Éloge de la cavale
Cercle ... roman total ?


Avec « Cercle », le romancier Yannick Haenel n’ambitionne rien de moins que le roman total.

(PNG) Éloge de la cavale

SÉBASTIEN LAPAQUE.

Publié le 18 octobre 2007
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LE NARRATEUR de Cercle tiendrait bien sa place dans une Série Noire de la grande époque, pleine de héros au coeur sombre partis sans espoir de retour. À ceci près qu’il n’a pas de tueurs à ses trousses, si ce n’est le Gros Animal social, cyclope outragé par la liberté des enfants d’Ulysse. Que leur reproche-t-il ? L’amitié, l’amour, une existence vouée à l’aventure. Pour avoir renoncé à se rendre à son travail un lundi matin, le héros de Yannick Haenel découvre qu’il est des leurs. S’il veut vivre, il doit fuir.

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Cercle est le journal de bord de la cavale au cours de laquelle cet homme va s’inventer comme écrivain à mesure qu’il va disparaître pour le monde. De Paris à Prague, en passant par Berlin, Varsovie et la Slovaquie, sa dérive dans une Europe réelle et rêvée lui offre l’occasion de rencontres aussi étonnantes que celles que fait l’Hellène aux mille tours en cheminant des bras de Calypso à ceux de Pénélope.

Ne nous demandez pas ce que Cercle « raconte » : l’objet de ce roman cabalistique, c’est lui-même. Yannick Haenel ne tient pas son lecteur en haleine avec des échelles de corde, des chausse-trapes et des rebondissements, mais avec des mots accrochés les uns aux autres jusqu’au dernier : « Oui ». On aura reconnu l’hommage à James Joyce, l’un des saints patrons de Cercle avec Arthur Rimbaud, Herman Melville, André Breton, Guy Debord. Et Philippe Sollers, doit-on ajouter pour ne pas désobliger le conducator de la rue Sébastien-Bottin qui a transmis à Yannick Haenel le pire de ses coquetteries d’auteur, mais également le meilleur.

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On entre dans Cercle bluffé par le culot de ce gros livre tissé d’allusions et de pastiches et on ne le lâche plus, ébloui par la succession instantanée des images. Pour raconter la vie d’un homme en quête de « l’existence absolue », Haenel ne pouvait pas viser autre chose que le roman total. L’ambition des littérateurs de notre date est trop souvent racornie pour ne pas saluer bien bas le geste de cet artiste en quête de poésie et de lumière d’éternité.

Cercle de Yannick Haenel « L’Infini », Gallimard, 494p., 21 ?.

LE NARRATEUR de Cercle tiendrait bien sa place dans une Série Noire de la grande époque, pleine de héros au coeur sombre partis sans espoir de retour. À ceci près qu’il n’a pas de tueurs à ses trousses, si ce n’est le Gros Animal social, cyclope outragé par la liberté des enfants d’Ulysse. Que leur reproche-t-il ? L’amitié, l’amour, une existence vouée à l’aventure. Pour avoir renoncé à se rendre à son travail un lundi matin, le héros de Yannick Haenel découvre qu’il est des leurs. S’il veut vivre, il doit fuir. Cercle est le journal de bord de la cavale au cours de laquelle cet homme va s’inventer comme écrivain à mesure qu’il va disparaître pour le monde. De Paris à Prague, en passant par Berlin, Varsovie et la Slovaquie, sa dérive dans une Europe réelle et rêvée lui offre l’occasion de rencontres aussi étonnantes que celles que fait l’Hellène aux mille tours en cheminant des bras de Calypso à ceux de Pénélope.

Ne nous demandez pas ce que Cercle « raconte » : l’objet de ce roman cabalistique, c’est lui-même. Yannick Haenel ne tient pas son lecteur en haleine avec des échelles de corde, des chausse-trapes et des rebondissements, mais avec des mots accrochés les uns aux autres jusqu’au dernier : « Oui ». On aura reconnu l’hommage à James Joyce, l’un des saints patrons de Cercle avec Arthur Rimbaud, Herman Melville, André Breton, Guy Debord. Et Philippe Sollers, doit-on ajouter pour ne pas désobliger le conducator de la rue Sébastien-Bottin qui a transmis à Yannick Haenel le pire de ses coquetteries d’auteur, mais également le meilleur. On entre dans Cercle bluffé par le culot de ce gros livre tissé d’allusions et de pastiches et on ne le lâche plus, ébloui par la succession instantanée des images. Pour raconter la vie d’un homme en quête de « l’existence absolue », Haenel ne pouvait pas viser autre chose que le roman total. L’ambition des littérateurs de notre date est trop souvent racornie pour ne pas saluer bien bas le geste de cet artiste en quête de poésie et de lumière d’éternité.

Cercle de Yannick Haenel « L’Infini », Gallimard, 494p.
disponible sur (JPEG)





(PNG) Cavales ?

(JPEG) En 2001, dans Le Monde, Philippe Sollers publiait une nouvelle, intitulée Cavale

Et aussi, cet étonnant Parménide cité par Sollers dans Illuminations : A travers les textes sacrés

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Commentaires

  • > Éloge de la cavale
    22 octobre 2007, par Alina
    Vous trouvez toujours le moyen de me faire sourire, Viktor... N’évoquez donc pas Dieu, homme de mauvaise foi, vous allez Lui faire de la peine !
  • > Éloge de la cavale
    22 octobre 2007, par V.K.

    Chère Aline,

    Triste aussi de vous retrouver dans cet état. Ressuscitée d’entre les morts, pour défendre la mémoire d’Alina Reyes sortie de la Forêt profonde, après un détour par Patmos, pour retrouver Jean, celui de l’Apocalypse, ultime sortie avant de crier votre Enfer et son Diable en la personne de Yannick Haenel.

    Mais je crains qu’à vouloir trop prouver vous n’affaiblissiez votre démonstration par des pseudo preuves à côté des crédibles. Ainsi votre recensement « des structures er motifs communs » sur votre blog A mains nues qui commence par : « Mon dernier roman est divisé en trois parties, évoquant paradis, enfer et purgatoire - le sien aussi ». Dante et Dieu vont-ils s’en considérer plagiés ?

    Votre plaidoyer sur Agoravox aurait pu se suffire à lui même.


    Et aussi le dernier message manuscrit d’Alina Reyes sur son blog ( avant sa renaissance pour combattre le Démon), une Alina qui dans son voyage au bout du noir aperçoit l’aube de la lumière. C’était une belle sortie :

    « Dans le noir mon voyage commence vers la lumière. J’appelle ça prier. [...] j’aspire simplement à gagner le Ciel, ici même en cette vie, jour après jour, nuit après nuit. [...] je n’aspire pas à l’ataraxie mais au combat et à la jouissance assauts tjs renouvelés, je suis virile ds ma relation à Dieu autant que féminine, je suis au delà de l’homme et de la femme mais rien moins qu’asexuée avec Dieu, je suis tte sexe, de là où le sexe est si pur et absolu qu’il réjouit l’Amour, Eros uni à la même brûlure. Et je vénère Dieu de me permettre de repousser ainsi sans cesse les limites de ma liberté avec Lui et par conséquent avec les hommes. _ [...] _ Puis j’écris, je combats avec l’ange, Lui et moi à tt instant combattons en secret derrière le rideau, et cette lutte tjrs renouvelée poursuit le but de nous livrer à toi, lecteur, lectrice, entremêliés et indécents comme nous sommes, ouvrir le rideau sur notre noble, tragique et heureuse obscénité. _ Je t’aime mon ange. »

    Quelle meilleure réponse au Démon démoniaque qui invoque Anita Dark..., la "goutte d’eau" qui a fait déborder votre vase ?

    _ Notre credo ici, c’est de tenter d’inciter à rechercher la vérité de l’écrivain dans les textes originaux :

    Alina Reyes, Forêt profonde

    Yannick Haenel, Cercle

    Meurtrie avant d’avoir été blessée :
    « ...le sang qui coule, le livre qui s ?écrit.
    Le mien s ?est écrit avec mon sang, le sien s ?est écrit avec mon encre  » dîtes-vous. Cette authenticité là, personne ne peut vous la piller.

    —oOo—

    PS1 : Au crédit de votre combat, le lien sur votre propre site de la réponse de Yannick Haenel sur BiblioObs.

    PS2 : Quand un éditeur ferme ses portes : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre pour l’envoyer aux sept Églises : à Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. » Apocalypse1:11 _ 2000 ans après, on en parle encore ! _ De Courbet aussi, on en parle encore au Grand Palais (10 octobre 2007 au 28 janvier 2008). Daumier, comme beaucoup, disait pourtant : « Ce M. Courbet fait des figures beaucoup trop vulgaires, il n’y a personne dans la nature d’aussi laid que ça. »...

  • > Blague à totaux
    21 octobre 2007, par lariost

    Il est interessant de voir comment se retourne ici la notion affichée de roman total.

    Ce roman, si total il est, est-il totalement celui de son auteur ?

  • > Éloge de la cavale
    21 octobre 2007, par Alina Reyes
    Viktor, cela me rend très triste, mais il faut tout de même que je vous signale le travail que je fais sur mon blog, jour après jour, à propos de ce livre et du mien. http://amainsnues.hautetfort.com/