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Illuminations
A travers les textes sacrés
À l’heure où la question religieuse est d’une actualité brûlante, selon qu’on l’utilise à des fins politiques ou terroristes, et l’objet d’un débat intellectuel, en France comme dans le monde, pourquoi avez-vous choisi de composer une anthologie de textes sacrés, sous un titre déjà illustre, « Illuminations » ?. Un essai publié en 2003. Sollers nous guide dans son choix de textes "sacrés", nous les commente à la manière d’un conteur qui ménage ses effets. "Sacrés" au sens sollersien : dieux, déesses, philosophes, poètes (Hölderlin, Rimbaud) y sont conviés. Rapprochements inusuels, voire paradoxaux. Effets de loupe. "Regardez là, ce que l’on ne voit jamais. Pourtant, c’est bien là !" ( il pourrait le dire... il le pense et le compose en texte littéraire ). Eclairages impernitents, érudits, jubilatoires. Les onze pages qu’ils consacre à Parménide et son poème De la nature illuminent magistralement ce texte. Nous y reviendrons dans un prochaine note.
ILLUSTATION DE COUVERTURE : Ange, Piero Della Francesca, S. Francesco, Arrezo, Italie DEDICACE : Pour Stéphane Barsacq [1] 4ème de couverture 4ème DE COUVERTURE
Dieu est-Il mort ? A demi-vivant ? A naître ? Et si ces trois questions n’en formaient qu’une ? Pour y répondre, Philippe Sollers convoque textes, prières, méditations, musiques et poèmes issus de toutes les traditions et de tous les siècles. Jésus côtoie librement Zarathoustra ; Maître Eckhart, Tchouang-tseu ; Angelus Silesius, Lautréamont ; tous ensemble au Paradis du Verbe. Rimbaud ou Roumi, Parménide ou Shakespeare, Chaque auteur éclaire un chemin d’autant plus étroit qu’il ne s’ouvre jamais que le temps bref d’une illumination. Quête du sacré défini sur le mode précis de la révélation, "Illuminations" se veut un livre d’heures pour temps de détresse, une manière de poser la question ultime : de quelle vérité l’homme est-il capable ? De quelle bonne nouvelle inattendue est-il porteur ?
EXERGUE :
LE DEBUT :
LA FIN : « Voyez Rimbaud tirant un trait sur la surdité de son temps — mais peut-être de tous les temps —, s’éloigner ou plutôt s’approcher de qui le voudrait avec Henry Purcell et le commander Deller, en compagnie de Shakespeare, dans une île sauvée du naufrage — « c’est cette époque-ci qui a sombré » —, et là, comment en avez-vous douté, « la main d’un maître anime le clavecin des prés ».
CITATION DE FIN EN EPILOGUE :
« Je n’ai pas besoin de veaux pour comprendre mes ouvrages, mais de bons yeux illuminés ; aux autres, ils ne peuvent rien apprendre, si malins soient-ils. »
L’INTERVIEWStéphane Barsacq : À l’heure où la question religieuse est d’une actualité brûlante, selon qu’on l’utilise à des fins politiques ou terroristes, et l’objet d’un grand débat intellectuel, en France comme dans le monde, pourquoi avez-vous choisi de composer une anthologie de textes sacrés, sous un titre déjà illustre, « Illuminations » ? Philippe Sollers : Hegel nous rappelle qu’il existe deux infinis. L’un bon, l’autre mauvais. Qu’est-ce que l’Histoire dans son déploiement, sinon le produit dialectique de leur rapport contrarié ? À quoi assistons-nous aujourd’hui ? Dieu, mais aussi le Diable, son corollaire, reviennent, une fois de plus, frapper à nos portes. Ces puissances, fort anciennes, sont, dans leur éternité révélée, plus actuelles que jamais. À la rigueur, il conviendrait peut-être de demander où on ne les trouve pas. EXTRAIT 1 : Parménide, De la natureEXTRAIT 2 : Aller à l’esprit... Engageons quatre cavaliers. l’ai nommé Rimbaud, Nietzsche, Hölderlin et Heidegger. Pourquoi eux, me dites-vous ? Parce qu’ils sont essentiels à toute tentative de discernement. Parce que les écarter interdit de facto toute possibilité de comprendre quoi que ce soit à l’énorme archive qui parle de Dieu, des dieux, du divin, de sa révélation ou de son style dans toutes les langues. Parce que ces quatre auteurs, aux visions qui fécondent et foudroient, nous mèneront par paliers successifs aux Textes anciens ; leurs oeuvres sont de « l’âme pour l’âme », elles nous en montrent la voie. Nos chemins traverseront la Bible et les Évangiles. Nous emprunterons des passerelles pour franchir les espaces entre le Livre, les Livres, l’Inde et la Chine, sans oublier les penseurs Éléates et Ioniens. Le trajet vous semble capricieux ? Le point de départ volontiers subjectif ? Eh bien, non. Et même au contraire. Car enfin, il s’agit toujours d’élargir notre visée. Et ces poètes, ces philosophes, situés dans la modernité, ancrés dans la modernité, ont pensé au plus près l’immémorial Il est donc essentiel d’interroger leurs écrits en ce qu’ils ont de plus prophétique. Quelques preuves pour vous en convaincre ? Quelques mots en guise de viatique, pour vous préparer au voyage ? Eh bien, d’accord, voici quelques éclats... CRITIQUESUn espace plein de vent, de musique, de lumière... Imaginez un instant que la bibliothèque ne soit pas un lieu de poussière où l’on parle avec des spectres en langue morte, mais un espace de plein vent, de musique et d’échos de beauté impérissable et de bienfaits permanents, de lumière à la fois extatique et parfaitement raisonnable. C’est d’ailleurs "A une raison" que Rimbaud, "le plus grand poète de tous les temps", dédie l’une des pages des "Illuminations". C’est lui que Sollers s’est choisi et nous a choisi pour guide, pour fil rouge : avec lui, tous "les influx de vigueur et de tendresse réelle" circulent, se communiquent. Rimbaud, si riche, selon Sollers, de "naturel" et de "désinvolture", est la porte. Une saison au paradis Le Siècle des Lumières avait exalté la raison et dénoncé la religion. Philippe Sollers lui préfère un âge des mystères qui professe le sacré sans exclure le profane : donner un sens à sa vie, c’est montrer une direction sans refuser les sensations. De saint Jean à Mallarmé, il donne la parole au verbe des poètes dont la magie des mots est source d’action, le logos étant à la fois parole et raison Odon Vallet Amazon.fr Une résolution : allez à l’Esprit. Un horizon : le paradis du Verbe. Pour nous en rapprocher, quatre cavaliers : Rimbaud, Nietzsche, Hölderlin, Heidegger. Derrière eux, une troupe de quelques initiés : Parménide, Jésus, Tchouang Tseu, Angélus Silésius, Lautréamont... Loin d’annoncer l’apocalypse, cet audacieux cortège nous ouvre la voie d’un sacré au-delà des autels et des génuflexions, un sacré qui tient au mystère de la parole quand elle se fait poétique, quand les mots se font choses, choses d’une présence sans pareil. Le divin que l’on croit mort, ou moribond, n’aurait-il été que simulacre ? Le seul encens pouvant rendre à la vie son odeur de vie, ne flotte-t-il pas entre les vers des poètes ? La libre pérégrination de Philippe Sollers, dans ces Illuminations à travers quelques grands textes mystiques, est une quête : "Être voyant, se faire voyant", priait le jeune Rimbaud. Mais peut-on voir autrement, aujourd’hui, que par nos yeux de chair ? Il nous reste à tâtonner, à nous frotter aux écrits de ceux qui habitaient le monde en possédés du verbe pour faire renaître en nous l’étincelle de leur extase. Ou, plus modestement, pour nous rappeler à l’absence de cette lumière hors laquelle notre existence perd toute transcendance. Attendre, se disposer à l’Illumination poétique : n’est-ce pas là la seule religiosité dont nous sommes encore capables ? Si, par essence, le divin se cache toujours, l’occultation de ses hérauts ne fait qu’en poursuivre l’expérience. Philippe Sollers ne déclame pas la tragédie du désenchantement du monde : il se fait le messager d’un sacré qu’il faut reconnaître sous les plis nouveaux de son éternel voile. — Emilio Balturi — [1] Stéphane Barsacq, éditeur chez Robert Laffont qui a publié le livre |
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