lit :

« Benoît Chantre : Je voudrais maintenant évoquer de façon plus précise votre rapport à Dante, dont vous avez toujours été un lecteur particulièrement attentif. Votre premier texte sur lui, « Dante et la traversée de l’écriture », date de 1965. Vous dites en 1978, dans Vision à New York, que le temps est venu de « recreuser Dante en profondeur » ; vous évoquez en 1987, dans Le c ?ur absolu, le projet fictif d’un film sur Dante (que des commanditaires japonais essaient d’obtenir du narrateur, un certain Ph. S...) ; ce projet devient réalité en 1991, à l’occasion de la fonte de la sixième Porte de l’Enfer de Rodin, commandée par la préfecture de Shizuoka au Japon : vous réalisez alors un vrai film, cette fois, entièrement consacré à la Porte de Rodin. Tout se passe comme s’il était pour vous de plus en plus urgent de rouvrir La Divine Comédie A quoi cela tient-il ?

Ph. Sollers : « Rouvrir » est le mot qui convient, non pas en curieux, en érudit, en touriste, mais bel et bien pour montrer que, sept siècles après, cela pourrait se lire de façon présente. Comme si cela n’avait jamais cessé d’être réellement actuel. Il y a donc un double mouvement : La Divine Comédie se referme avec les représentations qu’elle contient et en même temps qu’elle se referme, elle s’ouvre à un questionnement multiple. On ferme une porte - encore faut-il le prouver - et on en ouvre une autre, ou bien c’est la même porte qui tourne pour s’ouvrir une deuxième fois, au moins. Pour cela, donc, il aura fallu tout ce temps.
J’ai choisi, pour préparer le récit de cette sensation très forte de réouverture, de parler d’abord de parler directement de La Divine Comédie. 1965 est l’année où j’écris parallèlement un livre auquel je tiens beaucoup,  Drame . Ce livre est la mise en situation d’un narrateur par rapport à ce que son corps lui dit au moment même où il écrit. Il s’agit d’un travail particulier qui montre ce qu’est un corps dévoué au langage. La situation historique est très différente de celle qu’on trouve chez Dante, mais le projet est le même. De temps en temps, Dante rappelle qu’il est là pour porter au jour des humains futurs le récit fabuleux de quelqu’un qui se serait introduit dans le fond des choses. Cela a donné lieu à ce texte sur Dante dont, je dois le dire, je n’ai eu aucun retour, excepté quelques répercussions italiennes. Je crois être le seul écrivain d’aujourd’hui qui se soit intéressé de près à Dante. Cela s’est imposé. L’une de mes amies, Jacqueline Risset, qui a d’ailleurs participé au comité de rédaction de Tel Quel, a fait la traduction de La Divine Comédie, celle qui s’est imposée désormais. Quand on entend dire que nous avons pratiqué un terrorisme littéraire, on devrait voir là ce que nous avons apporté au milieu de l’ignorance confondante de notre temps. Ensuite j’ai su que le chemin serait très long, qu’il n’y avait rien à faire frontalement. Il y a donc un décalage. Décalage d’une comédie. Par conséquent, je montre que l’oubli ou la muséification de Dante peut être interrogée en situation par un projet télévisuel asiatique, en l’occurrence japonais...

B.C. : La fiction, avec Rodin, est devenue réalité...

Ph. S. : C’est ce que j’appelle l’expansion de la fiction dans la vie réelle, pour reprendre la formule de Nerval [...]

B.C. : Qu’est-ce qui, précisément, vous a amené à rouvrir Dante ? Est-ce sa muséification ? Ce choix est-il lié à des évènements précis ?

Ph. S : Encore une fois, c’était essayer de trouver des issues. Vous voyez que je précède le mezzo [4], puisque j’ai vingt-sept ou vingt-huit ans quand j’écris ce texte, j’ai un peu d’avance (rires). C’est simplement le sortir d’en sortir qui m’anime constamment. De sortir du fini. Il n’y a pas que Dante mais il est une des veines fondamentales. [...]

Aurais-je été le premier — j’en serais surpris — à insister sur le paradis ? Ce n’est pas exclu. Vous vous rendez compte de la mise ? » (La Divine Comédie, Plon, 2000, p.53 et suivantes)

oOo

(GIF)


 Dante au paradis

par Philippe Sollers

(JPEG)

Il peut exister plusieurs paradis, y compris ceux qui sont désormais les nôtres, les artificiels. Paradis réel veut dire : victoire sur le temps et la mort, perpétuité vivante, connaissance ultime. Tout le monde connaît l’enfer, sa lourdeur, sa répétition, la damnation d’être coincé dans un corps, l’absence d’issue, le mensonge. Mais le paradis ? Qui en parle encore ? Qui oserait y croire ? A quel prix ? Mieux vaut ne pas interroger sur ce sujet un théologien. Le pape lui-même ? On ne peut pas dire qu’il soit très prolixe sur ce sujet. Restent les universitaires qui nous parlent de Dante, comme s’il s’agissait d’une question de cours. Cependant, il n’est pas interdit d’aller droit au texte, de l’écouter, de le voir se déployer devant nous comme une construction grandiose. Le voici en français, simple, direct, sans manières. Pour quelle raison une jeune femme d’aujourd’hui a-t-elle passé tant d’années à vouloir nous le faire relire ? Mystère.

Le premier mot du Paradis de Dante est gloire. Le premier mot du dernier vers : l’amour. Entre les deux se déroule par séries d’accélérations fulgurantes le plus fabuleux voyage de tous les siècles, impliquant la transformation progressive de l’expérimentation. Nous sommes à Pâques, en 1300, mais aussi bien aujourd’hui si nous le voulons, tout est printemps, la prétention du cosmonaute intérieur est de donner le fin mot de Dieu, du désir, de l’univers, de l’histoire et de la jouissance malgré l’enfer permanent (notre faute) et le purgatoire lent (notre chance de salut).

Il s’agit d’atteindre le sommo piacer, la pointe extrême du plaisir et du savoir (l’un prouvant l’autre). Vous qui n’avez pas envie de comprendre parce que vous ne jouissez pas, n’entrez pas. Les mots qui - avec celui de mouvement - reviennent ici sans cesse sont : joie, délectation, bonheur, bien, fête, allégresse, rire. Une orgie sans fin, qui semble n’avoir rien d’humain. Dante appelle cet état : trasumanar. Il n’est pas question cependant d’" outrepasser l’humain " (comme nous le dit la traductrice), et encore moins d’arriver à une quelconque surhumanité, mais bien de passer à travers lui, sans cesse et de nouveau, pour vérifier à quel point il ne fait qu’un avec le divin.

Bien entendu, cela n’a de sens que dans la dimension de l’Incarnation et de tout ce qui s’ensuit. On n’est pas obligé d’accepter ces coordonnées. Mais si on les admet, alors la logique de l’ensemble se démontre dans ses plus profondes conséquences, là où (autre expression forgée par Dante) " gioir s’insempra ". Là où la joie s’éternise ? Sans doute, mais " s’éterniser " a pris malheureusement pour nous la couleur de l’ennui. Dante dit : quand la joie se fait toujours, se transforme en toujours. L’adverbe devient verbe, comme si j’inventais le mot toujouriser. Joie d’amour dure toujours. On devrait chaque fois écouter Monteverdi en lisant Dante, l’insistance de sa musique sur semper (nunc et semper).

Détail du Chant XIV du Paradis (JPEG)

Le Paradis est avant tout une expérience musicale intérieure sous ses masques amoureux, cosmologiques, historiques, religieux. Le spectacle que voit Dante, les vérités qu’il comprend, sont chaque fois, il insiste, des métaphores d’une autre réalité incommensurable avec laquelle, pour finir, il doit se confondre par-delà les images.

C’est aussi, très curieusement, une vendetta contre la " compagnie mauvaise, stupide, ingrate et toute folle " qui se sera dressée contre lui, ce qui nous vaut le vers célèbre, dernier aveu politique : " Il sera beau pour toi, alors, d’avoir fait un parti à toi seul. "

Plus il monte, avec Béatrice, vers le Premier Mobile et l’Empyrée ; plus il approche du but et plus il est sûr de sa vengeance. Contre quoi ? Leitmotiv de la Divine Comédie : " La cupidité, qui noie les mortels sous elle. " Marx, qui n’a jamais été marxiste, aimait Dante, et on espère ne pas trop compromettre ce chef-d’oeuvre en le rappelant.

Le paradis impose qu’on abandonne toute possession, et l’une des expressions les plus fortes se trouve sans doute au chant 14 : " De tout mon coeur, je m’offris en holocauste " (la récompense de grâce illuminante ne se fait pas attendre). Une seule erreur d’appréciation, et ce serait le masochisme mystique. Mais non, le paradis est démonstration et raison.

Raison perdue de la poésie ? Il reste à s’enchanter de ce grand texte du ciel, de son art des transmutations et des métamorphoses : les braises sont de la musique ; les lumières vivantes, des personnes et des chants ; un murmure de fleuve, une voix multiple et argumentée ; le feu et l’eau, les rayons et les étincelles, se changent en fleurs ou en pierres précieuses, topazes, saphirs, rubis. Tout converge vers la rose immense constellée de figures, vers l’énigme de la " Vierge, fille de son fils " (a-t-on jamais donné une définition aussi parfaite de l’inceste, " terme fixe d’un éternel dessein " ?

LIRE AUSSI

Les vers sont comme des cercles décrivant une roue, une horloge, dont le thème constant et varié est : encore, encore. Encore, toujours plus, jusqu’à la nervure intime de la Trinité (" O lumière éternelle qui seule en toi réside,/seule te pense, et par toi entendue,/et t’entendant, rit à toi-même, et t’aime. ") Enfin tutoyée dans son fonctionnement intelligent et incompréhensible. La substance et les accidents se confondent dans un seul livre, un noeud (nodo), dont le récitant jouit (godo) du seul fait de le dire (dicendo questo). Nous sommes chez les anges, de façon ivre et distincte. Sacrée quadrature du cercle et " bien sans fin, qui n’a que soi pour mesure ".

Philippe Sollers, Le Monde du 20.04.90.

Le Paradis de Dante. Troisième volet de la Divine Comédie,
édition bilingue, traduction, introduction
et notes de Jacqueline Risset, Flammarion, 366 p.

*

Claudio Martino lit et commente l’article de Sollers.

oOo

(GIF)


 La Divine Comédie

(JPEG)

Tous les chants de La Divine Comédie de Dante — l’Enfer, le Purgatoire, le Paradis — illustrés par 92 dessins de Botticelli, reproduits dans leurs couleurs et format d’origine.

Mot de l’éditeur sur "La divine comédie" de Dante Alighieri

PDF - 28.8 ko
Présentation détaillée du livre

« Cet ouvrage monumental réunit les trois livres de La Divine Comédie de Dante écrits au début du XVIe siècle : L’Enfer, Le Purgatoire, Le Paradis.
Pour la première fois, les quatre-vingt- douze dessins de Botticelli, chacun en regard d’un chant, sont présentés dans leur format original.

Commandés par Lorenzo di Medici au XVe siècle, les dessins de Botticelli réalisés à la pointe de métal sur parchemin, repris à l’encre et partiellement mis en couleurs, permettent de partager la fascination de l’artiste florentin pour ce chef-d’oeuvre de poésie de d’humanisme imaginé par Dante. Inconnues du public, ces ?uvres sont aujourd’hui conservées, d’une part, dans la bibliothèque du Vatican, la plus ancienne et la plus inaccessible du monde, et, d’autre part, au prestigieux Cabinet des estampes et dessins de Berlin qui a pu retrouver, après la chute du Mur, le fragment acquis en 1882 et conservé à l’Est.

Chaque dessin est accompagné d’un commentaire éclairé de Peter Dreyer, spécialiste allemand de la renaissance italienne qui fut conservateur à la Pierpont Morgan Library de New York.
Son introduction, illustrée, situe l’oeuvre dans son contexte politique, historique et culturel. La traduction de Jacqueline Risset en français moderne est reconnue comme la meilleure et la plus proche du texte de Dante. Sa transparence ainsi que les notes explicatives et sa brillante préface permettent une lecture aisée et agréable [5]. »

Site des éditions Diane de Selliers

Site avec les Illustrations de La Divine Comédie de Dante par Sandro Botticelli,

En 1965, déjà, Sollers concluait Dante et le traversée de l’écriture par une analyse des dessins de Botticelli :

Dans sa traduction sérielle de la Comédie, Botticelli a compris que le texte était un seul corps en état de transformation continue, de telle sorte qu’un passage n’était jamais que l’annonce, la réplique, l’annulation ou l’achèvement d’un autre, par une loi de réversibilité sans cesse vérifiée dans laquelle le livre avait été composé et vécu. Partant de cet espace des nombres, il ne peut qu’y revenir. Paysages, personnages sont les mots d’un langage impersonnel où Dante s’est vu et écrit comme un mot parmi d’autres accomplissant ce que ce langage accomplissait en lui : le trajet de la totalité vers " l’amour " qui la brise et d’où renaît une nouvelle expérience d’ensemble. Botticelli, multipliant et variant les traits, dégageant la géométrie du texte, ses condensations, ses déplacements, allant d’une multiplication intense à un équilibre qui se raréfie et finit par disparaître, Botticelli a montré que d’une page blanche à une autre page blanche, de l’endroit d’une page à son envers, la distance pouvait être celle du monde exploré dans sa plus grande dimension. On pense aussi, pour finir, à cette phrase d’un contemporain de Dante, à ce dominicain disparu après avoir été condamné par l’Eglise — tandis que Dante était exilé puis condamné à mort par les Florentins —, à cet Eckart dont les sermons redécouverts au début du XIXe siècle surprenaient Hegel : " Là je suis ce que j’étais, je ne crois ni ne décrois, car je suis là, une cause immobile qui fait mouvoir toutes choses. "

oOo

(GIF)


A propos de Jacqueline Risset

« Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra par elle et pour elle, l’homme — jusqu’ici abominable,— lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi ! La femme trouvera de l’inconnu ! Ses mondes d’idées différeront-ils des nôtres ? — Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses ; nous les prendrons, nous les comprendrons. »

Arthur Rimbaud, Lettre à Demény du 15 mai 1971.

(JPEG)

Poète, critique littéraire et traductrice de Dante, Jacqueline Risset est professeur de littérature française à l’Université de Rome III. Elle a fait partie, de 1967 à 1982, du comité de rédaction de la revue Tel Quel (elle y publie son premier texte en 1965). Pendant les années 1960 elle a été proche du « gruppo 63 ». Elle collabore à divers journaux et revues français, italiens, américains (parmi lesquels Le Monde, Les Temps Modernes, Critique, Lignes (membre du comité de rédaction), L’Infini, Lire, Hiems ; Letture classensi, Micromégas,Testo a fronte, Il Verri, Poesia ; Comparative Litterature, Tiyuoni, However).

*

(GIF)


Sept mille éclats de sensualité

par Philippe Sollers

(JPEG) On vous parle beaucoup des femmes, on vous parle de plus en plus de la littérature féminine et des romans féminins, mais il y a peu de chances que « Sept Passages de la vie d’une femme » arrive jusqu’à vous, et pour cause. Ce titre même est un défi. Un livre de poésie, donc fragmenté, rapide, dont l’unique sujet est, semble-t-il, la non-identité à soi, la non-coïncidence avec soi, comme chez l’incomparable Emily Dickinson, par exemple, et vous imaginez vite à quoi Jacqueline Risset refuse de se plier. Précisément, à cette lourde, de plus en plus lourde, définition de « l’être-femme », nouveau mannequin de l’illusion historique et de sa prédication religieuse. Ici, tout est jeu, allusion, ellipse, souvenir privilégié et inexpliqué, sensation directe,· épanouie, cruelle et n’allant nulle part :

« faisant l’amour la nouveauté est qu’elle se sent
être meuble Art Nouveau
parfois boîte parfois meuble
bois précieux encadré ou en table. »

Ou encore :

« je te salue collège
rue d’Alsace
on a fait l’amour dans la forêt de Belfort
proche présence d’une courbe d’oeil
regard masculin tendre et présence
qui s’efface limite. »

Ce doit être drôle de se vivre comme ça, soi-même et ses rencontres, son enfance à vif, une couleur aussi violente qu’un drame passionnel, un voyage en Inde à égalité avec un fragment de musique, la mort du père évoquée avec une émotion nette mais sans pathétique sur le même plan que la dernière convulsion de Mallarmé ou une image de New York ou de Rome. Jacqueline Risset est française, mais elle habite en Italie, c’est une jeune femme blonde et belle, toujours un peu ailleurs, très ennemie de la psychologie inutile, rieuse, très rieuse, absolument tragique, simple, immédiate, ironique, très compliquée et très cultivée. Sa dernière fantaisie consiste à avoir accompli une nouvelle traduction de « la Divine Comédie », de Dante, en français. Elle trouvait qu’il y avait plus léger à faire, plus précis, plus rythmé, plus vrai. Le résultat est fantastique. Lumière, grâce, percussion, vigueur. Vous verrez. Mais, en attendant, lisez « Sept Passages de la vie d’une femme ». Au moins sept. Mille éclats de sensualité libre. Dieu nous protège de la mise en uniforme de la féminité réglée ! Dieu sauve la gratuité féminine ! Bonjour, Jacqueline ! Je t’aime.

Philippe Sollers, Le N.O. du 26-07-85.

« Sept Passages de la vie d’une femme », par Jacqueline Risset, Flammarion.

*

(GIF)


Bibliographie (1969-2007)

Traductions :

• Tristan, Nanni Balestrini, Éditions du Seuil, « Tel Quel », 1972.<

La Divine comédie. L’Enfer..., Dante Alighieri, Flammarion, 1985.

« Tout se passe un peu comme si, dans l’image courante, L’Enfer n’avait pas été vraiment écrit comme un livre mais plutôt visité comme un pays. Statut étrange, légèrement inquiétant, déjà en place depuis le début : Dante avait le teint olivâtre, et les commères d’Italie, le voyant passer, exilé pour toujours de sa ville, de sa chère Florence bien-aimée, attribuaient la couleur sombre de sa peau à la traversée des flammes d’outre-tombe. "C’est l’homme qui a été en Enfer", murmuraient-elles sur son passage. »
Jacqueline Risset, Introduction de Dante, L’Enfer, Flammarion, 1985, page 7.

La Divine comédie. Le Purgatoire..., Dante Alighieri, Flammarion, 1988 [6]

• Cinecittá, Federico Fellini, Nathan, « Nathan image », 1989.
La Divine comédie. Le Paradis..., Dante Alighieri, Flammarion, 1990.
• La Divine comédie, Dante Alighieri, Flammarion, 1992.

• Tout au bout de la mer, Lalla Romano, Hachette littératures, 1998.
• Le Prince, Machiavel, Actes Sud, « Babel », 2001.

Livres :

(JPEG)

• Poeti di Tel Quel, Turin, Einaudi, 1969.
• Jeu, Éditions du Seuil, « Tel Quel », 1971.
• L’Anagramme du désir : essai sur la Délie de Maurice Scève, Bulzoni, 1971.
• L’Invenzione e il Modello, Bulzoni, 1973.
• Mors Orange Export Ltd, 1976.
• La Traduction commence, Bourgois, collection « Première livraison », 1978.
• Tel Quel, 1960-1980 (direction), Rome-Paris, Bulzoni-Nizet, 1980.
• Dans la barque dorata, Muro Torto, 1980.
Dante écrivain ou l’Intelletto d’amore, Seuil, « Fiction et C° », 1982.
• Sept passages de la vie d’une femme, Flammarion, 1985.

*

L’Amour de loin, Flammarion, 1988.

Bernard Pivot reçoit Jacqueline Risset pour L’Amour de loin et sa traduction de Dante.

Le Toucher

Tu ne m’as pas touchée encore

l’amour passe par les yeux
et descend dans le coeur
l’amour de loin nous exerce
et nous perfectionne

mais qui

pourrait me toucher à présent
sinon toi ?

je circule dans l’air
dans ce bois sacré
couloir de givre
dans cette auréole

oOo

Marcelin Pleynet, Seghers, « Poètes d’aujourd’hui », 1988. (GIF)

(GIF)

— aboutir frappe le sens
....................................................................................................................................................................
et nous progressons relisant ce qui est écrit moins au commencement répété ouvert arraché à cette prairie noire (à cette métaphore) naturellement (ou une autre) qui se déploie se renverse entraîne l’horizon qu’elle enferme apparence de la mer où chaque regard porte le poème un pas plus loin visiblement

Manuscrit de Marcelin Pleynet, Relire ce qui est écrit, p. 3 du livre de Jacqueline Risset
(le texte a d’abord été publié dans Tel Quel n°19, automne 1964)

Bernard PIVOT reçoit le poète Marcelin PLEYNET à l’occasion de la parution du livre que lui a consacré Jacqueline RISSET (4 avril 1988).

*

• L’Annonce faite à Federico, Adam Biro, 1990.

Petits éléments de physique amoureuse, Gallimard, « L’infini », 1991.

« On dit qu’écrire sert à mettre à distance ; à regarder de plus loin l’émotion. Certainement. Mais c’est aussi le contraire : écrire sert à vivre plus, à sentir de plus près ce qu’on vit - surtout quand l’émotion coïncide pour un temps, plus ou moins long, avec la vie même. Les poètes troubadours disent qu’"aimer" et "chanter" sont des verbes synonymes. Ils ont raison. L’un et l’autre se lèvent, à distance très rapprochée, comme un double vent, qui aère les choses, change le paysage. La vie, surtout quand elle est éclairée par une lumière nouvelle, dans le coeur, fuit très vite. On se jette sur son crayon : "Reste, soleil, reste un instant de plus" — prière faite au papier ; l’astre, déjà, suit son cours. C’est une affaire d’instants. » Jacqueline Risset.

Une île

Une île
Si celui
ou celle
qui aime
tombe

sur une route
sur une île
en volcan à pic
sur la mer

où le sable brûle
et l’eau
sort de terre
en source chaude

sa blessure se brûle
et ne cesse plus :

il — ou elle
a sur la cheville
un lieu du corps
ouvert

qui bouillonne et fait mal
c’est par là que la vie
est visible et brûle
fenêtre sur le corps

vaste espace animé — deviné
intérieurement : rouge

Ceux qui ne sont pas dans l’amour
soignent leurs blessures
par onguents par lotions
en pansements qui les rassurent

Ceux qui aiment
ne soignent rien
regardent

écoutent battre le sang
qui vient du fond
attendent

la douleur inconnue
volant
sur la montagne

Ils ont
un corps orienté qui s’avance

calmement et prenant toute la place
sur la pente

oOo

• La Letteratura e ilsuodoppio, Sul metodo di Giovanni Macchia, Rizzoli, 1992.
• L’Anagramme du désir : essai sur la Délie de Maurice Scève, Fourbis, 1995.
Dante : une vie, Flammarion, 1995.
• Puissances du sommeil, Éditions du Seuil, « La librairie du XXe siècle », 1997 [7].
• Les instants, poésie, Farrago, 2000.

• Dante et Beckett, Jean-Pierre Ferrini, Préface de Jacqueline Risset, Hermann, 2003.

(GIF)

« Samuel Beckett n’a cessé de lire Dante depuis ses années d’étude à Dublin jusqu’à sa mort, en 1989.
Sa lecture n’est pas critique : elle est une source, une énergie qui apparaît, disséminée dans ses livres, avec une régularité exemplaire. Dans le dessin de Botticelli qui illustre le chant IV du Purgatoire, Virgile, appuyé solidement sur sa jambe droite, ébauche le chemin à suivre. Sa main levée pointe le sommet de la montagne du Purgatoire et, au-delà, le Paradis de Béatrice. Dante, dont le corps repose sur le pied gauche, regarde, semble-t-il, Belacqua, le négligent de l’Antipurgatoire, que l’on distingue prostré devant quatre corps nus.
Il est assis, les genoux entre les bras, dans cette posture qui retiendra durablement Beckett. Béatrice absente, Virgile qui indique le sens de la montée, Dante encore indécis et Belacqua tout à soi-même - telle est la conjonction qui coordonne la souveraineté de ces deux noms, Dante et Beckett. La lecture de Beckett opère un déplacement de la Divine Comédie. Les coups et les cris que Dante entend derrière la porte de son Enfer ne finissent pas.
Ni le Purgatoire ni le Paradis ne peuvent les apaiser. Ô frère, dit Belacqua à Dante, monter là-haut, qu’importe ? Une question qui traverse ce livre, comme les deux pôles d’un méridien, et qui renouvelle notre lecture de Beckett. Bien que de nombreuses études aient déjà traité du rapport entre Dante et Beckett, aucune encore n’a proposé un inventaire exhaustif des emprunts de l’un à l’autre ni abordé dans son ensemble cette seconde grande influence, la première étant celle de James Joyce.
Ce livre en représente la tentative. »

La Divine Comédie Coffret en 3 volumes : Tome 1, Le Paradis ; Tome 2, Le Purgatoire ; Tome 3, L’Enfer.
Edition bilingue français-italien, Flammarion, 2006.
• Traduction et mémoire poétique. Dante, Scève, Rimbaud, Proust, « Hermann », 2007.

*



Littérature et politique

Dante. Poète et penseur politique, conférence donnée par Jacqueline Risset.

(GIF)

Semaine italienne de l’Ecole Normale Supérieure

Les avant-gardes littéraires en Italie et en France dans les années 1960 (13 mai 2002)

Jacqueline Risset revient sur l’histoire du Groupe 63 en Italie et celle du groupe Tel Quel en France (42’30).

Crédit : ENS

*

(GIF)


Non serviam

 Depuis Dante, la passion politique habite les écrivains italiens. Devant la dégradation de la culture et son asservissement par un pouvoir médiatique étendu, ils remplissent leurs fonctions d’éveil et de révolte. 

Jacqueline Risset (JPEG)

Oui, peut-être le temps vient-il maintenant de dénoncer la subordination, l’attitude asservie, avec quoi la vie humaine est incompatible... Il importe, je crois, de définir ce que met en jeu la littérature, qui ne peut être réduite à un maître. NON SERVIAM est, dit-on, la devise du démon. En ce cas la littérature est diabolique. En 1950, dans Botteghe Oscure, la revue internationale que Marguerite Caetani avait fondée à Rome, après Commerce, à Paris, Georges Bataille publie la flamboyante Lettre à René Char sur les incompatibilités de l’écrivain, où il en vient à poser ceci : « L’incompatibilité de la littérature et de l’engagement, qui oblige, est précisément celle de contraires. »

En effet, si la liberté est l’essence de la littérature, elle exclut l’engagement comme prédétermination, comme programme, comme mot d’ordre au nom d’une cause qu’on approuve. Mais, comme activité naissant d’une liberté fondamentale, elle exclut aussi la soumission passive aux régimes où s’observe une réduction de la démocratie, aux régimes totalitaires, tendant comme tels à asservir la littérature, perpétuel repaire de pensées irréductibles. Il est normal, et même inévitable, que les écrivains et les intellectuels se rebellent, là où la liberté se trouve menacée. Ainsi, en 1935, André Breton et Georges Bataille, brouillés depuis 1930, s’étaient retrouvés pour mener une action commune contre la montée du fascisme en France : ils fondent alors le mouvement Contre-Attaque, rédigent des tracts et les distribuent ensemble dans la rue à Paris. Un tel type d’action impétueuse, qui n’a pas à être choisie, qui ne répond pas à un programme imposé du dehors, surgit de ce que Maurice Blanchot, dans un texte récent, appelle « injonction » : action et littérature ne sont plus alors « incompatibles ».

Le gouvernement italien d’aujourd’hui, appuyé qu’il est sur un pouvoir médiatique si étendu qu’il permet de contrôler tous les autres pouvoirs, et sur une majorité à toute épreuve, à la fois à la Chambre et au Sénat, commence à se révéler comme un système de propagande et donc d’asservissement des écrivains et des intellectuels, et de la culture en général. L’un des plus récents symptômes en est la révocation annoncée dans les derniers jours de plusieurs directeurs d’instituts culturels à l’étranger (Londres, Paris, Berlin, Bruxelles). Et partout, on le voit à de nombreux symptômes, la barbarie menace. «  Il est impressionnant pour un citoyen élevé dans un Etat de droit d’assister à la dégradation de la culture et de la politique, à la chute du langage, et même des gestes de la culture. Une telle déqualification occulte l’image du pays, humilie les caractéristiques qui ont distingué l’Italie sur le plan juridique, historique, et même politique. » Le grand poète Mario Luzi s’exprime ainsi dans L’Unità du 10 mars. Il poursuit : « Je comprends dès lors pourquoi beaucoup des invités au Salon international du livre de Paris se demandent s’ils doivent ou non y participer. » Qu’il participe, mais qu’il parle !

Et en effet, au moment même où la société civile italienne, ébranlée par l’intervention inspirée de Nanni Moretti et par la constitution du mouvement des professeurs de Florence (qui s’étend progressivement à tout le pays), se réveille du sommeil léthargique qui a suivi l’élection de Berlusconi en mai 2001, réanimant les partis de gauche en état de choc, il serait paradoxal que les écrivains appelés à parler dans un lieu d’échanges européen se limitent pour leur part à causer aimablement de leurs propres écrits, sans percevoir que les lecteurs qui s’intéressent depuis longtemps à la littérature italienne attendent d’eux, aujourd’hui, quelque chose de plus : une lecture lucide, profonde, politique de la situation de leur pays, qui touche directement l’Europe entière.

Par ailleurs, les grands écrivains italiens nous ont habitués à ce type de lecture - qui est déchiffrement et rébellion tout à la fois. Déjà Dante, en qui la passion politique était aussi puissante que l’amour de la poésie et que la tension métaphysique... L’homme est pour lui, reprenant la formule magnifique d’Aristote, « animal compagnon », et le péché le plus grave, le plus gravement puni en Enfer est la trahison, destructrice du lien social. L’invective - à ses concitoyens, à Florence, à l’Italie ( « Ahi serva Italia, di dolore ostello... » ) - a pour fonction de réveiller ses lecteurs, ses concitoyens, car la Divine Comédie est oeuvre terrestre, et l’un de ses grands buts est celui d’aider à l’installation de la paix sur la terre, grâce à la séparation des pouvoirs — Pape et Empereur ont chacun leur royaume, sans hiérarchie aucune (le livre où il l’écrit, le De Monarchia, sera brûlé par l’Eglise).

Quant au grand roman de la littérature italienne, I Promessi Sposi (Les Fiancés), il fait surgir, grâce à une méthode qui rappelle à la fois Voltaire et l’Ecole des Annales, l’histoire secrète d’un siècle, celle que les historiens négligent d’habitude. Il s’agit de l’histoire du XVIIe siècle, mais Manzoni déchiffre du même coup celle du XIXe, qui est le sien, et encore celle du XXe - détectant dans l’histoire d’Italie la part d’ombre, « l’ombre du mal » qui l’accompagne et qu’un lecteur d’aujourd’hui retrouve par exemple dans les trames secrètes, dans les affaires ténébreuses des dernières décennies. Moravia, Sciascia, Biamonti...

Au XXe siècle, le solitaire Gadda s’indigne contre la colossale bêtise du régime fasciste, et la narration est pour lui « instrument, dans l’absolu, du rachat et de la vengeance ». « J’aurais voulu être, note-t-il dans une lettre à un ami, le Robespierre de la bourgeoisie milanaise ; mais cela ne vaut pas la peine. » Cependant, dans ses nouvelles, il exerce une dérision minutieuse sur le dynamisme économique de la métropole du Nord, sur ses banquiers frauduleux, ses entrepreneurs bornés, ses hardis constructeurs de ponts qui s’écroulent. Et dans Eros et Priape il déroule une fresque au comique impitoyable : la dévotion sexuelle des foules féminines pour le Chef à la forte mâchoire. Dans son premier roman, Moravia dénonce l’ « indifférence » radicale et, quelques années plus tard, le « conformisme » qui s’emparent des âmes soumises à l’abêtissement du régime et à la lâcheté qu’elles provoquent dans les sujets asservis...

Leonardo Sciascia, pour qui la littérature est « la forme la plus absolue de la vérité », et dont l’oeuvre ne cesse de poser une série de questions qu’on peut appeler « pirandelliennes » : qu’est-ce que le réel ? où est la frontière entre mensonge et vérité ? etc., dévoile « la face ignoble d’une complexité italienne jusqu’alors souvent analysée avec complaisance ». C’est ce qu’indique Bernard Simeone, ce remarquable poète et critique disparu prématurément l’été dernier, dont vient de sortir Le Spectre de Machiavel, précieux panorama de la littérature italienne des toutes dernières années. Panorama pessimiste quant à l’idée qui se dégage, à travers les textes, de l’Italie contemporaine. Texte qui aurait pu s’intituler, écrit l’auteur dans sa préface, En des temps marqués par Sofri (c’est-à-dire par le tragique désespérant de l’absurde affaire Sofri). Des romanciers comme Vincenzo Consolo et Francesco Biamonti évoquent un crépuscule désolé, un naufrage irrémédiable. Et dans cette dernière période, la plus terrible, la plus inquiétante depuis longtemps de l’histoire italienne, c’est encore à un écrivain que l’on pense, aux analyses prophétiques de Pier Paolo Pasolini, qui annonçait, peu avant sa mort, en 1975, les futurs ravages du « nouveau pouvoir » de la consommation. « Je sais, écrivait-il, dans l’article intitulé Le Roman des massacres (14 novembre 1974), je sais parce que je suis un écrivain. »

Jacqueline Risset, Le Monde du 22.03.02

*

[1] Heidegger, « Schelling. Le traité de 1809 sur l’essence de la liberté humaine », trad. J.-F. Courtine, Gallimard, 1993.

[2] Voir plus bas la conférence de J. Risset sur « Les avant-gardes en Italie et en France ».

[3] Illuminations, Folio, 2003, p.26.

[4] Début du Chant I de L’Enfer :

« Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva obscura
che la diritta via era smarrita
 »

« Au milieu du chemin de notre vie
je me retrouvai par une forêt obscure
car la voie droite était perdue » (traduction Jacqueline Risset)

« Selon Dante, suivant Isaïe, la vie humaine dessine un arc dont le centre, et le point le plus haut, est l’âge de 35 ans. Né en 1265, Dante a 35 ans en l’an 1300, date de son voyage à Rome, au moment du jubilé organisé par le pape Boniface VIII. La « forêt obscure », au sens allégorique, représente les vices et l’erreur (« la forêt d’erreurs de cette vie », Convivio, IV, XXIV, 12) ; elle correspond, pour Dante, à une période d’égarement moral et intellectuel. » (Note de J. Risset, La Divine Comédie, 2008)

Sollers a eu 35 ans en 1971. Commencent alors les trois ans de ce qu’il appellera, dans Un vrai roman, « la folie Mao ». Egarement ? « La voie droite », alors, était-elle perdue ? Sollers ne le dit pas.

A la même époque, j’ai fait un rêve. Dans ce rêve, je disais (à haute voix) : « La ligne droite mène au fascisme. »

Il y a voie droite et voie droite.
Il est vrai aussi que « la voie vraiment voie est autre qu’une voie constante ».

(JPEG)
Marc Devade, Nel mezzo (tryptique, 1981)

[5] Note à propos d’un étrange oubli :
La première édition de ce magnifique ouvrage a été publiée en octobre 1996. L’éditrice nous précise que cette nouvelle édition (mars 2008) reprend « l’édition de 1996 avec mise à jour de l’avant-propos et de la bibliographie ». De la bibliographie ? On veut bien le croire mais, alors, comment expliquer que cette "mise à jour" ignore la publication par Philippe Sollers de ses entretiens avec Benoit Chantre, intitulés précisément La Divine Comédie, chez Plon, en 2000 ? Jacqueline Risset, membre de Tel Quel de 1967 à 1982, qui, pour cette édition de 2008, a revu sa traduction, n’a-t-elle pas relu la bibliographie ? Etrange... D’autant plus étrange qu’on peut lire le nom de Jacqueline Risset dans la liste des personnes faisant l’objet de " remerciements " à la dernière page de l’édition Plon et qu’elle a consacré un article au livre de Sollers dans Le Monde du 13 octobre 2000 (Au paradis de la « Divine Comédie »).
Ou alors, le livre de Sollers sur Dante, comme son Paradis — que Sollers appelle, ne l’oublions pas,  Comédie  dans Femmes (ce qui est la traduction littérale du titre la  Comoedia  de Dante et dit bien ce qui est en jeu dans Paradis) —, n’aurait-il pas été lu ? Lettre volée ?
Laissons-là nos hypothèses et contentons-nous de constater qu’aucun ouvrage mentionné dans la bibliographie n’est postérieure à la date de la première édition, 1996.

J’ai parlé de « lettre volée », j’ouvre La Divine Comédie (le livre de Sollers) et je lis :

« La Lettre volée d’Edgar Poe pourrait là nous servir un bref instant de référence, pour signifier que tout est fait en quelque sorte par et pour la police, de façon à ce qu’elle fouille partout pour ne pas trouver ce qui est là, retourné sous ses yeux. Je pense que c’est une fable qui nous interpelle maintenant, pour la bonne raison que les livres seraient là, partout, y compris, là sous nos yeux, comme La Divine Comédie de Dante, mais qu’il n’y aurait plus personne pour les lire. On les classerait, on les rangerait, on les lirait même, sans les lire, comme si, dans une dimension invisible du cerveau, quelque chose comme des mots retransmetteurs ne fonctionnait plus. L’être humain lirait des phrases, croirait en avoir perçu le sens et, bizarrement, les oublierait aussitôt après, comme si elles ne s’imprimaient pas dans sa mémoire, au point qu’on ne se rendrait même pas compte que quelque chose est en train de se dire. » (Ed. Plon, p.31. Je souligne.) CQFD.

A.G.

[6] La critique d’Hector Bianchiotti.

Dante, ou l’éternelle aventure

"Etudier Dante, dans l’avenir, ce sera, je l’espère, étudier la relation d’un texte à son envol", disait Ossip Mandelstam pour conclure son essai d’illuminé sur le grand Florentin. Ce voeu, Jacqueline Risset — poète, essayiste, et actuellement directrice d’études de littérature comparée à l’université de la Sapienza, à Rome — allait le combler au-delà de tout espoir. D’abord, en écrivant un essai magistral sur le poète de la Divine Comédie, et le plus complet qui soit en ce qu’elle y fait le taux des plus illustres interprétations et, parfois, des plus erronées — elles ne sont pas toujours contradictoires — pour mieux étayer la sienne. Ensuite, en entreprenant une nouvelle traduction de ce chef-d’oeuvre, entre tous intraduisible.

L’entreprise téméraire de Jacqueline Risset a toute une histoire, et elle est exemplaire de la gloire, distraite et réticente, qui, avec quelques intermittences, a été celle de Dante en France : Voltaire ne disait-il pas que sa réputation s’affermirait toujours parce qu’on ne le lisait guère, et Flaubert que son oeuvre avait été faite pour un temps et non pour tous les temps ? "La musique n’est plus une intruse."

En fait, s’étonnant un jour que Dante ne figurât point dans une collection consacrée aux grands classiques, Jacqueline Risset s’entendit répondre que le poète de la Comédie était un écrivain "poussiéreux". Cela suffit pour susciter en elle l’envie de prouver le contraire. Elle savait d’expérience que les Italiens n’éprouvent d’autre difficulté à lire Dante que d’ordre théologique, mythologique ou, plus rarement, historique. Pour le reste, un acteur, Gassman, et, récemment, Carmelo Bene ont pu, sans mal, tenir en haleine des auditoires de milliers de personnes et les guider de l’"Enfer" au "Paradis" pendant toute une soirée.

Or à mesure qu’elle rédigeait son essai Jacqueline Risset allait se rappeler l’épithète méprisante dont on avait gratifié Dante chaque fois que, pour illustrer son propos, elle avait cité la Comédie dans sa version française. Elle ne tarderait pas à convenir que Dante, en français, était bel et bien un écrivain poussiéreux. Même dans la traduction de Lamennais, qu’elle trouve pourtant "limpide et fidèle", car, étant en prose, elle néglige la musique. Chez Dante, disait Mandelstam — qui n’hésitait pas à rapprocher du Florentin et Verlaine et Rimbaud — "la musique n’est plus une intruse : elle participe à la discussion". C’est qu’on avait oublié que Dante, tout en se proposant d’enfermer dans son oeuvre le savoir tout entier de son époque, veut toujours pousser les mots au-delà de leur sens. Là où, par leurs combinaisons sonores, ils en laissent entrevoir un autre, qu’ils n’arrivent pas à exprimer.

Borges a observé que les commentaires les plus anciens de la Comédie sont d’ordre théologique ; ceux du dix-neuvième siècle, d’ordre historique ; et que, à notre époque, les exégèses mettent l’accent sur la qualité esthétique des vers, " l’une des plus grandes vertus de Dante ", lequel, comme Shakespeare, accorde à chaque émotion une musique particulière, au contraire d’un Milton ou d’un Racine qui, eux, imposent toujours la même, celle du "style sublime", à tous les sentiments.

Jacqueline Risset fait successivement remarquer que toute la tradition poétique française, de Charles d’Orléans à Baudelaire, se fonde sur Pétrarque, autrement dit, s’oppose à Dante ; que seule Christine de Pisan, lorsque l’on confronte la Comédie au Roman de la Rose, déclare supérieure l’oeuvre du Florentin ; et que, au moment de la Réforme, l’oeuvre de celui-ci n’est plus qu’un moyen pour dénoncer les turpitudes des papes. Avec, au XVIe siècle, deux exceptions de taille. La première, l’Académie dantesque fondée à la cour de François Ier, autour du roi et de sa soeur Marguerite de Navarre, où on lit et commente quotidiennement les vers de la Comédie ; la seconde, Maurice Scève, en particulier avec son poème Microcosme, qui est, avec ses trente mille trois vers, "un renversement symétrique et voulu" du poème dantesque, dans la perspective d’un humanisme optimiste, d’un bonheur terrestre.

Au demeurant, certaines strophes de Scève semblent traduites de Dante, comme des vers de Dante le sont de Virgile.

Au dix-huitième siècle, c’est l’oubli, et les sarcasmes subtils de Voltaire, tandis qu’un jésuite excentrique cherche à prouver que la Comédie est en réalité l’oeuvre d’un hérétique anglais, qui date de 1412...

Enfin, le dix-neuvième siècle est celui de la redécouverte. Rivarol traduit l’"Enfer", que Chateaubriand lit, et aussi Hugo qui s’exclame : "Où tout finit, Dante commence." Stendhal et Dumas se proposent à leur tour de le traduire ; le premier ne le fait pas, le second s’en tient au premier chant. A noter, signale encore Jacqueline Risset, que l’"Enfer" passionne le dix-neuvième siècle dans la mesure où il y voit l’essence même du roman noir.

Mais si Mme de Staël — encore une femme pour défendre Dante en France ! — proclame celui-ci "l’Homère des temps modernes", et si Gérard de Nerval s’identifie au Florentin au point de se prendre pour une de ses réincarnations, la véritable rencontre avec l’Italien est peut-être celle qui se produit à travers Balzac, qui, paraphrasant le titre que des générations de lecteurs avaient donné à la Comédie en l’appelant "divine", trouve celui qui coiffera son oeuvre personnelle.

D’ailleurs, dans les Proscrits, Balzac fait du poète le personnage central, cet étranger qui, outre son merveilleux voyage, raconte l’histoire d’un amoureux qui s’est donné la mort pour rejoindre l’aimée dans l’Au-delà, et qui est, de ce fait, condamné à l’enfer — comme par hasard, il se prénomme Honoré...

Ainsi se rapprochait-on peu à peu, et presque à l’aveuglette, de la Comédie. Béatrice allait devenir un symbole passe-partout, et Dante le personnage principal de son poème, ce qu’il est. Mais on ne considérait pas l’essentiel, à savoir que Dante, qui tenait le latin pour une langue éternelle, immuable, choisit d’écrire son poème en langue vulgaire, en son dialecte toscan, y transférant " le bagage de notions linguistiques et rhétoriques élaborées à l’usage du latin par la tradition ".

Quelles furent, en réalité, les raisons d’un choix aussi hardi, aussi risqué ? Celle qu’il avance dans son convivio, c’est-à-dire que la langue vulgaire fut celle de ses parents, celle qu’ils parlaient avec lui et, par conséquent, "cause de son être" ? Peut-être, tout simplement, décida-t-il d’écrire en toscan parce que c’était en toscan qu’il pensait toujours à Béatrice, en toscan qu’il l’avait aimée.

Une autre explication s’impose, que suggère le vingt-sixième chant de l’Enfer, l’un des sommets de cette oeuvre faite de sommets, où Ulysse —un Ulysse qui n’est plus celui d’Homère, — du fond d’un feu qui le rend invisible, raconte à Dante comment, arrivé, avec ses compagnons, au terme de ses aventures, aux limites assignées aux hommes par Hercule — le détroit de Gibraltar, — il incite ces mêmes compagnons à les franchir ensemble, à ne pas refuser l’expérience des mers inconnues, du monde inhabité, en leur disant qu’ils n’ont pas été créés pour vivre comme des bêtes, mais pour la connaissance.

Ils le suivent, et ils aperçoivent alors les étoiles de l’autre pôle, celles du continent austral, avant que la mer ne se referme sur eux. Remarquons en passant que, pour les besoins de la poésie, la terre fut soudain ronde, pour la première fois.

Le toscan, la langue vulgaire, était pour Dante la mer inconnue, l’aventure absolue. Il y avait trop à dire — et sans doute beaucoup trop de choses étaient interdites pour être exprimées dans une langue aussi codifiée, aussi officielle que le latin. Et s’il apporta au dialecte la rime et le nombre, ensuite il navigua dans ses eaux "à l’estime", comme disent les marins.

Ayant, petit à petit, découvert elle-même le complexe labyrinthe parcouru par le génie de Dante, Jacqueline Risset mesurait, bien mieux que ses prédécesseurs — une bonne cinquantaine en français — les difficultés que présentait la traduction du poème. Elle savait qu’il lui fallait inventer à son tour une mer inconnue pour la loger dans les bassins de Versailles. A en juger par l’Enfer et le Purgatoire, sa réussite est à la mesure de son défi. En attendant le Paradis, si dédaigné autrefois, et que le lecteur contemporain découvre avec enthousiasme, parce que l’essence même de la poésie s’y fait plus évidente, dans la mesure où l’anecdote ne sollicite pas autant notre crédulité que dans les parties précédentes.

Ne respectant pas la rime, mais entre-tissant tout un jeu interne d’assonances, d’échos, d’affinités, Jacqueline Risset a réussi à sauver ce qui en littérature est à mettre au-dessus de tout : le ton, cette caresse des syllabes en marge du sens qu’elles drainent, la voix lointaine qui résonne dans le texte original.

Cela dit, une telle victoire tend à voiler l’oeuvre subtile, si patiente et si solitaire, que Jacqueline Risset poursuit dans la poésie et dans l’essai. Il serait injuste de ne pas rappeler les beaux poèmes de Sept Passages de la vie d’une femme (Flammarion, 1985) ; et de ne pas saluer ce dernier recueil, l’Amour de loin, où la pudeur tout intellectuelle qui caractérise ses vers devient ardente.

Est-ce le long commerce avec le grand Florentin qui l’a aidée ? Quoi qu’il en soit, elle ose ici recommencer l’éternelle aventure du poète, qui est de nommer encore une fois la douleur latente de l’amour, et les choses qui sont à la portée de la main et du regard, rendant ainsi possible ce qui existe. Par la grâce des mots.

Hector Bianchiotti , Le Monde du 17.06.88.

[7] Lire : Soixante-deux passages de la vie d’une femme.

Réagir à cet article

Commentaires

  • > La Divine Comédie, Jacqueline Risset, Rome
    5 décembre 2011, par A.G.

    Deux compléments à ce dossier :

    1. Jacqueline Risset s’entretient avec Alain Veinstein à l’occasion de la réédition de sa traduction de Dante (Du jour au lendemain, 18-01-11, 36’)

    2. Jacqueline Risset s’entretient avec Colette Fellous (Carnet nomades, 09-01-11, 58’)

    Un jour à Rome, dans le quartier de Sainte-Marie Majeure.

  • La Divine Comédie
    20 juin 2008, par A.G.
    1965 : Sollers parle de Dante avec François Wahl (voir ci-dessus : Dante et Sollers de Tel Quel à L’Infini).
  • > La Divine Comédie
    21 mars 2008, par Laurent
    En ce qui concerne la datation, on peut remarquer que l’avant-propos du Jésus de Nazareth par Benoît XVI (Joseph Ratzinger) est datée du 30 septembre 2006...