![]() La Vie électrique de Jean-Philippe Rossignol
Le plus branché magnétique : Vie électrique, de Jean-Philippe Rossignol, un étrange jeune homme, très cultivé, mène une vie aventureuse qui périme d’emblée tous les lourds et vieux romans naturalistes de l’automne. Vie électrique
de Jean-Philippe Rossignol
Résumé « J’étais à New York il y a cinq ans et j’ai commencé à fréquenter cette fille, Susan, plutôt dévergondée et vraiment drôle.
Jean-Philippe Rossignol s’entretient avec Alain Veinstein Du jour au lendemain, 7 mars 2012 (34’) Jean-Philippe Rossignol hors champsInterview par Claire Devarrieux Une promenade en mer, une lettre à Jean Genet, un défi à Cambridge, une lecture de Svevo : en trente journées, le voyage tout en esquive, pulsations et enthousiasmes d’un jeune homme d’aujourd’hui. « Le tout début du projet, c’est le voyage à Berlin qui ouvre le livre. Pourtant, c’est le dernier texte que j’ai écrit. Mais c’était cette idée d’être dans la mobilité en Europe et ailleurs, et de partir, de voyager, qui est pour moi le même geste que de lire et de regarder la peinture. Etre plongé dans un livre comme être à Berlin, en Italie, en Espagne. « Il y a l’immédiateté réelle : le voyage à Berlin que je décris, je l’ai vécu. C’est comme le jeu sur les "je" : il y a des "je" rééls et des "je" fictifs. Le narrateur existe et n’existe pas, je tenais à brouiller les cartes et qu’on ne se pose pas la question "est-ce que c’est vrai". Et en même temps, il n’y a pas d’immédiateté, certains écrivains dont je parle, je les ai lus quand j’avais 15, 16, 17 ans. J’ai lu très tôt Flannery O’Connor. Je la retrouve quinze ans après, mais j’ai le souvenir très précis de la découvrir à 15 ans, de commencer par les Braves Gens ne courent pas les rues. Je ne comprenais pas tout, je ne connaissais pas la géographie ni la période dont elle parlait. Mais c’est par les écrivains du Sud que je suis venu à la littérature américaine. D’autres lectures sont récentes, Rolf Dieter Brinkmann, je l’ai découvert en 2008 quand Rome, regards a paru chez Quidam. J’ai été tout de suite saisi et ému par ce livre. « Je voulais qu’il y ait un équilibre entre les personnes choisies. Je voulais aussi qu’il y ait la temporalité, on devrait d’ailleurs lire le roman en trente jours. J’appelle ça roman parce qu’il n’y a pas de distinction entre la bibliothèque et les destinations. Le fil d’un narrateur qui passe de Trieste à New York en lisant B. S. Johnson et Alix Cléo Roubaud, pour moi c’est l’histoire d’un roman. Tous ces écrivains sont des personnages de romans. Cela m’intéresse plus que d’inventer un personnage réaliste dans lequel je ne me reconnaîtrais pas. « Berlin est une ville devenue touristique, où beaucoup de Français vont pour, généralement, faire la fête. Du moins est-ce le cliché qu’on en a. Alors que c’est une ville cachée, secrète, mystérieuse, avec des endroits inconnus ; je voulais justement aller dans ces endroits, donner une autre image, qui peut rappeler l’expressionnisme allemand, mais aujourd’hui, et non pas dans un regard nostalgique ou de reconstitution. « Je trouve toujours suspect qu’on veuille affirmer son identité. Il y a quelques jours, je voyais The Woman in the Window (la Femme au portrait), de Fritz Lang. Cette femme qui sort du tableau, l’actrice Joan Bennett, je la voyais fumer, parler, rire, s’effondrer, voir un crime sous ses yeux, je me disais : je veux écrire comme cette femme, comme sa liberté, écrire comme elle joue. C’est mille fois plus intéressant que de s’affirmer en tant qu’homme aujourd’hui en 2011. Ce qui est beau, c’est de passer de la virilité à la sensualité, de la violence à la discrétion. « C’est un livre sur la jeunesse, en n’ayant pas l’idéalisme de la jeunesse. Je n’en fais pas une idéologie. C’est un rythme qu’on peut conserver dans le temps, malgré les blessures, les cassures, les arrêts dans la vie, il faut garder cette allégresse. Je ne me reconnais pas dans le romantisme morbide. « Ce qui m’intéressait, c’était d’explorer la peinture. Comment le Gilles de Watteau trouve un écho en moi, comment je peux plonger dans cette ?uvre, méditation active, pas écrasante. Et, à propos d’allégresse et d’immédiateté, la musique est présente : le jazz, le rock avec Joplin, et puis Ferrier. Ce sont les musiciennes que j’écoute et que j’aime. Je m’endors avec elles ou elles me réveillent. La vision, l’écoute et la main : ce sont les mêmes fonctions du corps. Si on est sourd et qu’on ne voit rien, comment passer par la page ? Les phrases sonnent mal, les situations sont bancales, les noms des personnages ne vont pas, rien ne fonctionne. Je sens à la lecture si l’auteur écoute de la musique, regarde de la peinture ou de la photographie. « Je me méfie du cinéma comme hypnose. Dans le Septième Continent de Michael Haneke, il y a cette scène où une famille dans une voiture voit un accident sur la route, pense à la mort, et la mère va aller jusqu’à la destruction de tous les codes de la bourgeoisie et de la routine de leur vie. J’avais vécu cette scène, j’étais en voiture avec mes parents, j’avais vu la mort sur la route. Je me suis aperçu en voyant le film, quelques mois plus tard, que le cinéma pouvait être aussi un art de la mort, du passé, de l’arrêt. J’ai eu peur, je me suis engouffré dans Bach, Purcell, j’ai lu Pouchkine comme un fou. » Libération du 29 décembre 2011 CritiquesVOIR AUSSIJean-Philippe Rossignol (une petite note de Claude Minière) Une « odyssée » en trente jours, chacun d’eux apportant une menace, une chance, une décision, une rencontre et une séparation. Ce n’est pas une barque qui danse dans les ondes mais une vie... Quelques auteurs (au fond un petit nombre) sont capables de vous persuader que la forme-roman recèle des ressources inattendues. Inattendues non dans le choix du « sujet » mais dans le mode d’entrelacement vie/ lectures/ pensée, là sur la page, par l’énergie des coupures et liaisons. Claude Minière, octobre 2011, Les carnets d’eucharis. Jean-Philippe Rossignol, Vie électrique par Thérèse Moro 30 jours, 30 textes brefs, des articles (certains ont paru dans des revues...) de quelques feuillets chacun. La plupart présentent un auteur, d’une manière critique et personnelle - et l’on voit par là quel effet la lecture peut avoir, dans le meilleur des cas : une véritable crise se produit, vous n’êtes plus en mesure de demeurer tout à fait ce que vous étiez avant d’ouvrir le livre. La vie électrique dont il est question ici procède de cette expérience : vivre en lecteur. Ce livre en est l’expression audacieuse et percutante ; il commence, du reste, par un autoportrait qui donne une indication sur ce qui va suivre : voici mon monde, semble dire Jean-Philippe Rossignol, voici la vie que j’ai voulu vivre. Il ressort de ce préambule — réjouissant, fulgurant, inquiétant — une pensée subtile, qui cherche et trouve son tempo propre. C’est une pensée en train de se faire, dans le vif de la vie, dans les événements qui se succèdent, se juxtaposent et trament l’existence.
Thérèse Moro, art press n° 382, octobre 2011. Lire aussi : Le jeune éditeur Jean-Philippe Rossignol ne craint personne dans l’Edition. |
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