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Isidore Ducasse : « Cette publication permanente n’a pas de prix. »
Article du 2 juin 2007. Dernière mise à jour le 12 mars 2010
Sommaire :
1967 : Lautréamont par lui-même et La science de Lautréamont Un classique inconnu : Isidore Ducasse Lettre d’Isidore Ducasse à M. Darasse (12 mars 1870) Philippe Léotard lit le Chant IV
En 1997, Philippe Sollers s’entretient avec deux jeunes écrivains - François Meyronnis et Yannick Haenel - qui viennent de créer une nouvelle revue " Ligne de risque ". Le premier entretien porte sur Lautréamont [1]. Il sera publié dans le numéro 2-3 de la revue (mai-août 1997), aujourd’hui épuisé, puis repris dans Poker (p. 39 à 54) en 2005 avec dix autres entretiens. Question centrale : le dispositif Maldoror/Poésies. Car il faut lire l’un et l’autre, en même temps et ensemble [2]. « Quiconque ne connaît qu’un des deux en renonçant à l’autre, se prive de la totalité des secours qui nous sont donnés pour nous conduire. » Une publication permanenteLes dates comme toujours ont ici leur importance. Rappelons-en quelques unes sans prétendre, loin s’en faut, à l’exhaustivité [3] :
1868 (août) : Publication chez Balitout, Questroy et Cie du Chant I de Maldoror [4].
— 1917 : Aragon et Breton achètent tous les numéros de Vers et Prose où figure le premier chant de Maldoror et l’envoie à leurs amis. Le 28 juin, jour dont il fait celui de sa naissance, Philippe Soupault déniche, dans une librairie de Paris, un exemplaire des Chants de Maldoror (" Isidore Ducasse. Ces quelques syllabes suffisent à me réconcilier pendant une heure avec moi-même ").
— 1946 : Publication de Lautréamont de Philippe Soupault chez Seghers.
— 1953 : Publication chez José Corti des Oeuvres complètes du Comte de Lautréamont - Isisdore Ducasse, avec les préfaces de L. Genonceaux, R. de Gourmont, Ed. Jaloux, A. Breton, Ph. Soupault, J. Gracq, R. Caillois et M. Blanchot.
— 1956 : Guy Debord et Gil J Wolman : Mode d’emploi du détournement :
Raoul Vaneigem publie Isidore Ducasse et le Comte de Lautréamont dans les Poésies.
— 1966 : Publication dans le numéro 26 de Tel Quel des Chants de Maldoror et de Lautréamont par Marcelin Pleynet, première version d’un chapitre de Lautréamont par lui-même [6]. — 1967 : Guy Debord publie La Société du spectacle chez Buchet Chastel. La thèse 207 plagie à la virgule près quatre lignes des Poésies II :
Marcelin Pleynet publie Lautréamont par lui-même [7], livre qui fait aussitôt évènement [8] au point qu’Aragon, qui se souvient alors de sa jeunesse, consacre, à cette occasion, deux très longs articles à Lautréamont et nous dans l’hebdomadaire qu’il dirige, Les lettres françaises (juin 1967) [9].
si l’essai de Blanchot - Lautréamont et Sade - semble "faire exception", Sollers en montre les limites "essentialistes" et écrit :
Et Sollers d’ajouter - et là est l’essentiel - :
— 1971 : La lutte idéologique est intense [12]. La découverte et la lecture de Lautréamont par les surréalistes, les positions d’Aragon (en 1919 et en 1967) sont un des aspects de cette lutte. Dans une communication polémique faite le 13 janvier 1971, à l’occasion d’une réunion du Groupe d’Etudes Théoriques de Tel Quel - Lautréamont politique -, Marcelin Pleynet revient à nouveau sur cette histoire, ancienne et toujours actuelle, en regrettant d’être tombé dans le piège "formaliste", "le "défaut" d’inscription historique" de son essai de 1967. Il rappelle que, dès les années vingt, Artaud et Bataille reprochaient aux surréalistes de transformer Ducasse en un objet de "fétichisme religieux" (Bataille : " Je puis trouver que les cafards fassent d’un homme tel que Ducasse une abominable idole poético-religieuse "). Le texte de Pleynet sera publié dans Tel Quel 45 (printemps 1971) [13], puis repris partiellement, en 1977, - sans la partie politico-polémique -, dans Art et littérature sous le titre Lautréamont et Lucrèce.
Lois. Sollers y réécrit-parodie Poésies II (p.78-79 notamment) :
Et c’est "signé" :
— 1974 : Publication de La révolution du langage poétique de Julia Kristeva (coll. Tel Quel). Le livre s’appuie essentiellement sur Lautréamont et Mallarmé pour développer son analyse matérialiste et dialectique de "sujets en procès" à travers les pratiques signifiantes
[15].
Le texte est suivi d’une Bibliographie sur Lautréamont. Outre les essais de Pleynet lui-même, Sollers et Kristeva que nous avons déjà cités, on peut noter qu’est cité aussi Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle et Panégyrique, 1988, 1989.
Pleynet ajoute :
— avril 2003 : François Meyronnis, Un hibou sérieux jusqu’à l’éternité (dans L’Axe du Néant, coll. L’Infini, p. 315-346). — janvier 2009 : Sollers, dans Les Voyageurs du Temps, revient à nouveau, longuement, sur Lautréamont et les Poésies (notamment p. 64 et sqq) et réaffirme le rôle de Breton et d’Aragon :
— février 2009, Yannick Haenel, Lautréamont en avant, La NRF, n°588. — 24 septembre 2009 : Edition des Oeuvres Complètes de Lautréamont par Jean-Luc Steinmetz en Pléiade.
— 1er octobre 2009, Philippe Sollers, Fou de Lautréamont, Le Nouvel Observateur. — 15 octobre 2009 : Lautréamont et ses lecteurs, conférence au musée d’Orsay avec JL. Steinmetz et Philippe Sollers. — janvier 2010 : M. Pleynet, Lautréamont touché par la grâce, L’infini n° 109 [18] — mars 2010 : Ph. Sollers, Lautréamont au laser, Ligne de risque n° 25 :
— juin 2011 : « Lautréamont révolutionnaire » (dossier de la revue Transfuge). Avec notamment :
« Dans la nouvelle science, chaque chose vient à son tour, telle est son excellence. » I. Ducasse. (A suivre)
Un classique inconnu : Isidore DucasseQuelle bonne idée d’avoir réédité les Poésies d’Isidore Ducasse comme elles doivent l’être, c’est-à-dire sous son nom , et non pas en éternel appendice rectificatif de Lautréamont et des Chants de Maldoror ! Quelle bonne et vicieuse idée, et quelle démonstration que cela n’intéresse pratiquement personne ! Vous connaissez l’un des plus grands penseurs et écrivains français, Isidore Ducasse ? Qui ? Pardon ? On peut considérer comme prouvé que ce livre de logique pure est secrètement fait pour six ou sept (maximum) individus par siècle : " Le théorème est railleur de sa nature, il n’est pas indécent. " A qui vais-je conseiller, donc, ce petit recueil sacré, tranquille, violent, sec, ample, drôle, imperturbable, sifflant, compact, tournoyant, ramassé, lumineux, noir, tellement évident qu’il parait incompréhensible ? A peine a-t-on décidé d’en parler que la phrase se refuse à continuer. Je m’aperçois que je le connais par coeur, qu’il fonctionne en moi ou plutôt moi en lui, comme la rhétorique elle-même, principe de relativité généralisée. Moi aussi, chaque jour, même s’il n’y parait pas, je remplace la mélancolie par le courage, le doute par la certitude, le désespoir par l’espoir, la méchanceté par le bien, les plaintes par le devoir, le scepticisme par la foi, les sophismes par la froideur du calme et l’orgueil par la modestie. Sans cesse, je repousse loin de moi la poésie moite des langueurs qui s’étale partout, pareille à de la pourriture. N’ai-je pas déjà répété dix mille fois, en vain, que le goût est la qualité fondamentale qui résume toutes les autres ; qu’il est le nec plus ultra de l’intelligence ? Le grand malentendu vient du fait que, si je suis malheureux, je ne le dis pas au lecteur, je garde cela pour moi. C’est mon droit, même s’il irrite, de préférer proclamer le beau sur une lyre d’or. Mais qui s’en aperçoit ? Qui me rend justice ? Qui a reconnu que, dans mon cas, le génie garantissait les facultés du coeur ? Je viens de faire ce que Ducasse recommande : le plagier à la première personne, dans l’acte volontaire du discours. Tout romantisme épuisé, toute approximation névrotique morte, il parle ainsi dans la mesure où il a sondé (comme Nietzsche, avec lequel il rime souvent) l’immense maladie du ressentiment et sa poétisation illusoire, la vanité des spéculations psychologiques, le bavardage métaphysique ou pseudo-historique incessant. C’est un spécialiste du démoniaque en tout genre passé à l’ennemi, au Bien qui ne peut être touché par le Mal ; un traitre et un docteur abrupt qui opère la raison de son désir inavoué d’être vaincue par le délire. Renversement, détournement, retournement, développement : n’importe quelle proposition peut être englobée dans un raisonnement bref, plus profond et plus efficace. Imaginez la mémoire humaine la plus chargée à votre disposition (la Bible, la Sagesse des Nations) : vous choisissez, vous rectifiez, vous confirmez, vous niez, vous poursuivez, vous sautez. On a fait l’étude des auteurs utilisés par Ducasse, le principal est Pascal, les Poésies sont construites en fonction des Pensées. La découverte est simple, elle équivaut à se munir d’un ordinateur. On prend le maximum de condensation déjà organisée, on ajoute des boucles au circuit. Exemple : " Si la morale de Cléopâtre eût été moins courte, la face du monde aurait changé. Son nez n’en serait pas devenu plus long. " Ou encore : " L’univers ne sait rien : c’est tout au plus un roseau pensant. " L’exercice est du plus grand sérieux parce qu’il élimine, justement, l’esprit de sérieux. On prend la loi et l’autorité pour ce qu’elles sont, dans tous les domaines, on les élève à la puissance que leur donne la négation dont elles sont l’objet. Au fond, l’esprit de sérieux est partagé par le maître comme par l’esclave, ils se nourrissent du même respect pour la douleur, le malheur, et leur exploitation dans des sens opposés. La loi énonce et dénonce, la contestation revendique, elles sont d’accord, perversement, sur le même faux Bien. D’où le procès naïf fait souvent à Ducasse d’être " réactionnaire " (le même préjugé viscéral considérera Sade ou Nietzsche comme " nazis "). Est-ce un redoutable dictateur, un Hitler, un Staline, qui écrit : " En son nom personnel, malgré elle, il le faut, je viens renier, avec une volonté indomptable et une ténacité de fer, le passé hideux de l’humanité pleurarde " ? Ou bien quelqu’un qui nous apprend, au contraire , sans que nous voulions l’entendre, à faire l’économie sarcastique de la mécanique objective de la répression ? Est-ce un policier paranoïaque qui s’exprime dans cette énumération hilarante de ce qu’il va combattre : " ce qui est somnambule, louche, visqueux, phoque parlant, équivoque, poitrinaire, spasmodique, aphrodisiaque, anémique, borgne, hermaphrodite, bâtard, albinos, pédéraste, phénomène d’aquarium et femme à barbe " ? Ou bien, au contraire , un esprit réveillé qui dérègle et déconsidère à la fois le pouvoir et son adversaire apparent voulant se mettre à la place de ce pouvoir ? Est-ce un rationaliste fanatique qui attaque méchamment la sensiblerie rousseauiste, ou bien un subtil chirurgien libérant la force refoulée de l’énergie poétique en montrant la symétrie entre raison étroite et sentimentalisme nigaud ? Voilà, semble-t-il dire, le malentendu définitif, le péché de lecture au premier degré, qui engendreront sans fin la glu religieuse (" les religions sont le produit du doute "). Ses maximes à la gloire de la grandeur de l’homme et de son immortalité en progrès peuvent paraitre un comble de dérision, et pourtant une béatitude parfaite les habite. Mais qui veut désormais la béatitude ? Seul l’imbécile est heureux, nous souffle le malaise de la rage idiote : envie, puissance, jalousie. Faut-il s’étonner alors que Spinoza figure en premier dans la liste que Ducasse fait, avec révérence, des philosophes ? " Dieu s’aime lui-même d’un amour intellectuel infini. " Allez donc prêcher cet évangile, de nouveau, par les temps qui courent ! Indifférence totale garantie. Oui, décidément, l’hiver de l’avenir sera rude, mais pour les quelques amateurs de présent intégral, je peux rappeler, à tout hasard, les lectures qu’ils doivent conserver en poche : L’Ethique de Spinoza ; les Maximes de La Rochefoucauld (" La faiblesse est plus opposée à la vertu que le vice. ") ; Le Gai Savoir de Nietzsche ; et enfin les Poésies d’Isidore Ducasse, ce jeune homme de vingt-quatre ans mort parfaitement inconnu, en 1870, pendant la Commune de Paris ; découvert en 1920 par les surréalistes ; et, depuis, malgré quelques avertissements pour la forme, reparti, semble-t-il, dans l’oubli. Philippe Sollers (Article paru dans Le Monde des livres du 25.08.89)
Lettre d’Isidore Ducasse du 12 mars 1870 (reproduite dans le livre de Pleynet)
La lettre complète : " Lettre à Monsieur DARASSE Paris, 12 mars 1870. Monsieur, I. Ducasse, 15, rue Vivienne. Bibliothèque Jacques Doucet.
Nom, prénom, pseudonyme, signature : L’Auguste Comte, extraits" Pour en revenir à Lautréamont, il a en effet inauguré un geste très bizarre, de bien des points de vue à la fois, avec ses Poésies qu’il s’était résigné à appeler "publication permanente" dont il aurait été le seul... non seulement écrivain, mais éditeur, distributeur... " Cette publication permanente n’a pas de prix "... Il est probable qu’avant de mourir de cet acte - et probablement de nul autre -, Ducasse s’aperçoit très bien de l’extraordinaire falsification de la circulation des discours, des textes imprimés, de la façon dont ils sont disposés, socialement et historiquement - il s’aperçoit qu’il y a là comme une sorte de théatre très bizarre, c’est-à-dire qu’évidemment les auteurs sont assignés à des tombeaux, autrement dit à des livres, à des oeuvres, et que cette circulation passe par un enjeu de pouvoir qui est découpé et qui est distribué selon des stratégies qui ne sont pas du tout innocentes ; il essaie donc de renverser cela au terme probablement d’une crise très profonde telle que la lucidité occidentale, quand elle écrit, n’en a pas connu de plus grande, puisque rien ne nous permet de penser qu’il ait été fou, bien au contraire, n’est-ce pas. La procédure qui consiste pour lui, dans les Poésies, à réintégrer tous les noms non pas de l’histoire, mais de la formulation en discours de cette histoire, pour les co-signer et les re-signer, est une opération particulièrement insolite qui est du même ordre que celle d’instaurer une publication permanente qui n’aurait pas de prix , opération qui est particulièrement exorbitante de plusieurs points de vue ; c’est le moment où celui que nous continuons à appeler, de façon stupidement et scolairement Lautréamont reprend son nom d’Isidore Ducasse pour faire cette opération. Il abandonne le pseudonyme qu’il s’était donné pour retrouver son nom qui donc n’allait pas de soi (alors que pour la plupart des gens il semblerait que leur nom aille de soi). Lautréamont, c’est quelqu’un qui a besoin de passer par une opération pseudonymique particulièrement complexe pour re-trouver son nom et quand il signe les Poésies (publication permanente qui n’aurait pas de prix ) qu’il interrompt très vite par la mort, comme une signature de l’époque, il reprend son nom. Ce nom c’est Isidore Ducasse. J’ai eu la curiosité - je ne sais pas si vous avez fait attention à ça, je ne sais même pas si je l’ai écrit - j’ai eu la curiosité de me poser la question de savoir un petit peu ce qui se passait autour de cette question du nom d’Isidore Ducasse. L’histoire du pseudonyme est bien connue : Lautréamont - Latréaumont - Eugène Sue - [19] etc. Philippe Sollers, Tel Quel 79, printemps 1979, p. 41-43 (repris dans Théorie des exceptions, Folio 28, 1986). Les Chants de Maldoror (Chant 1er) sur Littérature audio.com et, ci-dessous : Philippe Léotard lit le Chant IV
[1] François Meyronnis parle également de Lautréamont sur parolesdesjours : Jouissance infinie du langage [2] A la chinoise : « D’une main et de l’autre main. La micro-séquence "contradiction" est ainsi la scène d’un concept vide, clivé, où deux comprend un qui se divise en deux : en même temps et ensemble l’un et l’autre en tant que l’un sans l’autre . » écrit Sollers dans Sur la contradiction. [3] Sources, entre autres : Marcelin Pleynet, Lautréamont politique, 1971. [4] ![]() [5] Désormais réédité dans les Oeuvres complètes de Lautréamont, Pléiade, p. 508. A.G. : note du 8 octobre 2009. [6] Pages 107-146 du livre publié dans la collection "Ecrivains de toujours". [7] ![]() Sur la couverture : l’agrandissement du cachet aux initiales d’Isidore Ducasse. [8] Voir Philippe Forest, Histoire de Tel Quel, p. 289. [9] Articles au demeurant passionnants quand on les relit, quarante ans après, jour pour jour, loin des polémiques de l’époque (qu’il n’est pourtant pas question d’oblitérer)
Aragon. "Lautréamont et nous"
Les Lettres françaises, 8-14 juin 1967
Aragon. "Lautréamont et nous" (extrait)
Archives A.G.
[10] ![]() [11] Dans la bibliographie de son Lautréamont par lui-même, M. Pleynet ne cite que deux livres : [12] Tel Quel s’apprête à rompre avec le PCF. Ce sera le Mouvement de juin 1971. [13] Le numéro de la revue s’ouvre sur la lecture par Sollers du texte de Mao De la contradiction, lu un peu plus d’an auparavant au Groupe d’Etudes Théoriques de Tel Quel et publié sous le titre Sur la contradiction. [14] Toute la dernière partie du livre est consacrée à une longue analyse du roman de Sollers Nombres (avril 1968) dont le titre — La dissémination — donne le titre du volume en son entier. [15] [16] Repris dans Théorie des exceptions. A noter que Frans De Haes a publié Images de Lautréamont. Histoire d’une renommée et état de la question, Ed. J. Duculot ; 1970, Gembloux (Belgique). [17] I. Ducasse écrit dans Poésies II : " Le bien est la victoire sur le mal, la négation du mal. Si l’on chante le bien, le mal est éliminé par cet acte congru. " L’interprétation par Aragon de ces phrases pour expliquer son propre itinéraire n’est paradoxal qu’en apparence : c’est bien au nom d’une certaine idée du "bien" que le puritanisme stalinien a toujours combattu sur le "front littéraire" ou ailleurs. A l’évidence, ce ne fut pas un moindre mal. Comme dit encore Ducasse : " Je ne connais pas d’obstacle qui passe les forces de l’esprit, sauf la vérité. " Il y faut le temps. [18] Voir . [19] ![]() Marcelin Pleynet, Lautréamont politique (1971) : " Ce qui est inscrit en tête de l’édition des Chants de Maldoror, ce nom de Lautréamont, avant d’être un pseudonyme, est un programme, sur lequel on ne s’arrêtera jamais assez. En effet, avant même que le lecteur n’ouvre le livre, avant même qu’il n’en lise le titre, il est déjà entré dans ce qui constitue le travail de l’écrivain, à savoir la transformation du titre du roman d’Eugène Sue LATREAuMONT en un nom LAuTREAMONT venant signer un "autre" roman. Le fait que les deux premières éditions du Chant I soient parues sans signature, ne change en rien le rôle rempli par le pseudonyme, et vient tout simplement signifier qu’avec la seule lecture de ce Chant I, le programme ne saurait être rempli. De la même façon lorsque à la cinquième strophe du Chant VI, Maldoror écrit à Mervyn, n’en étant qu’à la préparation de son projet, il se contente de "Trois étoiles au lieu d’une signature... " (Chant VI, str. 5), ces mêmes trois étoiles qui signèrent les deux premières publications du Chant I. ". [20] Note de Sollers : " Isidore-Auguste-François-Marie Comte est mort à Paris en 1857. De l’Ecole polytechnique au "culte de l’Humanité, etc. Isidore Ducasse vient en principe à Paris pour préparer Polytechnique... Et, en effet, s’agissant de littérature, il est polytechnicien. " |
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