Illuminations
A travers les textes sacrés


À l’heure où la question religieuse est d’une actualité brûlante, selon qu’on l’utilise à des fins politiques ou terroristes, et l’objet d’un débat intellectuel, en France comme dans le monde, pourquoi avez-vous choisi de composer une anthologie de textes sacrés, sous un titre déjà illustre, « Illuminations » ?.
C’est la question que pose à Sollers, Stéphane Barsacq, dans l’interview que vous pourrez trouver dans cette note.

Un essai publié en 2003. Sollers nous guide dans son choix de textes "sacrés", nous les commente à la manière d’un conteur qui ménage ses effets. "Sacrés" au sens sollersien : dieux, déesses, philosophes, poètes (Hölderlin, Rimbaud) y sont conviés. Rapprochements inusuels, voire paradoxaux. Effets de loupe. "Regardez là, ce que l’on ne voit jamais. Pourtant, c’est bien là !" ( il pourrait le dire... il le pense et le compose en texte littéraire ). Eclairages impernitents, érudits, jubilatoires. Les onze pages qu’ils consacre à Parménide et son poème De la nature illuminent magistralement ce texte. Nous y reviendrons dans un prochaine note.

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(JPEG) Illuminations
A travers les textes sacrés
Plon, 2003
Essai, 193 p dont 8 pages d’illustrations
(aussi en édition Folio)

ILLUSTATION DE COUVERTURE : Ange, Piero Della Francesca, S. Francesco, Arrezo, Italie

DEDICACE : Pour Stéphane Barsacq [1]

4ème de couverture
Exergue
Le début
La fin
Citations
Interview
Extraits
Critiques
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4ème DE COUVERTURE

Dieu est-Il mort ? A demi-vivant ? A naître ? Et si ces trois questions n’en formaient qu’une ?

Pour y répondre, Philippe Sollers convoque textes, prières, méditations, musiques et poèmes issus de toutes les traditions et de tous les siècles. Jésus côtoie librement Zarathoustra ; Maître Eckhart, Tchouang-tseu ; Angelus Silesius, Lautréamont ; tous ensemble au Paradis du Verbe. Rimbaud ou Roumi, Parménide ou Shakespeare,

Chaque auteur éclaire un chemin d’autant plus étroit qu’il ne s’ouvre jamais que le temps bref d’une illumination.

Quête du sacré défini sur le mode précis de la révélation, "Illuminations" se veut un livre d’heures pour temps de détresse, une manière de poser la question ultime : de quelle vérité l’homme est-il capable ? De quelle bonne nouvelle inattendue est-il porteur ?

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EXERGUE :
« Les paroles essentielles sont des actions qui se produisent en des instants décisifs où l’éclair d’une illumination splendide traverse la totalité d’un monde. »
Martin Heidegger,
Schelling (semestre d’été 1936)

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LE DEBUT :
« Il y avait eu une discussion en classe visant à savoir qui, de Schelling et de Hegel surpassait l’autre - une discussion plutôt stupide. »

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LA FIN : « Voyez Rimbaud tirant un trait sur la surdité de son temps — mais peut-être de tous les temps —, s’éloigner ou plutôt s’approcher de qui le voudrait avec Henry Purcell et le commander Deller, en compagnie de Shakespeare, dans une île sauvée du naufrage — « c’est cette époque-ci qui a sombré » —, et là, comment en avez-vous douté, « la main d’un maître anime le clavecin des prés ».

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CITATION DE FIN EN EPILOGUE : « Je n’ai pas besoin de veaux pour comprendre mes ouvrages, mais de bons yeux illuminés ; aux autres, ils ne peuvent rien apprendre, si malins soient-ils. »
Jacob Boehme,
Mysterium Magnum.

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L’INTERVIEW

Stéphane Barsacq : À l’heure où la question religieuse est d’une actualité brûlante, selon qu’on l’utilise à des fins politiques ou terroristes, et l’objet d’un grand débat intellectuel, en France comme dans le monde, pourquoi avez-vous choisi de composer une anthologie de textes sacrés, sous un titre déjà illustre, « Illuminations » ?

Philippe Sollers : Hegel nous rappelle qu’il existe deux infinis. L’un bon, l’autre mauvais. Qu’est-ce que l’Histoire dans son déploiement, sinon le produit dialectique de leur rapport contrarié ? À quoi assistons-nous aujourd’hui ? Dieu, mais aussi le Diable, son corollaire, reviennent, une fois de plus, frapper à nos portes. Ces puissances, fort anciennes, sont, dans leur éternité révélée, plus actuelles que jamais. À la rigueur, il conviendrait peut-être de demander où on ne les trouve pas.
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EXTRAIT 1 : Parménide, De la nature

C’est ici (PNG)

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EXTRAIT 2 : Aller à l’esprit...

(PNG) Aller à l’Esprit - peu importe comment, si par en haut, si par en bas, mais y aller -, tel est le commandement essentiel, volontairement oublié, d’Une saison en enfer. L’Esprit ? Cette vue du monde, cet invisible, cet ineffable, ce point fixe dans la dispersion du sens et qui le renouvelle en le créant ? Pouvons-nous l’atteindre ? Joindre la totalité du poème ? L’essentiel est d’abord dans cette démarche rayonnante que nous définissons selon le mode précis de l’illumination. Le terme du voyage ? Le lieu de l’origine, la découverte de ce principe éclairant du c ?ur et de l’âme, dans un monde dépourvu de l’un et de l’autre. « Quand le monde sera réduit en un seul bois noir pour nos quatre yeux étonnés, en une plage pour deux enfants fidèles, en une maison musicale pour notre claire sympathie, je vous trouverai.

Engageons quatre cavaliers. l’ai nommé Rimbaud, Nietzsche, Hölderlin et Heidegger. Pourquoi eux, me dites-vous ? Parce qu’ils sont essentiels à toute tentative de discernement. Parce que les écarter interdit de facto toute possibilité de comprendre quoi que ce soit à l’énorme archive qui parle de Dieu, des dieux, du divin, de sa révélation ou de son style dans toutes les langues. Parce que ces quatre auteurs, aux visions qui fécondent et foudroient, nous mèneront par paliers successifs aux Textes anciens ; leurs oeuvres sont de « l’âme pour l’âme », elles nous en montrent la voie. Nos chemins traverseront la Bible et les Évangiles. Nous emprunterons des passerelles pour franchir les espaces entre le Livre, les Livres, l’Inde et la Chine, sans oublier les penseurs Éléates et Ioniens. Le trajet vous semble capricieux ? Le point de départ volontiers subjectif ? Eh bien, non. Et même au contraire.

Car enfin, il s’agit toujours d’élargir notre visée. Et ces poètes, ces philosophes, situés dans la modernité, ancrés dans la modernité, ont pensé au plus près l’immémorial Il est donc essentiel d’interroger leurs écrits en ce qu’ils ont de plus prophétique. Quelques preuves pour vous en convaincre ? Quelques mots en guise de viatique, pour vous préparer au voyage ? Eh bien, d’accord, voici quelques éclats...(PNG)
p.17, 18

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CRITIQUES

Un espace plein de vent, de musique, de lumière...

Imaginez un instant que la bibliothèque ne soit pas un lieu de poussière où l’on parle avec des spectres en langue morte, mais un espace de plein vent, de musique et d’échos de beauté impérissable et de bienfaits permanents, de lumière à la fois extatique et parfaitement raisonnable. C’est d’ailleurs "A une raison" que Rimbaud, "le plus grand poète de tous les temps", dédie l’une des pages des "Illuminations". C’est lui que Sollers s’est choisi et nous a choisi pour guide, pour fil rouge : avec lui, tous "les influx de vigueur et de tendresse réelle" circulent, se communiquent. Rimbaud, si riche, selon Sollers, de "naturel" et de "désinvolture", est la porte.
Patrick Kéchichian, Le Monde, 04/04/2003

Une saison au paradis

Le Siècle des Lumières avait exalté la raison et dénoncé la religion. Philippe Sollers lui préfère un âge des mystères qui professe le sacré sans exclure le profane : donner un sens à sa vie, c’est montrer une direction sans refuser les sensations. De saint Jean à Mallarmé, il donne la parole au verbe des poètes dont la magie des mots est source d’action, le logos étant à la fois parole et raison
[...].
Si Sollers s’est enivré des vapeurs de l’encens, il n’est pas moins lucide que les sages de l’Orient, exotiques cousins de nos philosophes d’Occident. Nietzsche voisine avec Zarathoustra, et Heidegger avec Tchouang-tseu. « Illuminations » est une référence à Rimbaud, mais aussi au Bouddha, dont le nom sanskrit signifie à la fois l’Eveillé et l’Illuminé. Eveil du sens ou des sens ? Les deux si l’on en croit les livres du védisme, ces Veda qui signifient à la fois voir et savoir. [...]. Sollers nous rappelle que si Dieu est mort, le Diable n’a pas survécu. D’ailleurs, ils portent le même nom dans les langues indo-iraniennes, les dieux (deva) des Indiens étant les démons des Persans. Et Lucifer, l’ange déchu, le « porte-lumière », est aussi l’étoile du matin, Notre Seigneur Jésus-Christ (2e épître de Pierre, 1, 19). [...]. Il propose une Saison en enfer et une autre en paradis. « Les Juifs demandent des miracles et les Grecs la sagesse », disait saint Paul. Sollers propose un peu des deux pour les néo-païens christianisés que nous sommes.

Odon Vallet
docteur en droit et en science des religions, a publié « l’Evangile des païens », Albin Michel, 2003.
Crédit : Le Nouvel Observateur 17 avril 2003

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Une résolution : allez à l’Esprit. Un horizon : le paradis du Verbe. Pour nous en rapprocher, quatre cavaliers : Rimbaud, Nietzsche, Hölderlin, Heidegger. Derrière eux, une troupe de quelques initiés : Parménide, Jésus, Tchouang Tseu, Angélus Silésius, Lautréamont... Loin d’annoncer l’apocalypse, cet audacieux cortège nous ouvre la voie d’un sacré au-delà des autels et des génuflexions, un sacré qui tient au mystère de la parole quand elle se fait poétique, quand les mots se font choses, choses d’une présence sans pareil. Le divin que l’on croit mort, ou moribond, n’aurait-il été que simulacre ? Le seul encens pouvant rendre à la vie son odeur de vie, ne flotte-t-il pas entre les vers des poètes ? La libre pérégrination de Philippe Sollers, dans ces Illuminations à travers quelques grands textes mystiques, est une quête : "Être voyant, se faire voyant", priait le jeune Rimbaud. Mais peut-on voir autrement, aujourd’hui, que par nos yeux de chair ? Il nous reste à tâtonner, à nous frotter aux écrits de ceux qui habitaient le monde en possédés du verbe pour faire renaître en nous l’étincelle de leur extase. Ou, plus modestement, pour nous rappeler à l’absence de cette lumière hors laquelle notre existence perd toute transcendance. Attendre, se disposer à l’Illumination poétique : n’est-ce pas là la seule religiosité dont nous sommes encore capables ? Si, par essence, le divin se cache toujours, l’occultation de ses hérauts ne fait qu’en poursuivre l’expérience. Philippe Sollers ne déclame pas la tragédie du désenchantement du monde : il se fait le messager d’un sacré qu’il faut reconnaître sous les plis nouveaux de son éternel voile. — Emilio Balturi

[1] Stéphane Barsacq, éditeur chez Robert Laffont qui a publié le livre

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Commentaires

  • > Illuminations ou Dyonisos, Rimbaud, et les autres, à l’aube de la poésie
    4 juillet 2007, par valérie bergmann
    "Mille neuf cent est l’année terrible. Nietzsche meurt. Le premier de la classe disparu, ne restent que les cancres."Sollers met en exergue la profondeur superficielle de la pensée philosophique, quand il ne nous reste que de des Auteurs incompris de leur vivant, pour visionner notre futur. "Pour cette raison précise, paradoxe terrible, la poésie ne peut qu’enfanter une haine violente : l’innocent seul est condamné, pendant qu’on feint de châtier les coupables< BR>

    ". Sollers. Les Poètes, ceux de la quintessence surréaliste, aiment et succombent à leurs intrinsèques idées. L’affaire est entendue : bien loin des Contemplations, merveileuses et stoïques, tenant à nous faire admettre la beauté des choses de façon écclective est sans intèrêt, bien loin de la vérité. Rimbaud dit à propos de la femme : "quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour et par elle, l’homme jusqu’ici abominable, lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi. La femme trouvera de l’inconnu." N’oublions pas qu’aux yeux de Rimbaud, "la poésie est l’occupation la plus innocente de toutes." A ne pas oublier de lire, La Boétie, et son "discours sur la servitude volontaire".Le poète n’a aucune obligation, si ce n’est de rester libre. Isidore Ducasse, nous en fait la démonstrtaion dans "les chants, (même si désanchantés) de Maldoror".