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A l’heure de la Chine


«  Sollers (Philippe). Ecrivain européen d’origine française
qui, très tôt, s’est intéressé à la Chine
 »
Dictionnaire de Littérature générale, publié à Pékin, vers 2050.
(C’est ainsi que l’auteur aimerait y figurer)

«  La paix est la continuation de la guerre par d’autres moyens  »
Clausewitz paraphrasé.


2010 aura été un tournant dans la Guerre des deux Empires : Etats Unis d’Amérique, Chine. La Chine est devenue le numéro deux mondial économique en terme de PIB. Il aura suffi de quelques 30 ans après le début de son ouverture économique, grâce à une croissance à plein régime, pour atteindre ce résultat (Même si beaucoup de ses habitants demeurent pauvres, l’Etat Chinois est devenu riche).

Après les Jeux Olympiques 2008 de Pékin, 2010 aura aussi été l’année de déclaration des ambitions de la Chine, à la face du monde, avec l’exposition universelle de Shanghaï. Jusque là, la Chine s’était faîte modeste, effacée, usine du monde certes, mais des chaussettes et des textiles bon marché et produits de faible technicité... C’est une image que les Occidentaux ont véhiculé même quand elle était déjà très jaunie et devenue sepia. Car aujourd’hui la Chine produit ses trains grande vitesse, s’est invitée dans la conquête de l’espace et est en train de se constituer une industrie aéronautique. La Chine a d’ailleurs réduit sa dernière commande à Airbus dans la perspective de sa jonction avec sa propre production. De l’art de la guerre économique en tant de paix... Manquent peut-être aux Américains et Européens leur Sun tzu ou leur nouveau Clausewitz ?
En politique, le G20 a peine créé est en train de perdre un zéro pour faire place à un G2 de fait : Chine-Etats-Unis. L’Europe essaie de s’immiscer en prônant un G3.
Shanghai devient une capitale de la mode, les galeries d’art s’y multiplient. C’est en train de devenir un endroit prisé par la jeunesse occidentale pour y faire ses armes. Les étudiants choisissent volontiers d’y effectuer un stage de fin d’études...

Ce site, se doit de prendre acte du tournant capital pris par ce pays en 2010, et prolonger l’intérêt de Sollers pour la Chine (intérêt culturel et politico-culturel). La nouvelle donne est surtout économico-politique mais pas seulement. La Chine bouge dans ses grandes métropoles, avec Shanghaï comme navire amiral.

C’est de ces forces en mouvement, que cette rubrique qui prend le nom « A l’heure de la Chine » [1] a envie de parler. De L’Art de la guerre de Sun Tzu revisité à l’heure de La Guerre des deux Empires. Nos correspondants de guerre seront ceux de la presse et de l’édition française et internationale dont nous sélectionnerons les textes qui ont attiré notre attention ou la vôtre. Don’t forget it ! Je ne sais malheureusement pas le dire en chinois. A vos claviers, quand vous le voulez.

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La guerre des "terres rares"

Ou les matières premières comme moyen d’autonomie et de guerre.

Les Chinois ont décidé que les matières premières étaient stratégiques pour leur propre autonomie et comme moyen de pression vis-à-vis des autres. Pas très original comme pensée, direz-vous ! Certes, mais là où les entreprises privées américaines, gèrent au trimestre (rendez-vous des analystes boursiers oblige), les grandes entreprises étatisées chinoises jouent des coups plus longs. C’est ainsi que les Chinois se font, allouer des « concessions »(retournement de l’Histoire) longue durée, très longue durée, (sur des terres africaines, moyennant quelques avantages illusoires pour les autochtones, mais sans doute plus substantiels pour les dirigeants locaux qui négocient). Nous y reviendrons dans un article spécialement dédié à ce sujet qui le mérite bien et qui montre comment les Chinois vont prendre la tête du monde - il ne reste plus qu’une marche à gravir - avec les armes que nous avons utilisées contre eux. Revanche !
Mais sur le sujet des terres rares, le site Aujourd’hui la Chine, le journal économique La Tribune, les grands magazines l’ont abordé, mais on passe vite à autre chose. S’il vous a échappé ou en avez oublié les enjeux :


- La Chine contrôle 95% de la production mondiale de ces terres rares.

- Est-ce si gênant pour les autres pays ? En quoi est-ce stratégique ? Il se trouve que de ces terres rares, on extrait 17 éléments chimiques confidentiels au nom parfois difficile à retenir, comme le praséodyme et l’yttrium, essentiels dans la haute technologie et les technologies vertes, donc toutes les industries d’avenir. Téléphones portables, écrans plats, panneaux solaires, voitures électriques... et même, lunettes de vision nocturne pour l’armée.

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- Et voilà, que la Chine restreint ses exportations de terres rares. Premiers touchés : les Japonais. Ne pas chercher ailleurs l’origine des tensions Chine-Japon avec échange de quelques salves de semonce par des navires de guerre chinois en direction des côtes d’iles japonaises. Jeu d’annonces d’un poker menteur dont chacun connaît le sens : « on pourrait aller plus loin si vous n’acceptez pas nos conditions ». Ceci est à la réalité ce que la caricature est à son modèle. Même finesse de trait. La réalité du pouvoir entre pouvoir politique tenu par des civils pur jus et le pouvoir militaire, tenu par des militaires, aussi pur jus, nécessiterait au moins trois cases de BD pour en rendre compte. Case 1 : le pouvoir civil, issu des meilleures universités chinoises,case 2 : la courroie de transmission (les rouages du pouvoir), case 3, le pouvoir militaire qui ronge son frein, frustré de la primauté du pouvoir civil.
Avatar de la mécanique, la courroie de transmission, parfois patine opportunément dans la transmission des ordres. Dans le cas de cette canonnade, on parle même d’une décision autonome du capitaine de la canonnière. Un capitaine exacerbé !. Autonomie de la roue et du moyeu. Lao-Tseu obvervait déjà : « Trente rayons convergent au moyeu, mais c’est le vide médian qui fait marcher le char ». (Et « le jeu est l’âme de la mécanique" » peut-on lire en tête du cours de mécanique des élèves gradés mécaniciens destiné à l’entretien des « forces motorisées » françaises juste avant le début de la deuxième guerre mondiale.) Et quand il y a trop de jeu, ça patine, la machine répond de façon inattendue. ...(L’histoire ne dit pas ce qu’est devenu la capitaine. On aimerait savoir.)
Qui pourrait penser que la mécanique et l’art de la guerre ont un point commun : l’art de doser le jeu.
Sun Tzu le dit aussi à sa manière :

« celui qui est habile pour susciter un mouvement permanent de l’ennemi grâce à des situations trompeuses et des leurres, maîtrise les actes de son ennemi. »
La vie est mouvement, la guerre est mouvement, il faut du jeu, du vide médian pour maintenir le mouvement ! Qui a inventé la roue ? Les Chinois dit-on [2]. Si l’archéologie la fait remonter plus avant, accordons à Lao-Tseu d’avoir bien conceptualisé le modèle et de s’en être fait un grand vulgarisateur.

- Quelle est la nouvelle règle du jeu, que voudrait instaurer la Chine ? « Venez installer vos entreprises chez nous et vous aurez des terres rares ! » ...Mais oui, bien sûr ! Et elles vous coûteront moins cher, sans les taxes à l’exportation.

- C’est sans doute une finesse du Mandarin ancien, incompréhensible aux occidentaux, quand la voix officielle déclare que si la Chine réduit ses exportations de "terres rares", ...c’est pour « limiter son emprise écologique sur la planète », c’est pour notre bien à tous ! (L’extraction des terres rares utilise beaucoup d’acides et produits non écologiques pour « laver » la terre et en extraire les terres rares).

Deng Xiaoping qui a placé la Chine sur sa rampe de lancement pour la montée économique de la Chine, celui qui disait « Peu importe que le chat soit gris ou noir, pourvu qu’il attrape des souris » avait un jour souligné que si le Proche-Orient était riche en pétrole, la Chine avait ses « terres rares ». Certes, il ne pouvait connaître toutes les utilisations d’aujourd’hui, mais il a fallu une volonté politique forte et continue pour atteindre cet état de domination.

Quel art consommé de la guerre, ici, dans le choix du terrain des opérations, en ce début de XXIè siècle ? Quelle intelligence du jeu, non ?
Beaucoup auraient pu le faire. Mais ce sont eux qui ont joué le coup. L’ ?uf de Christophe Colomb, version chinoise d’aujourd’hui. Fabergé dépassé. Notre savoir faire relégué au musée, que les Chinois viendront visiter (comme Houellebecq le suggère dans La carte et le Territoire - même s’il n’a pas mentionné les Chinois, mais il a bien parlé de musée... Notons toutefois que le pire n’est jamais certain - note pileface pour qui hasard et incertitude sont génétiques). Bien joué, Messieurs les Chinois !

Crédit :
Aujourd’hui la Chine : voir article « Les "terres rares", trésor convoité »
La Tribune : voir articles « "Terres rares" : bataille mondiale pour les métaux précieux »
et divers magazines et journaux.

(JPEG) La guerre des
empires Chine contre Etats-Unis
 :

François Lenglet
Fayard, 2010

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L’Art de la guerre de Sun Tzu

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Une nouvelle édition

Sun Tzu (Auteur), Alain Thote (Auteur), Jean Levi (Traduction)

Beau livre (relié). Paru en 09/2010

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Pour la première fois, le célèbre traité de stratégie de Sun tzu (Sunzi) est présenté dans une version grand public enrichie de superbes illustrations. Un beau livre signé par deux spécialistes de la Chine ancienne qui confrontent ainsi le lecteur à une pensée philosophique inspirée du Tao.

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Présentation de l’éditeur

L’Art de la guerre de Sunzi(Ve siècle avant J.-C.) est le premier traité de stratégie connu au monde. Stratège militaire du début de l’époque des Royaumes combattants (475-221 av. J.-C.). L’auteur a résumé en treize articles (chapitres) les préceptes fondamentaux de l’art de la guerre en soulignant la continuité de la guerre et de la politique, la complémentarité des moyens directs et indirects, l’importance des moyens psychologiques. Classique du genre, sa compréhension dépasse le domaine militaire et peut être étendue à la plupart des domaines de l’activité humaine.
L’Occident en prit tardivement connaissance à partir du XVIIIe siècle... par un jésuite.

Lire notre dossier : Encore la Chine (L’Art de la guerre).

Le livre sur amazon

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Dans l’actualité chinoise

Hu Jintao aux Etats-Unis

par RFI


Réaction à Pékin après la visite d’Etat de Hu Jintao aux Etats-Unis

Le numéro un chinois a achevé le 21 janvier[2011] son voyage aux Etats-Unis en s’arrêtant à Chicago pour y visiter notamment une usine chinoise. Hu Jintao s’est engagé à inciter les entreprises de son pays à investir et à créer des emplois en Amérique (sic [3]). La visite du président chinois aux Etats-Unis a été marquée par la signature de gros contrats commerciaux (votre technologie, votre savoir-faire, ce que vous produisez nous intéresse [4]), mais n’a pas permis de progrès concernant la monnaie chinoise, le yuan, une des priorités de Washington (sourire chinois poli, celui qui se traduit par : « pour le reste, allez vous faire foutre ! », traduction du Mandarin pratique, que même les diplomates chinois ne transcrivent pas dans leurs comptes-rendus avec copie WikiLeaks).

Crédit : RFI

[1] intitulée « Carnets chinois » dans une première approche

[2] Selon les annales chinoises, le génial inventeur est Houang Ty, un empereur qui aurait vécu de 1697 à 1597 av. J.-C.
Mais selon les ­archéologues, c’est aux Sumériens que nous devons cette révolution. Les anciens habitants de la Mésopotamie nous en ont légué des vestiges vieux de 5 500 ans. Déjà, la roue était un assemblage complexe de plu­sieurs pièces. Sa genèse res­te un mystère. L’hy­po­thèse la plus fine est celle suggérée en 1900 par un certain Forestier, inspecteur général des Ponts et Chaussées. Selon lui, la roue est issue de la technique de la baguette de bois que l’on fait tourner sur un socle pour allumer le feu. De la notion d’axe découlerait celle de la poulie, à l’origine de la roue (Crédit : www.caminteresse.fr)

[3] soulignement pileface

[4] ditto

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