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Bacon, triptyque 1944
Trois études de personnage au pied d’une crucifixion
Que dit Sollers de ce tableau ? Extrait de Les passions de Francis Bacon, Philippe Sollers, Gallimard, 1996, (p. 60-61)
Francis Bacon, Trois ?tudes de personnages au pied d’une crucifixion, 1944
Triptyque, huie et pastel sur isorel, chaque panneau : 94x74 cm
Londres, The Tate Gallery
Regardez-les donc, ces grosses poules hurlantes à long cou,ces bestioles dégoûtantes à bouches dentées nourries de sang. Bizarrement, elles sont en équilibre mal assuré, sur des tables, des tabourets, des trépieds. Elles sont malades, visqueuses, pythies à bout, n’ayant repris force, semblet-il, que pour crever. Elles sont terribles, elles sont ridicules. Elles gueulent, mais elles sont prisonnières, inoffensives. Nous allons nous épargner, ici, le vocabulaire réflexe moderne, langue de caoutchouc immédiate : angoisse de castration, symptôme, retour du refoulé, patati, patata. L’expérience de Bacon ne tient pas seulement à sa particularité subjective, elle touche l’histoire entière, et c’est bien ce qu’elle a de gênant. Ce que vous voyez est une très ancienne tentative d’intimidation organique et biologique, elle vient, à nouveau, de fonctionner à plein tube, mais en vain. C’était donc ça. « Tourbillon d’hilarité et d’horreur », comme a dit un navigateur célèbre. Et Bacon, un jour : « Je pense que je suis de ces gens qui ont un don pour toujours s’en sortir d’une manière ou d’une autre. »
Il y a un cri, une crise. Crise de l’homme, crise de Dieu, crise de l’Homme-Dieu. Commotion et électro-choc. Il y aura beaucoup de suicides. Un autre joueur passionné, autrefois,a eu une attaque d’épilepsie après avoir vu le « Christ mort » de
Holbein. Mais Bacon, s’il ne peut éviter de se convulser sous le choc, n’est pas Dostoïevski, il n’a rien d’orthodoxe. Il ne s’évanouit pas, ne se pétrifie pas, il est loin des icônes comme des cadavres. Il ne croit pas non plus, comme Sartre, qu’Oreste a affaire à un « dieu des mouches », à « une bonne piété à l’ancienne, solidement assise sur la terreur ». Sartre, pendant la guerre, fait parler Jupiter, mais pas Zeus, encore moins Apollon ou Athéna, comme c’est curieux. Toujours le fantasme latin recouvrant le grec, le ralentissement passif du rythme grec (qu’on retrouve aussi dans le Pylade plutôt bavard de Pasolini, pourtant traducteur d’Eschyle). Allons, il
faut y aller plus fort. L’expo Bacon-Picasso de 2005 à l’Hôtel Salé
La période de 1927 à 1944 présentée, commence avec l’arrivée de Bacon à Paris en 1927-1928, lequel découvre le maître espagnol lors d’une exposition intitulée " Cent Dessins par Picasso " à la Galerie Rosenberg durant l’été 1927. C’est autour des grands thèmes communs aux deux artistes que l’organisation de l’exposition a été construite, selon un parcours qui commençait avec une présentation de l’oeuvre première de Bacon, mais dont on connait peu de chose du fait qu’il a détruit la quasi totalité de ses travaux de jeunesse, ( il ne gardera que dix toiles de cette période ), mise en rapport avec les travaux surréalistes de Picasso des années 1927-1930. |
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