Être là en son Temps (et in saecula)
Illuminations du Temps dans les romans de Sollers


Article du 14-10-07 actualisé le 26-03-09

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« Lorsque l’oreille écoute clairement et que l’oeil regarde de façon pénétrante, cela s’appelle l’ « illumination ». »

Extrait du Huainan zi, Chapitre VII, Des esprits essentiels, (Pléiade, p.302).

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« [...] Change nos lots, crible les fléaux, à commencer par le temps [1]", te chantent les enfants. « Elève n’importe où la substance de nos fortunes et de nos voeux » on t’en prie.
Arrivée de toujours qui t’en iras partout. »

Rimbaud, Illuminations.

« [...] est en train d’advenir un évènement, que nous n’avons pas inventé nous-mêmes ; il ne s’agit de rien de moins que de l’émergence d’une mutation de notre être entier dans son rapport à la puissance du temps [...] »

Heidegger, La logique comme question en quête de la pleine essence du langage, 1934 [2]

« Est-ce que l’aède est plus là que tous ceux qui sont là ? Bien sûr, c’est lui qui fait qu’il y a de l’être là, en convoquant tous les temps dans celui de son chant. Ce qui est haï, c’est cette mise à disposition du temps par lui-même. L’esprit de vengeance n’est rien d’autre. »

Philippe Sollers, Guerres secrètes, carnetsnord, 2007.



« On procède par illuminations successives. Roman ? Mais oui, le mot convient, c’est une expérience, mais c’est aussi un roman. La preuve. Quant à "illuminations", on peut se demander pourquoi ce titre occupe la place du diamant ignoré au beau milieu de la prose mondiale. »

C’est ce qu’on peut lire " au beau milieu " de L’étoile des amants.
Et, depuis plus de quarante ans, ça se répète. Illuminations, visions, révélations, images, lumières, pensées — « GRANDE PENSÉE » — , diamants ignorés au beau milieu de chaque roman.

« — Vous faites beaucoup de citations.
— Ce ne sont pas des citations, mais des preuves.
— Des preuves de quoi ?
Qu’il n’y a qu’une seule expérience fondamentale à travers le temps. Formes différentes, noms différents, mais une même chose. Et c’est là précisément le roman. »

Des citations ? Des preuves ? Elles sont là, expressément. Prenez le temps de les lire.

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L’entre-deux

« Il ne faut pas dormir, pas encore. Souvent, il sera resté ainsi éveillé sans motif, dans un coin du salon ou de la bibliothèque ; veilleur solitaire, discret ; inexplicable et gratuite présence à une telle heure, en un tel lieu ; assis, immobile, n’attendant rien, attendant. Et pas seulement les nuits qui précédaient un voyage, mais pour rien, les yeux ouverts, fixant le tapis à ramages rouges, le parquet. Tout à l’heure, il prendrait la valise près de la porte, il sortirait, il descendrait les marches du perron, irait par la grande allée du jardin, vers la grille, un coq chanterait dans la basse-cour. Et ce serait l’odeur fraîche et mouillée des pelouses, la feuille humide arrachée en passant au laurier, le chemin noir, la rue déserte et sombre, et la gare, là-bas, vers laquelle il commencerait de courir...

Ou bien, pendant des heures, les yeux brûlés de fatigue, il restait là comme s’il prenait à la fois toutes les distances de la pièce et les résumait en lui ; comme s’il voulait persister dans l’entre-deux au-delà des limites permises, conserver chaque seconde à l’intérieur de la suivante (et, en même temps, devenir leur succession instantanée, leur invisible différence imagée par le décor) ; comme s’il tentait de pousser le regard à un point de rupture insoupçonné, provoquer la crise décisive, supprimer le spectacle ou, au contraire, s’y transférer... Recommençant, se répétant, continuant contre l’évidence, contre toute raison (sait-on jamais, peut-être suffit-il d’y penser, d’assister, d’insister, au hasard, dans le même sens). Se forçant à vivre le bois, les étoffes ; retrouvant une route ici, sur cette latte ; et, là, sous le fauteuil, la topographie d’anciens combats, le lac où trente soldats avaient fait naufrage, la forêt des pièges, la plaine des batailles rangées... Souterrain, ce canapé où passait le train électrique roulant vers la mer, la longeait durant l’après-midi ensoleillé (elle fume dans le couloir, le visage penché de biais à la fenêtre, ses cheveux rejetés sur le côté, et le train qui la ramène ralentit aux abords de la ville dont les lumières, soudain, se multiplient) ; villes et jardins suspendus, les fauteuils ; et la table, près de la fenêtre aux rideaux fermés, figurait le pupitre éclairé du chef d’orchestre avant que se dévoile la scène (quand, de l’autre côté, tout se prépare, change, déménage et peut-être disparaît). »

Le parc, 1961, Seuil, p. 78-80.

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Etre là

« Etre là, c’est en effet la question, la seule. [3] Celle qui ne peut que le précéder : il habite en elle, il ne saurait entièrement la remplir. S’il lui arrive d’envisager qu’il y a un " mot de l’énigme ", alors, bien entendu, sa position devient intenable (elle l’est cependant de toute façon) : comme s’il parcourait sans fin une ellipse généralisée dont il n’occupe qu’un des foyers, comme si, à tout ce qu’il pourra dire, manquait d’avance ce mot en vue duquel il est obligé de parler... Il se réveille ainsi, de temps en temps : " toujours pas ". Ce tableau, par exemple, est maintenant regardé à travers lui comme de l’endroit le plus reculé de l’histoire : et ce n’est qu’un fond vert strié de marron (la lisière d’un bois, si l’on veut s’arrêter, vers laquelle mène un chemin dissimulé sous les herbes), et toute l’énigme se trouve là comme ailleurs. Ou alors, il se laisse aller à habiter par l’intérieur un pays habité à l’air raréfié - gestes et nombres naissant les uns dans les autres, rythme imaginaire de lignes, de contours, de paroles possibles ; commencements où des silhouettes de femmes apparaissent libres et sans pesanteur, prairies jaunes à peine effleurées, ciels entre l’étoffe et l’eau... Passons. »

Drame, 1965, Seuil, coll. Tel Quel, p. 82-83.

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L’intervalle

« 4.56. (cependant vous gardez avec le récit un contact aigu, géométrique fixe, lisse... Cette jonction a lieu malgré vous : glissés dans vos habits, apparaissant dans chaque repos et chaque débris... Il y a une rotation qui ne peut être à la fois celle de l’ensemble et la vôtre, une façon de se frayer un chemin à travers les noms connus et appris, de retarder le flot, de renverser et de diviser ce qui est là, s’étale, s’annule et s’oublie... Vide —> étincelle —> point —> son —> lueur —> semence —>... Et cela peut en effet se noter ainsi : |—| |—| |—| |—|, scansion où vous êtes à la fois la ligne et l’absence... Vous pouvez, depuis ce rythme, vous relever lentement, rassembler votre pan d’espace, sentir la colonne d’os s’assouplir en vous, les mains retrouver leurs doigts, les yeux venir s’adapter aux yeux circulaires, les poumons s’insérer dans le battement alvéolaire du jour... Le réseau où vous vous éveillez est donc à chaque fois plus relâché, plus court... Tout ce que vous avez dit, cru, joué, tenté ou imaginé se réduit maintenant à un intervalle, un bord, et c’est comme si l’air s’ouvrait avec vous, derrière votre poitrine, votre ombre, l’infini diffusé partout sans effort [4] — " un intervalle ouvert est un voisinage pour chacun de ses points " — et le calcul a lieu en effet plus loin et vous êtes là comme une ponctuation double tandis que la précision des machines suspendues dans le vide permet de surveiller le procès en cours... Tournant autour de votre histoire, s’insinuant en elle et la comprenant, touchant votre apparition provisoire, il y a donc ce qui porte vos rêves, votre argent, vos lois, vos guerres, ce qui a été appelé "sacré", "énigme", "secret"... Et vous respirez là-dedans sans mystère, vous sentez déjà l’explosion qui fait de vous un trait parmi d’autres traits) — »

Nombres, 1968, Seuil, coll. Tel Quel, p. 73.

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Agis et sois là

« et donc marche encore, agis et sois là, désembrouille-toi en avant derrière, chaque point-déchiffre est un nerf de joie, un déclic à chaud dénouant cellule, chaque son nouveau te refait globule... Pschtt canal divise en étages musicalamage et pinson quoiquoi. Extrême satyre, tu te plais mouvant ? Tu sautes la loi ? En passant devant ? Evite, repars, et lâche ton lest, la substance est rance, tourne-la qui danse, suis ton injection, ta jectivation dans le sub de l’ob et le tubazob, la substantiflic de la frication, active, salive, tire-toi les tifs en vaginatif ! Excite l’étym ! Redescends la mine ! Ça cause, ça plaît, et puis ça recause son alter-effet, son sursum corda abracadabra. Habemus ad neutrinum ! Dominus vopiscus ! Amène... Ouftre ! Wipe your glosses with what you know. Le cloître, fleurance ! Tout le bleu du bleu dans l’or bleu jardin, colonnes tintées air bleu violoné ! Trop physiques, ils n’arrivent pas à sauter leur métaphysique. Motus, silésius ! Et in saecula ! »

Lois, 1972, Seuil, coll. Tel Quel, p. 76.

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L’image du temps

« et nous sommes là oui c’est bizarre fleuris de comètes voudrais-je en être une oui parce qu’elles ont la rapidité de l’oiseau et bientôt nous serons un chant mais l’image du temps quand l’esprit infini la déploie est dressée devant nous signe que entre lui et d’autres est un lien entre lui et d’autres puissances ou encore les éléments et les vieilles lois de la terre et toujours dans l’étendue sans frein va un souhait ou encore nous laisser bercer comme dans un oscillant canot de la mer ou encore la neige comme le muguet de mai indice où qu’elle soit brille sur les prairies vertes ou encore lorsque le bleu s’efface le simple bleu surgit in lieblicher blaue ou encore comme la vapeur ardente qui brûle au-dessus des villes le soleil va au-dessus des murs suspendus de la pluie ou encore la nuit fait jaillir des étincelles de la pierre aiguë du jour et au crépuscule encore une harpe frémit vers la mer fuse l’éclat de la chasse ou encore l’égyptienne la gorge nue s’est assise sans cesser de chanter rendue dans la forêt près du feu ou encore des garçons jouent habitués à une vie fraîche comme la perle ou encore les coursiers ombrageux trempés de sueur ou encore les portes mêmes venant de la nature gardent l’image des arbres et les images sont parfois si simples qu’on a réellement peur de les écrire existe-t-il une mesure non les mondes ne suspendent pas le cours du tonnerre joli ruisseau tu nous touches quand tu roules clair comme l’oeil dans la voie lactée ainsi de nouveau chaque instant tiré comme une flèche du fond de l’obscur il suffit d’un flocon pour fausser la cloche quand tu dors dit-elle tu caresses ton bras levé tu as dû traverser le coma du côté où le soleil plante et voilà on descend l’air siffle il y a un cheval blanc dans les jardins et alors il s’est arrêté et m’a donné son manteau je n’en revenais pas c’est la chance rien à voir avec l’illusion c’est le tourbillon pas besoin d’insister pour faire croire à une pensée en-deçà nerveux non-pensé lisez-moi lentement s’agit pas d’une crise on est dans le miel ce qui reste ici est toujours enfantin »

H, 1973, Seuil, coll. Tel Quel, p. 126-127.

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La grande pensée

« au fond seuls subsisteront ceux qui croient leur existence capable de se répéter éternellement et parmi ceux-là on verra se réaliser un état tel qu’aucun utopiste n’en a rêvé ou plutôt on ne le verra pas du tout se déroulera de façon masquée personne n’assistera à ce mur vitré car ici réalisation et disparition sont simultanées ni enregistrement ni mesure pas d’émissions timbres badges monnaies pas d’échos néant des symboles on ne se souvient de rien on ne commémore rien on n’enseigne rien on n’a rien la chose est seule en parole et je suis le premier non pas à me répéter mais à oser répéter la répétition répétée en fonction de ce qui m’oblige à me répéter et donc si j’écris la répétition répétée c’est pour rendre chaque fois répété le goût de la répétition dans la répétition révélée à moi aussi elle est arrivée la grande pensée [5] elle m’a lentement contourné noyé elle a pris son temps à ma place il s’agit d’une expérience toute personnelle que rien n’oblige à communiquer mais le ravissement qui en ruisselle déborde malgré nous les tasses et va bleuir le papier et le papier à ce moment-là est un buvard assoiffé ozone carbone argile rayée comment vous faire sentir là en plein sang cerveau la matrice l’évaporation en coulisses feu sans fumée l’état général de l’homme est celui où il peut à la fois aimer une chose et s’en moquer c’est dans les profondeurs du fond de l’abîme que l’on goutte le bonheur de tout ce qui clair sûr superficiel bariolé de l’audace encore de l’espace toujours plus d’impasse je l’appelle une pensée mais ce n’est pas vraiment une pensée à peine l’effort vers penser à peine le moule d’une pensée qui ne peut pas être complète en pensée il y a d’abord la prière puis le chant puis le cri puis le souvenir du cri et puis l’absence de souvenir aiguë comme un cri et c’est alors que la vérité sort du puits toujours à demi sans appui collier de mantras technique minutée solfège manège car dès qu’un sujet s’est parfaitement identifié à une langue il devient toutes les langues et du même coup une humanité et à partir de là c’est comme s’il mouvait la nature entière comme si elle remuait en lui ses matières mais où vont ces torrents en toi rien qu’en toi si tu peux être enfin leur delta non pas retour éternel du même apparent mais du même coefficient différent par rapport au même et à tous les mêmes essayant d’empêcher la catastrophe du différent latent qui les tend j’appelle ça l’inun c’est-à-dire le dedans de l’un toujours vécu du dehors erreur genre unain car l’inun n’est ni le zéro ni le un mais ce qui échappe sans cesse à la loi d’être l’autre ou l’un c’est zéro en même temps que un et un pendant le zéro pris pour un et aussi moins-un trois-en-un versé dans zéro sans un via plus un c’est l’aleph transi cours mimun bref l’inun abolit le un et le pose et le pèse en le prisant prose le respire explose car au vrai commencement est l’inun et l’inun dit au commencement était le verbe simplement pour dire zéro-un et moi l’inun je me retire de l’existence comme de la non-existence je vous laisse compter les destins ou encore j’écrirai un jour un livre pour chacun et aucun pour toutes les unes et pas une je vous ferai signe ni soleil ni lune au moment voulu coeur sans reins donc j’ai eu cette pensée ou plutôt cette pensée est née en moi et m’a effacé où plutôt j’ai toujours été cette pensée mais sans oser la pensée et maintenant je me penche sur ce soi-disant passé où je ne n’avais pas ma force en pensée je le pense comme s’il y avait une pensée non pensée comme une poussée sève en bourgeon mal branché comme une cellule usée médusée tiens me revoilà là et là encore là et là et puis là bandes dessinées bulles zooms lueurs dans les cendres décidément j’en ai plein la tête de cette planète elle poursuit en moi ses canaux ses fêtes elle me vit sans moi partout malgré moi »

Paradis, 1981, Edition Points, page 178-180.

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La phrase sans aucun rapport

« Tout cela pour en venir au clou de l’affaire. A la vraie découverte. A l’Amérique nouvelle de la situation. A l’audace la plus grandiose. Au scoop. J’ai nommé, bien entendu,  la phrase sans aucun rapport . Le message féminin qui doit déclencher l’éjaculation. Nous avons là, mesdames et messieurs, une invention remarquable, un véritable tournant dans les annales de l’humanité. Le traitement radical du fameux malaise dans la civilisation. De l’incompréhension entre les sexes, source de toutes les insatisfactions et de tous les maux. C’est à ce propos que j’ai eu le plus de mal avec Sophie, d’ailleurs. On touche ici une limite brûlante. Le processus prétendument naturel est nié jusqu’au fond, mais c’est normal, nous sommes en guerre. Il faut un code, une grille, un chiffre, des messages vraiment adressés. C’est drôle, je n’en aurais peut-être pas eu l’idée sans Radio Londres. « Et voici quelques messages personnels : la rosée était abondante ce matin. Je répète : la rosée était abondante ce matin. » « Les renards n’ont pas forcément la rage. Je répète : les renards n’ont pas forcément la rage. » Voix appliquée, sur fond de brouillage, interceptions ondulantes, bulles et cloques du son. Cela devait vouloir dire qu’un type, quelque part, allait partir mettre une bombe, faire sauter un train, attendre un bateau dans une crique dérobée, un atterrissage ou un parachutage, la nuit, dans un pré. Mais il faut imaginer, maintenant, la scène suivante : une jolie jeune femme, nue, avec ses souliers, son porte-jarretelles et ses bas, se faisant baiser par un bonhomme habillé et simplement débraguetté devant une glace, jouissant visiblement de sa propre image, de son portrait enflammé et glorieux, et disant tout à coup, d’une voix neutre, indifférente : « je crois que je vais mettre une autre robe pour sortir ce soir », ou bien : « il a vraiment fait très chaud aujourd’hui », ou encore : « rappelez-moi d’acheter des roses en rentrant » - phrases qui déclenchent sur-le-champ et comme automatiquement la jouissance et le spasme de son partenaire. Voilà. Nous sommes au c ?ur du sujet. Au comble de la communication incommunicable, divisée, divergente, contradictoire. Évidemment, la « phrase sans aucun rapport » est décidée à l’avance d’un commun accord. Ou plutôt, elle doit être une trouvaille du partenaire féminin, et l’homme, informé à l’avance, doit s’y conformer à la lettre. Tel est le principe de la transaction, image de toutes les transactions possibles... L’élément verbal est prédominant. Le dispositif est celui d’une sorte de roulette puisque le moment où la phrase sera prononcée est du seul ressort de l’élément féminin. On dirait la mise en place d’un attentat. Et en effet on tient là le moteur, la matrice abstraite de tout terrorisme, une mort soudaine, à l’envers, qui réclame, de la part de l’élément masculin, une maîtrise nerveuse complète. »

Portait du Joueur, 1984, Folio, p. 164.

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Le néantomètre. Révolution des temps

« Je dors un peu ? Non, pas moyen... Je sens arriver un petit règlement de comptes... Tant pis, il faut payer... Il va épilepter, le con... C’est toujours plus profond qu’on ne croit, le corps, plein de recoins oubliés, de réserves, de couloirs, de creux, caves, anfractuosités, niches, trappes, rivières, c’est une montagne à l’envers, un temple négatif dont seule une partie s’éclaire par en haut, là-bas, parmi les images, au milieu des autres marionnettes à images... Et voilà l’éboulement... Je me rattrape au lavabo, évitant le coin de justesse... A genoux, maintenant, et grognant sous la douleur en marteau piqueur... " Et l’ombre de la nuit enveloppe ses yeux "... Vengeance de Virgile... Je me tiens le crâne plein de sang, je parviens à m’allonger en douceur, bavant un peu, joue droite sur les carreaux blancs, je lâche... Ici : écran de publicité. Ce qu’on veut : matelas, magnétoscopes, savon, dentifrice, jus de fruits, rouge à lèvres, huile, outils de jardin, alcool sans alcool... Et un quart d’heure après, le narrateur, héros d’endurance, regardant sa montre : trois heures du matin, toujours dans la salle de bain... Et le narrateur se dit qu’il a inventé un tout nouvel appareil, à usage purement interne... Un compteur vivant. Un calculateur d’une extrême précision. Une pile sans précédent, à chiffres phosphorescents. Son nom ? Le néantomètre . Sa fonction ? Mesurer le coefficient d’irradiation de la néantisation permanente sur l’animal humain. Ses augmentations brusques. Ses pointes. Une sorte de pacemaker cardiaque, branché directement sur le battement. Un élément du corium d’une centrale atomique, en somme. L’humanoïde relevant son néantomètre... Alerte rouge... puis se berçant lui-même comme un bébé... Eh oui, il faut tout faire aujourd’hui... Se conduisant au lit par la main... Se bordant avec un baiser mental sur le front, là ; là, tranquille... Se faisant même une petite prière... Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit... Gardant son goût des spéculations... Pensant puisqu’il y a le filioque, et que les trois Personnes sont à égalité de réalité et de jouissance, qu’on pourrait aussi bien dire au nom du Saint-Esprit, du Fils et du Père... Ou encore : au nom du Fils, du Père et du Saint-Esprit... Mais là, vous mettez l’accent sur la procession, n’est-ce pas, plus que sur l’engendrement... Ca ne nous rapproche pas des Russes... Des orthodoxes... Puisqu’ils pensent, eux, que le Saint-Esprit est issu du Père per filium ... Ce Père-per ne m’inspire aucune confiance... C’est donner trop de clarinette à papa... Per filium  ! Voilà qui sent sa sodomie, son pope-corne... Les voiles de Maman-pesanteur s’agitant derrière... Au nom du Saint-Esprit, du Fils et du Père : cet ordre, en revanche, me plaît de plus en plus... Révolution des temps... Crise des temps... Il suffisait d’y penser... Ca repose... Et voilà comment on s’endort, tous les trois : l’humanoïde, son néantomètre et moi. »

Le coeur absolu, 1987, Folio, p. 242-243.

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Je suis là. Fleur des temps

« il ne reste donc plus qu’à prier maintenant jour et nuit et dans l’intervalle du jour dans la nuit et à chaque instant dans le jour clinant vers la nuit je me réveille je prie avant même la pensée d’être réveillé en pensée avant la sensation énervée qu’il y une terre des jours et des nuits d’autres nuits toute la question est là dessous dessous maintenant toujours plus dessous par dessous tenir la nuit dans la nuit tenir dans l’audition qui précède et suit la nuit hors des nuits et puis revenir parler parler dans la nuit l’ajuster le resouffle en nuit dans ses nuits voix lumière écho des lumières voix vidée néant des lumières frisson transe splendor paternae gloriae de luce lucem proferens lux lucis et fons luminis diem dies inluminans et ainsi de suite lumière sur lumière paupières fermées voile rouge soleil clouant flot de sang opération d’ombre en silence je suis là je suis de nouveau là je là sur le toit je viens de regarder les photos en retrouvant le moment où j’étais je là bien en moi et maintenant de nouveau avec plume d’or là bleu d’encre elle flambe là maintenant aigüe divisée elle m’éblouit un instant comme le jour d’autrefois où j’écrivais couché sur le toit et ainsi de suite fausse suite toujours à la suite comme si tout ça se déplaçait par anneaux brillant s’enroulant et moi là-dedans jamais ça exactement ça suivant la parole jamais fixé çà ou là toujours la parole désert buissonnant tout à coup soulevé brûlant balbutiant et ainsi de suite j’enlève mes sandales je rentre dedans et je suis dedans maintenant je suis qui je suis je suis qui je serai qui je suis je serai qui je suis et ainsi de suite rayon reprenant son rayon rivière fleur des temps »

Paradis II, 1986, Gallimard, p. 54-55.

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Ilya. Le poudroiement intime du temps.

« Le matin, le soleil raccourcit les distances, les yeux portent loin et tout près, l’oeil est comme dans l’oeil de sa perle close. On tient le le globe. Et de même que, dans la nuit, le cercle se referme et se met à plat, chaque matin-perle roule dans sa nacre, dans sa cornée, comme un dé. Là-bas, je vais le toucher là-bas, l’horizon, avec la main, avec une main mentale, mais en même temps la fleur, devant moi, cette rose, s’enlève avec un fracas silencieux. Il y a un soir, il y a un matin. Une racine d’obscurité, une autre de clarté. Ilya . Les étoiles filantes sont comme des lys d’or. On est dans l’anticyclone sec, ami des poumons, des contours. La lutte pour l’espace et le temps ne s’arrête pas une seconde.
Je suis au sud. Je regarde au nord. A droite, rose léger. Le soir, à gauche, couchant rouge. Nuit d’ardoise. On voudrait écrire directement là-dessus, à la craie.
La lune, tôt, fond bleu, trace blanche : un peu de lait, empreinte du pouce nocturne, à demi effacé, au bas du passeport jour.
Dans la brume bleutée permanente, matin et soir finissent par coïncider. C’est le temps vertical, la grande paix. Du geste du matin au geste du soir, c’est comme s’il s’était écoulé d’abord une heure, ensuite une demi-heure, puis un quart d’heure, puis dix minutes, puis deux minutes, puis une minute, puis trente secondes, puis dix secondes — et bientôt c’est le poudroiement intime du temps, j’enchaîne à pic, sans mémoire, le moment vient où je n’aurai plus la possibilité de noter.
Expédition de l’instant, loin, à côté, en Chine, croisière jaune, empire du milieu, tout a disparu, mer sableuse.
Mais le bleu et le blanc, plus ou moins profonds, taches mouvantes, ciel et eau, sont bien comme dans les vases innombrables, moine et disciple sous les pommiers en fleur, " ce monde est un vase sacré, impossible de le façonner ".
Et aussi : " Connais le blanc, adhère au noir. "
Je ne dirai jamais assez de bien du chinois, Reine, chacun de ses caractères, même le plus banal, m’aide à vivre. Tch’ong  : l’eau jaillissante et le vide, vase qui ne se remplit jamais, ou si vous voulez davantage, profondeur insondable où tous les phénomènes se réalisent. Pourtant, tch’ong suffit. Quant au Saint et au Sage, il s’assoit face au Sud, et voilà tout.
Voilà tout .
Vers trois heures et demie du matin, donc, avec pour seuls témoins les feux dispersés de la côte, je me lève, je vais dans le jardin, pierrot lunaire, je développe en moi mes photos de la journée. La nuit est bouclée. Elle est enceinte du vide. Le noir se referme avec la dernière cigarette écrasée dans le gravier. Le pin parasol est l’arbre conseil. Le vent se lève, les étoiles brillent un peu plus.
" L’espace peut être rempli au point que l’air semble ne plus y passer, tout en contenant des vides tels que les chevaux peuvent y gambader à l’aise. "
Ou encore : " Il faut que le vrai vide soit plus pleinement habité que le plein. "
Assemblage air-vent-mer-fleurs-oiseaux. Les phrases à l’écoute. »

Le lys d’or, 1989, Gallimard, p. 133-134.

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Cézanne. Montagne Sainte-Victoire



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Le jour des temps

« Le temps ne travaille pas, c’est pourquoi il t’est favorable. Pourquoi l’image de la nuit des temps ? C’est le jour des temps qu’il faudrait dire. Vertical, infini, lumières sur lumières, rouleau des lumières [6]. Laisse venir ce qui vient. La veille de la Pentecôte, en Italie, les églises se couvrent d’affiches "Vieni Spirito Santo", avec des des petites langues de feu, derrière les mots, descendant à pic sur les coupoles... Et il se produisit comme un grondement, et un coup de vent, ou un souffle, qui emplit toute la maison. Et des langues de feu apparurent, et se divisèrent, et vinrent se poser sur eux. Et ils commencèrent à parler dans des langues qu’ils ne connaissaient pourtant pas. Et les témoins s’étonnèrent. Et on en parle encore. Et chacun comprend ce qu’il peut comprendre. La troisième Personne disant je en multitraduction simultanée, ce n’est pas courant, surtout accompagnée des deux autres qui, tout en restant distinctes, n’en font qu’une, de façon manifeste, à ce moment-là. Raison pour laquelle le dimanche de la Trinité suit immédiatement celui des langues de flammes. Ouf, on est enfin arrivé à trois ! Quel accouchement ! Quel travail ! C’est la guerre du Trois. Contre le un qui se croit tout, le deux qui veut sans fin ne faire qu’un, le zéro qui les habite et les mine, toi c’est moi, moi c’est toi, il n’y a que moi, je suis plus que toi, tout mais pas toi... Ou bien : plutôt être rien que moi ! Ou encore : tu as tort d’être toi si tu es à moi... Et ainsi de suite, un-deux, un-deux, zéro, et encore un-deux... Et pourtant, pauvre animalcule, rien ne dépasse ce qui se joue dans ton intérieur que tu méconnais vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Splendeur du dedans, qui te dira de nouveau ? Je te salue ! Je fais mon signe de trois : au nom du Père ; en toi ! Au nom du Fils ; en toi ! Au nom du Saint-Esprit ; en toi ! Je suis en trois, maintenant, à jamais, pendant que la nuit augmente. Une grande tapisserie a couvert le ciel, un fleuve de nuages blancs et gris, du nord au sud. Le noir est arrivé pendant que j’écrivais ; j’ai raccompagné Jeff jusqu’à son lit ; j’ai vu, par la porte entrouverte de sa chambre, que Judith dormait après avoir posé ses livres à côté d’elle sur le parquet ; j’ai eu, une fois de plus, en traversant le jardin la vision du spectacle se renouvelant sans cesse devant le spectateur impassible. " Comment discriminer le spectateur du spectacle ? ", c’est la question que posent les vieux traités indiens. Je répétais plutôt le mot inside , je sentais le pressement de main de Mother : en toi ! en toi !... Je m’efface en toi, tu t’effaceras en toi, l’amour et la vérité sont en toi, et Dieu est en toi, nulle part ailleurs... En toi ? Comment se fait-il que personne, ou presque, n’en ait la révélation éblouissante ? Écoute ! Regarde ! Souviens-toi ! Sens ! Touche ! Goûte ! comprends ! A l’instant ! Je. Tu. Il ? En toi ! Pas le moindre nous, vous, ou ils, dans le jeu ! Nous, cette croyance délirante en un qui se veut deux, pour empêcher le d’être un à lui tout seul. Trois, au contraire, toujours trois qui sont un, sans cesser d’être trois ! En toi ! En toi ! En toi ! »

Le secret, 1992, Gallimard, p. 131-132.

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Le milieu du temps

« Le Rhin et le Rhône sont germains, la Seine romaine, la Garonne grecque. On contourne l’éblouissement du Midi par la réflexion atlantique, l’étendue protégée où se trouvent les Hespérides. On peut aller jusqu’en Amérique, mais cela, à la longue, ne servira pas à grand-chose, il faudra revenir au port. Voilà ce que voit Hölderlin dans son poème Andenken [7]. Je le relis souvent. Alors, je me retrouve là-bas, dans le jardin sombre entouré de vignes, sous la protection du " feu du ciel ". Alors, le vent du nord-est souffle, présage heureux pour les navigateurs, et je vois la " belle Garonne " devant moi, vaste, pensive, argentée, avec son sentier qui " longe la rive exacte ". Alors, Maria ressurgit comme aux " jours de fêtes, les femmes de ces lieux, les femmes brunes allant sur le sol de soie ". On est en mars, c’est le milieu du temps où la nuit est égale au jour. Femmes de soie, temps de soie. " Et sur les lents sentiers passent lourds de rêves d’or les souffles berceurs. " Le pollen flotte, les mimosas sont en fleur. On va en promenade jusqu’à " la pointe venteuse, au pied des vignes, où descend la Dordogne, ensemble avec la somptueuse Garonne, large comme la mer ".
Oui, je vois tout cela sans rien voir, c’est une vision pour dormir après avoir bu la " sombre lumière ". Non pas dans une coupe parfumée, comme dit Hölderlin, mais dans un léger verre de cristal qui fait résonner le rouge sang ou l’or des légendes. Et il est vrai que " la mer, qui prend la mémoire, la donne ", puisqu’il s’agit de l’océan, justement, de cet océan-là, et pas d’un autre, de ce vieil océan aux vagues de cristal, de ce fleuve-là, et pas d’un autre, augmenté d’un autre fleuve, qui font que ces deux fleuves forment une mer avant de devenir océan. La mer sans marée se jette dans l’océan qui va et vient sous la lune, et si Bordeaux, avec son croissant, s’appelle le Port de la Lune, ce n’est pas pour rien, mer mêlée au soleil, océan à la lune, opération détournée du temps passant par le mûrissement du raisin et des pins. Le sol soyeux est couvert d’aiguilles, on chausse des espadrilles. Et il est vrai, aussi, que " l’amour rive des yeux attentifs ". De tels yeux attentifs sont rares, l’amour est rare. Pour cette raison, " les poètes fondent ce qui demeure ". Il suffit donc d’entrer dans ce qui demeure. Ici. »

Studio, 1997, Gallimard, p. 118-119.

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L’oubli qui illumine

« L’oubli qui illumine... Ça m’est arrivé une fois près de l’océan, je revois la scène. Il était six heures du matin, l’été se levait une fois de plus sur Long Island, Dora et Clara dormaient encore, tout était silencieux, les mouettes n’avaient pas encore commencé leurs cris. J’étais assis près de l’eau, dans l’herbe. Et tout à coup, glissement bref, je me suis retrouvé sans aucune mémoire, vide complet et même temps noyau dur, comme si la terre s’était refermée sur moi. Elle s’engloutit, elle m’engloutit, éclipse de Terre. Pendant trois secondes ou trois siècles, rien n’a été là, effacement, trou noir. Absorbé, détaché, présent, absent. De l’autre côté, mais du même côté. Sur un plateau : voilà la formule qui s’est présentée d’elle-même. La Terre est bien ronde ? Mais son coeur, c’est quoi ? Ni le sien, ni le mien, ce rien-là, au contraire, en pleine évidence. Je me suis penché en avant pour voir si mon corps était là, si les réflexes fonctionnaient encore. J’ai tendu ma main devant moi, et j’ai vu ma main. J’ai raclé ma gorge, et j’ai entendu ma gorge. Il y avait du gazon, et j’ai été danser un peu sur l’herbe avec un squelette sarcastique (expression venue, elle aussi, toute seule). Votre squelette sarcastique, cher monsieur, vous est servi sur un plateau, en cadeau. Les os voient, les oreilles goûtent, la langue écoute, les yeux palpent et s’enfoncent, la tête est partout à la fois, c’est comme s’il fallait retenir ses jambes et ses bras pour revenir à soi dans un évanouissement lucide. Je me suis mis à rire doucement, tant la situation était inattendue et comique. Le plus drôle, c’est que ça riait en rond en même temps que moi.

Le jour progressait à travers les acacias, à droite, le soleil rouge était déjà dans les branches. Il était très tard, en réalité, tout s’était passé il y a très longtemps, dans un autre horizon, derrière les bois et les digues. Les fleurs se marraient, elles aussi, elles connaissent le truc, elles en vivent. Il ne s’était jamais rien passé, j’étais merveilleusement mort, c’est tout simple. Que d’histoire pour un cube d’air, un coin de nature, juste un léger choc et on est réveillé comme jamais, on voyage comme une ombre parmi les ombres. La vie est un songe, merci de l’avoir rêvé. J’avais eu raison de me taire, de ruser, de me détourner, de m’être soustrait . Le sexe ? Oublié. La mort ? Oubliée. Pas de bile, pas de foie ni d’anus de bile. D’un côté envie, jalousie ; de l’autre distraction, oubli... Il y a une bifurcation, c’est sûr. Regardez, là, tout de suite, leurs gueules fusillées sur place au soleil bébé fric chiottes. Quelle agitation ! Quelle pression !

Je n’avais plus qu’à me rouler gentiment dans l’herbe et dans la rosée. Des kilomètres de prairies respiraient dans le petit jour, des chevaux commençaient à courir les uns près des autres. J’ai mâché des touffes serrées, je les ai recrachées, c’était bon, frais, absurde. La Nature est une splendeur d’ironie. Au bout de l’allée, là-bas, vers l’eau bleue et grise, la maison de bois blanc de style colonial sortait peu à peu de la nuit. Des brins verts m’apparaissaient maintenant un à un jusqu’au vertige. Bon, debout, pyjama trempé, douche chaude, retour silencieux sur la terrasse. Une heure après, Dora s’éveille, dit qu’elle a dormi comme un plomb, Clara descend, demande un thé, s’installe au piano, fait des gammes, esquisse même le Scherzo de Chopin qu’elle doit jouer le lendemain à New York. Le soleil entre violemment dans le grand salon aux coussins jaunes. "Voilà, les enfants", dit Dora en apportant des plateaux. On s’asseoit dehors tous les trois, on se tait, on boit. »

Passion fixe, 2000, Gallimard, p. 171-172.

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Illuminations. Le temps saute par-dessus lui-même

« Ce qui compte est de retrouver un infini tout proche, pour lequel, affirme celui qui était moins fou que la plupart, " on s’embarque comme dans un train dans une étoile ". Regarde : ici, dans le monde enfin réel, la lumière d’un bougeoir sonne . Un édredon est d’un " rouge de moule, d’oursin, de crevettes, de rouget du Midi, de piment roussi ". Tu lis ces mots, tu vois mieux les nuances, la salive te monte à la bouche. Pourtant, le jour, ce matin, est gris couleur d’huître et de lame de couteau tranquille. Tu aimes l’expression " au ras des pâquerettes ", regarde, l’herbe en est toute fleurie, mange-la des yeux, respire. Nous sommes de pauvres enfants, tu me pardonnes d’exister, moi aussi. Pardon. Mais tu es aussi une déesse, et je suis un dieu (tempête dans la salle, le lecteur furieux piétine le livre, tandis que la lectrice, tout en disant haut et fort qu’elle le trouve grotesque, le cache dans un tiroir).
Comment ne pas devenir fou sans se résigner à la folie ambiante ? C’est le problème.

On procède par illuminations successives. Roman ? Mais oui, le mot convient, c’est une expérience, mais c’est aussi un roman. La preuve. Quant à "illuminations", on peut se demander pourquoi ce titre occupe la place du diamant ignoré au beau milieu de la prose mondiale. Les Illuminés de Bavière sont pourtant venus vers nous autrefois sous la forme d’un musicien magique de petite taille [8]. On fait semblant de lire, d’écouter, personne ne se rend compte de rien ? Aucune importance, c’est aussi simple qu’une phrase colorée. Notre opération est modeste : trier, séparer, tresser, réparer les torts, souligner l’essentiel, libérer les morts, expliquer comment ils se sont fait coincer dans les époques fâcheuses et faucheuses. Ils n’ont pas pu sauter par-dessus leur temps, alors qu’aujourd’hui, surprise, le temps saute par-dessus lui-même. Les tranches du passé, ses ornières, ses tunnels, ses charniers, son labyrinthe plombé ne sont pas derrière nous, mais sous nous. " Nous sommes l’affection et le présent, puisque nous avons fait la maison ouverte à l’hiver écumeux et à la rumeur de l’été, nous qui sommes le charme des lieux fuyants et le délice surhumain des stations. Nous sommes l’affection et l’avenir que, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d’extases. Nous sommes l’amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et imprévue, et l’éternité : machine aimée des qualités fatales [9]", etc.
Simplement, la musique est devenue plus intense. Elle était là, mais voilée, assourdie. Maintenant elle jaillit jour et nuit, à travers chaque note éparse. Tu es une note, j’en suis une autre, notons, avançons.
Avertis par le destin, choisis par le destin. Ce n’est même pas "nous" : l’univers chante, puisqu’il est vibration. C’est une batterie de vingt-quatre heures, un aigle blanc et noir, sagesse, force, beauté, sel, soufre, mercure. Le plomb en or, l’oeuvre en blanc. La partition s’écrit toute seule, joie, peur, côté terrifiant, côté jubilant. Milliers d’Asparas, sphères. La nature aime le vide, les cons, lavés du cerveau, en ont horreur.-
- Tu prends le soleil ?
- Je le prends . Drôle d’expression.
- On dit bien prendre son temps ? Son pied ? La fuite ? En grippe ? Au sérieux ? A la légère ? Froid ? Ses distances ? Du champ ? Le large ? Goût ? En charge ? Sur soi ? Un verre ? Des vessies pour des lanternes ? Ses jambes à son coup ?
- Prendre, apprendre, comprendre, surprendre. »

L’étoile des amants, 2002, Gallimard, p. 85-86.

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Révélations. Contraction du temps sur lui-même

« Les séances de temps ont des effets secondaires. Comme toutes les expériences risquées, elles bousculent les clichés, les réflexes, les lois, et, par-dessus tout, la morale et son couvercle de fer. La morale se venge, c’est sa nature. Mais il y a plus intéressant.

Ces révélations, par exemple. Tout à coup, dans un demi-sommeil, l’action fulgurante d’un big-bang, explosion, projection à une vitesse folle, chaos, cosmos, terre, existence, fusée tirée d’on ne sait où. Vitesse du son ? Non, bien plus. De la lumière ? Non, trop lente. C’est une propulsion instantanée à travers la matière, atomes et cellules, un coup de canon dans le vide, coup de semonce, coup de semence, avec pour seul résultat d’être là [10]. Là, mais où ? Plus de . Trouée dans le où. Et voilà une grande certitude sans rien ni personne. C’est là, c’est peut-être moi. Je reprend mon crâne et ma forme habituelle et, en effet, c’est moi.

J’allonge mon bras droit, je touche l’épaule de Ludi endormie à l’autre bout du lit, je ne vais quand même pas la réveiller pour lui dire que je viens de traverser l’univers en même pas un dixième de seconde. Trous noirs, étoiles, énergie noire, ellipse des galaxies, mais aussi la vie sous toutes ses formes, les espèces, les voix, l’Histoire. Je pourrais pourtant essayer de lui raconter ça d’une façon tranquille, elle gémirait un peu son "tu es fou" gentil, avant de me demander deux ou trois heures après ce que j’avais "pris" avant de dormir. H ? Coke ? Héro ? Ecstasy ? Mais non, rien, et d’ailleurs ce n’est pas de moi qu’il s’agit mais d’une déclaration de l’espace sortant du temps et avalé par lui. "Ah oui, bien sûr, tu es fou."

Donc silence. Le jour se lève, un beau jour d’hiver, ciel bleu et nuages de nacre, Ludi est pressée d’aller à ses rendez-vous, je me rendors un peu en tentant de retrouver une trace de mon voyage, coup de feu, coup de dés, hasard. Je respire, je m’étire, je pense, je suis qui je suis, je serai qui je serai, je peux parler, chanter, murmurer. Dix minutes ? Deux siècles. Un jour ? Trois mille ans. Une nuit ? Six mille ans. Et puis non, plus d’horloge. Contraction du temps sur lui-même, si cette formule a sens. Pas de sens.

" Tu as été un nombre incalculable de fois, et toutes choses avec toi - une longue, une immense année se retournant comme un sablier, inlassablement, de sorte que toutes ces années sont toujours égales à elles-mêmes, dans les plus petites et les plus grandes choses. "

De sorte que si je mourais dans quelques instants, je pourrais me dire que je vivrais non pas une vie nouvelle ou une vie meilleure ou une une vie semblable, mais une vie absolument la même que celle dont je décide à présent.

Eh bien, je décide. Et je l’écris. Et rien ni personne ne peut m’en empêcher. Et tout est parfait. Et tout est gratuit.

Avertissement, cependant (je le répète) :
"Les plus forts individus seront ceux qui sauront résister aux lois de l’espèce sans pour autant périr, les isolés. C’est à partir d’eux que se forme la nouvelle noblesse . Mais durant qu’elle se forme, d’innombrables isolés devront périr, parce qu’isolés ils perdront la loi qui conserve et l’air habituel." [11]

Je suis très isolé, mais je garde la loi qui conserve. Je viens de me regarder dans la glace : j’ai l’air habituel. »

Une vie divine, 2006, Folio, pages 248-250.

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La vraie révolution est rétroactive

« Je cherche l’or du temps » a-t-il [André Breton] fait écrire alchimiquement sur sa tombe :
« Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas, cessent d’être perçus contradictoirement. »
C’est dit.

Hier, c’était il y a 20 ans, demain ce sera dans 20 ans, maintenant est une pyramide de 40 ans. Dans 40 ans ce sera aujourd’hui, même si je suis absent des heures et des horloges. Je sors des montres. Je démontre  [12].

Comme l’a dit un penseur planétaire : « Le " maintenant ", notre temps, est le temps aux larges portées. » [13]
Toutes les erreurs, collectives ou personnelles, sont des fautes de temps. Pas besoin d’explications, rien à maintenir mais beaucoup à transmettre, il y a urgence, au diable l’argent. Pas de barrage possible contre le temps, cet océan très peu pacifique. Il s’agit juste d’échapper au contrôle à l’intérieur du contrôle, en évitant d’être marginalisé ou détruit. La Société, c’est-à-dire Dieu, adore les "poètes maudits", les suicidés pour elle, elle a ses martyrs, ses listes, ses mémorials, elle ne pardonne rien à celui qui n’est pas "ensemble". Entre la haine des contrôleurs et celle des marginalisés, sachez naviguer. On vous fera beaucoup la morale. Vous êtes un poison dans leur temps, un requin, un hideux cachalot solitaire.

Le décervelé planétaire croit être au courant de tout, alors qu’il n’est à la coule de rien. Il voit tout à travers son prisme social, il vit social, il travaille social, il meurt social. Pourquoi toutes ces naissances ? Il les faut . Grâce à ce flot ininterrompu, le crime personnel se cache. L’immortalité est-elle génétique ? Certains l’ont cru, et le croient.

En avril 1942, Georges Bataille, atteint de tuberculose pulmonaire, doit quitter son emploi à la Bibliothèque nationale à Paris. En février, il est de passage en Auvergne, et il écrit à son ami André Masson, parti pour les États-Unis. La lettre, comble d’étrangeté, est postée à Vichy :
« L’Europe évidemment est plus voisine du Tibet que du Connecticut. La vie y est sans doute plus étrange qu’on ne l’aperçoit du dehors, on y est replongé dans le fond des temps. Jamais le monde réel ne m’a semblé davantage un rêve : l’air qu’on respire est un air de rêve, un air d’angoisse. Et, chose curieuse, je lâcherais tous les cieux clairs pour la brume où toute chose est ici ensevelie [...] J’ai trop vu de choses et j’en ai trop éprouvé pour m’occuper de ce qui ne trouble pas entièrement les données ordinaires. Je ne connais plus — ou ne suis plus — qu’une force illimitée de négation qui divinise tout ce que je n’ai pas vidé de sens. Et divinisé, cela veut dire aussi pour moi " vide de sens ". Difficile d’envisager à quel point je me sens devenu silencieux, au point d’imaginer que toute parole se briserait si elle me touchait (ou elle se décomposerait ou deviendrait si comique que la phrase finirait en éclat de rire). Tout le reste : je marche de travers, aussi gaiement que jamais, et, si je glisse, je deviens une corde de silence. »

En 1958, autre lettre :
« Dans un monde où l’armée dispose des moyens de tout réduire, il est temps de mettre en oeuvre un enseignement de l’irréductible. Le reste est anachronique. »
En 1944, enfin, pour le centenaire de la naissance de Nietzsche :
« Rien n’est plus séduisant, plus ensoleillé, plus clair que la pensée de Nietzsche. Elle s’exprime en développements brefs et précis, parfois en tirades lyriques, en dithyrambes inspirés. Le style, qu’une influence française consciente dégage de la pesanteur germanique, est peut-être le plus parfait de l’histoire de la langue allemande. »

Pas « peut-être », sûrement. Mais examinons les dates au microscopes. En 1942, en plein désastre, l’Europe est, pour Bataille, plus voisine du Tibet que du Connecticut. Qu’en est-il aujourd’hui ? Elle est certainement plus proche du Sichuan que du Texas, et la force illimité de la négation n’est plus du tout la même. Cependant, en tenant à nouveau « une corde de silence », il est possible, encore une fois, de pratiquer un « enseignement de l’irréductible », tout le reste étant, en effet anachronique . Et, surprise, en français métamorphosé, surgit de nouveau un style de séduction, de clarté, de soleil. [...] »

« La vraie révolution est rétroactive , elle tire à bout portant sur les fausses horloges, le passé fleurit comme l’avenir du présent, les meilleurs des morts vivent et revivent, les pseudo-vivants meurent et remeurent, l’essentiel demeure, et, soudain, une grande bénédiction sans raison envahit le ciel. »

Les voyageurs du Temps , 2009, Gallimard, p. 122-125 et 127.

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[1] C’est moi qui souligne. A.G.

[2] Gallimard, 2008.

[3] C’est moi qui souligne.

[4] C’est moi qui souligne.

[5] Jean-Louis Houdebine note dans son essai sur Le souffle hyperbolique de Philippe Sollers (in Excès de langages, Denoël, L’infini, 1984) que « l’expression « la grande pensée », évoqué par l’énonciateur, fait partie du lexique manichéen ». cf. H.-C. Puech, Sur le manichéisme, éd. Flammarion, 1979, p. 42.

[6] Début de Paradis II : " soleil voix lumière écho des lumières soleil coeur lumière rouleau des lumières "

[7] Sur Andeken voir cet article et aussi celui-là

[8] Allusion aux mouvements alchimiques de Bavière et en particulier celui des "Illuminés de Bavière" fondé en 1776 par Weishaupt et affilié à la franc-maçonnerie dès 1781. ""Le musicien de petite taille " ? Mozart qui aurait été introduit par son parrain : Gemmingen, au sein des "Illuminés de Bavière" à Vienne, en 1783.

[9] Rimbaud, Génie : "Il est l’affection et le présent...". Dans... Illuminations Sollers écrit : " Le premier mot de Génie est une manière de portrait chinois qui ne pourra aboutir à aucun nom, sauf à un pronom singulier : "Il". " (Folio, p. 101). Sollers passe ici du "il" au "nous".

[10] C’est moi qui souligne

[11] Les citations sont de Nietzsche.

[12] Autre sortie des montres :
« Pour incorporer dans notre être-le-là ce concept transformé du temps, il est nécessaire de faire subir à notre manière d’éprouver et d’entendre le temps un changement fondamental, ainsi que d’effectuer une expérience fondamentale et de la faire prévaloir.
Nous ne faisons pas l’expérience du temps originalement en regardant une montre, et en constatant ce qu’il en est quant au temps pris comme un déroulement mesurable au moyen de cette montre, déroulement qui passe vite ou lentement ; ni non plus en mettant chaque fait qui se produit, et en présence duquel nous sommes mis, en rapport avec son moment dans le temps, de façon à pouvoir le dater d’après ce moment. Nous faisons l’expérience du temps seulement, et de manière véritablement propre, lorsque c’est de nous dans notre détermination que nous parvenons à faire l’expérience. »

Heidegger, La logique comme question en quête de la pleine essence du langage, 1934 (Gallimard, 2008, p.151.).

[13] Heidegger.

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Commentaires

  • > Illuminations
    18 mai 2007, par D.

    Merci pour votre réponse précise et rapide, et pour le supplément de trinité (on pourrait, bien sûr, allonger indéfiniment la liste ; voir le chapitre 3 du Lys d’or... Leslie, Odile, Tania... Les trois coups de téléphone en réponse... etc., etc.) Mais n’oublions pas que la trinité n’est pas fermée sur elle-même, qu’il y a l’Immaculée conception (la BVM), et que le trois est toujours un 3+1 (Reine, qui regarde, p.ex....)

    Raté en tout cas pour un Paradis III 33 ans après le début de sa publication, on dirait... Dommage, ça aurait été drôle ! La tête de tout le monde ! Au moment de la non-victoire socialiste, envers de 81, et, comme vous (et Sollers) le faites remarquer, de la énième négation de 68...

    Bien cordialement,

    D.

  • > Illuminations
    14 mai 2007, par A.G.

    La publication de Paradis a commencé dans le numéro 57 de Tel Quel (février 1974).
    La première édition date de janvier 1981 (caractères gras, italiques).
    Des extraits du premier volume ont été republiés dans L’Infini 64, p. 11-20 (décembre 1998). Ils suivent le texte Mai 68, demain.
    Puisque vous avez été touché par la "trinité", voici quelques extraits de la page 18 (p. 291 de l’édition de poche - mai 2001 -, au milieu d’un long passage consacré à Sade) :

    celui qui veut leur procurer une voluptueuse émission doit donc nécessairement s’arranger pour avoir la langue dans leur bouche pour branler les seins avoir un doigt dans le vagin un au clitoris et l’autre au trou du cul qu’il ne se flatte pas d’atteindre le but s’il néglige une seule de ces circonstances voilà d’où vient qu’il faut être au moins trois pour plonger véritablement une femme dans l’ivresse chiffre sacré pour cette même raison non chiffrée le père dans le cul le fils dans le con le saint-esprit dans la bouche

    et aussi :

    tu crois qu’il y a un dieu dis tu crois ça a l’air tellement idiot loin de toi tu penses vraiment qu’il y en a un lequel juif arabe chrétien les trois à la fois

    extrait qui se poursuit ainsi :

    l’un des trois ou parfois l’un sans trois ressortant des trois guerre des trois division des trois (p. 302, passage écrit en 1979).

    On peut méditer sur les chiffres mais aussi sur les dates.
    Bonne lecture.

  • > Illuminations
    13 mai 2007, par D.

    Cher A.G.,

    merci pour ce brillant parcours illuminant. C’est amusant, parce que je viens de tomber, par hasard, il y a un quart d’heure, en feuilletant le Lys d’or, sur le passage avec Ilya... Comme vous semblez être aussi inépuisable en savoir sollersien que Sollers lui-même, je me permets, à propos de trinité, de vous poser une nouvelle fois une question au sujet de Paradis. Nous, qui sommes éclairés et illuminés, savons que ce Paradis doit arriver un jour... (Je plaisante, n’est-ce pas) Mais quand ? "Ni le jour ni l’heure"... "Je viendrai comme un voleur"... Toutefois, je m’avise, quant à moi, "qui sens quelquefois en moi le ridicule d’un prophète", que la publication de Paradis dans Tel quel a cette année... trente-trois ans. Sachant la prédilection de Sollers pour les dates et pour certains nombres (111, 666, voire L’année du Tigre (666+666+666), et pour le 3, et le 33 dans la Divine Comédie, bon, bref, je voulais donc demander au remarquable connaisseur et collectionneur que vous semblez être, si vous pouviez m’indiquer quand a paru cette toute première livraison du feuilleton paradisiaque ? Bien cordialement,

    D.

  • > Illuminations
    12 mai 2007
    Maxi mea culpa !quel ahuri suis -je ?quel catéchuméne surtout ? Le "filioque" (position catholique romaine) se différencie du "per filium"orthodoxe. Mille excuses pour cette confusion ! Je retourne à mon catéchisme.
  • > Illuminations
    8 mai 2007, par A.G.
    Il serait trop long de revenir sur la querelle théologique qui a opposé les partisans romains du filioque et les partisans orthodoxes du per filium.
    Sollers y revient dans plusieurs de ses romans et, sous une forme plus "théorique", dans ses entretiens avec JL Houdebine de 1979 consacrés à Joyce (voir La Trinité de Joyce).
    Photius y est nommé, mais surtout Arius qui a "toute sa vie nié la consubstantialité du Père et du Fils" (Tel Quel 83, p. 45 et suivantes).
    Mais, comme le dit Sollers, "il faudrait reprendre l’étude des hérésies... On ne peut rien comprendre au fonctionnement trinitaire, sous prétexte qu’il est devenu un dogme, sans se rendre compte des énormes difficultés, au cours des temps, qu’ont eues un certain nombre de personnes très raffinées pour le comprendre. Il n’y a rien de plus difficile à démêler".
    Vaste programme.
  • > Illuminations
    6 mai 2007

    Salutations, juste un bref rectificatif à propos de l’extrait du livre de Sollers "Le coeur absolu" ; L’humanoide en question se méprend,ce qui ne l’empécha pas de dormir ,mais la procession du Saint Esprit "per filium" qui à l’air de filer un peu plus de clarinette à papa se trouve être l’hérésie catholique romaine du filioque.

    "Le dogme des septs saints Conciles oecuménique,selon lesquels l’Esprit Saint procéde du Père,a été formulé par le second,recu par le troisiéme,considéré comme saint par le quatriéme,affirmé d’une seule voix par le cinquiéme,reconnu clairement par le sixiéme,scéllé avec éclat dans la lutte par le septiéme.Il est évident que chacun d’entre eux a exprimé et gardé librement cet enseignement vénérable des paroles divines,que l’Esprit procéde du Père,mais pas du Fils." Saint Photius,patriarche de Constantinople(plus orthodoxe que lui tu meurs)