Canardages
Lettres ou pas Lettres du Canard enchaîné


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(PNG) SOLLERS est un insolent. Contre «  l’humanité pleurarde », il écrit le bonheur. Celui qu’il connaît, depuis 1968, avec une femme, Dora, de vingt ans plus âgée que lui : « On aura été très heureux, voilà. C’est très sérieux, le bonheur, c’est la question des questions, l’éternelle idée neuve (...). On vous dit que le bonheur n’existe pas  ? Ne le croyez pas. On vous le vend fourré à la merde ? Insistez, détournez-vous, ne désespérez pas. On vous répète que la vérité c’est l’horreur, la décomposition, la misère, la mort  ? Passez votre chemin (...).  »

Philippe Sollers passe son chemin. Qu’importe qu’il soit traité d’irresponsable, de lâche, d’égoïste, d’immoral ; qu’importe qu’il ait beaucoup changé, bougé, qu’il se soit contredit, qu’il ait avancé, reculé, dérapé, régressé ... car, dit-il, « je n’ai jamais suivi, en somme, que cette fixité passionnée  ». Dora est là, dans sa vie. Toujours : présente comme absente. Ils voyagent, ils se quittent. Ils sont libres. Ils lisent, ils écoutent Bach interprété par Glenn Gould : « Pour savoir où on en est avec quelqu’un, il suffit d’écouter de la musique ensemble. Le moindre désaccord nerveux vient faire tache dans les intervalles, mais si le son passe sans rencontrer personne, c’est le signe que tout va bien.  » L’harmonie parfaite style Harlequin ? Sollers écrivain pour chaumières langoureuses ?

Simplement, il se veut à contre-courant. Il se veut triomphant sous le soleil qui «  ce matin est le même que celui que Lao-tseu, Tchouang-tseu, Shakespeare, Bach et Mozart ont vu  ». Il sait qu’il va agacer, mais il adore ça : «  La règle générale est de raconter des amours impossibles, des impasses, des drames, des récriminations, des échecs, et moi je fais le contraire. » D’où cette satisfaction sereine et revendiquée d’écrire un roman d’amours heureuses ... à l’encontre de cette nouvelle littérature du vomi, du bidet, du pénis fatigué, du cul répétitif, ou du viol paternel - et vlan pour les Angot, les Houellebecq et autres qu’il a semblé aduler un temps ! Sollers n’est pas à une contradiction près...

Aujourd’hui, la révolution ne peut être que ce bonheur reconnu contre la mainmise que la Centrale LF - «  Leymarché-Financier », qui écrit au fronton de ses immeubles : « Le monde n’a de sens ni but, il débouche sur la mort. La pensée et l’esprit sont là comme des naufragés sur une île déserte... »

Contre ce nouveau danger, Sollers, avec « Passion fixe », oublie les théories, ne veut plus de «  bla-bla » : « Et n’embêtez pas non plus les humains avec vos idées, vos programmes, votre harcèlement social. Ils veulent simplement vivre, les humains, vivre le temps de vivre, et reproduire la vie pour se sentir vivre ou revivre, et vivre le plus longtemps possible, et même survivre. Laissez-les à leurs petites affaires, à leurs joies, à leurs soucis. Ils sont fatigués, coincés, bêtement vides, mais aussi gentils, démunis.  »

Sollers en marchand de bonheur, ça va sûrement faire un malheur.


André Rollin

_ ? 293 p., 110 F.

Le Canard enchaîné, 2000

Source : Archives E.C., créateur du site biblioparfum.net





Le bonheur, ailleurs !

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Le Canard enchaîné, décembre 2006

(PNG) Décembre 2006 : Plus de 200 tentes de SDF dressées le long du Canal St Martin à Paris. Symbole. St Martin, ce centurion, celui qui avait partagé son manteau pour le "mendiant" grelotant au bord de la voie romaine...
Décembre 2006 : Johnny Hallyday, un autre SDF (Sans Difficultés Financières) plante son chalet fiscal en Suisse. Plus mauvais citoyen et cynique que tous ceux qui l’ont précédé ? Non. Plus maladroit ? Sûrement ! Quelle idée de déménager à la cloche de bois, en décembre, en pleine période pré-électorale ? Honte à lui ! Thierry Breton va peut-être trouver un arrangement avec le Ciel pour le faire revenir ? Décidément, nos stars nationales, de Zizou à Johnny ne montrent pas le bon exemple ! Signe des temps, des nouveaux Rois-Mages, les « Leymarché-Financier », nouvelle étoile montante dans le firmament céleste...

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Couverture du Figaro Magazine, 30 décembre 2006

« Frères humains, laissez-moi vous raconter comment ça s’est passé. On n’est pas votre frère, rétorquerez-vous, et on ne veut pas le savoir. [...] Si je me suis résolu à écrire, après toutes ces années, c’est pour mettre les choses au point pour moi-même, pas pour vous. Longtemps on rampe sur cette terre comme une chenille, dans l’attente du papillon splendide et diaphane que l’on porte en soi. Et puis le temps passe, la nymphose ne vient pas, on reste larve, constat affligeant, qu’en faire ? Le suicide , bien entendu, reste une option. Mais à vrai dire, le suicide me tente peu. J’y ai, cela va de soi, longuement songé ; et si je devais y avoir recours, voici comment je m’y prendrais ; je placerais une grenade tout contre mon c ?ur et partirais dans un vif éclat de joie. Une petite grenade ronde que je dégoupillerais avec délicatesse avant la cuiller, en souriant au petit bruit métallique du ressort, le dernier que j’entendrais, à part les battements de mon c ?ur dans mes oreilles. Et puis le bonheur enfin, en tout cas la paix, et les murs de mon bureau décorés de lambeaux. Aux femmes de ménage de ménage de nettoyer, elles sont payées pour ça, tant pis pour elles. Mais comme je l’ai dit le suicide ne me tente pas. »

Ainsi, commencent « Les Bienveillantes », de Jonathan Littlle, le pavé du roman choc, roman événement de l’année 2006, du début du XXIème siècle, anticipent d’autres, au moment où disparaissent les derniers bourreaux survivants du régime nazi. Un livre sans pareil. Du souffle. Un jalon d’époque et de littérature.

Où on peut lire aussi :

« Eckart a écrit : Un ange en Enfer vole dans son petit nuage de Paradis. J’ai toujours compris que l’inverse aussi devait être vrai, qu’un démon au Paradis volerait au sein de son propre petit nuage d’Enfer »

Ou encore ceci :

« Il me vanta assez ouvertement le Sicherheistdienst, et me recruta sur le champ comme V-Mann. Le travail était simple ; je devais employer des rapports, sur ce qui se disait, sur les rumeurs, les blagues, les réactions des gens aux avancées du national-socialisme. A Berlin, m’avait expliqué Ohlendorf, les rapports de milliers de V-Männer étaient compilés puis le SD distribuait une synthèse aux différentes instances du Parti, afin de leur permettre de juger des sentiments du Volk et de formuler leur politique en fonction ? Cela remplaçait en quelque sorte les élections ; Ohlendorf était un créateur de ce système , dont il se montrait visiblement fier. »

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Le Canard enchaîné, novembre 2006

Loin de moi, l’idée de vouloir amalgamer les idées nazies et celles de Ségolène Royal. Mais, dans cet extrait du roman de Littell, - qui reste un roman au delà de son sujet et de sa base historique - force est de constater, dans la formulation, quelques points communs avec la méthode Ségolène Royal. On pourrait, aussi, remonter aux "cahiers de doléance" de la Révolution française. Vocabulaire bien sûr différent. Remplacez, néanmoins, Volk par « les gens », une expression que Ségo, ( là, un rien démago), affectionne. Ca fait plus peuple sans doute ? Utilisez les outils d’aujourd’hui, Internet plutôt qu’une armée de commissaires pour recueillir l’information ; les gens iront jusqu’à l’entrer eux-mêmes dans le grand chaudron des idées. Internet et les ordinateurs, les programmes, ils connaissent. Vous touillez, filtrez, ajoutez une pincée de sel, un tour de moulin à poivre, une branche de persil pour la décoration, le programme est prêt.

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