![]() Ko Un. La chouette...
Hululement de Corée sous une étoile filante
En contrepoint de la Chine de Sollers, la rubrique « A l’heure de la Chine » ouverte récemment vise à rendre compte de la Chine contemporaine, dans son effervescence en train de renverser, à son profit, les vieux équilibres du monde occidental. La Chine qui s’approprie le capitalisme occidental et le retourne contre ses initiateurs. Pour le meilleur et pour le pire : buldozers dans le centre du vieux Pékin, dévoués aux dieux du modernisme et de l’argent, à l’explosion économique et sa course à la consommation. La Chine est-elle en train d’y perdre son âme, sa culture ? Les Chinois restent-ils Chinois ? Illusions d’optique ? ...Ruptures et continuations par rapport à la Chine de Sollers ?
Lui qui souhaiterait figurer dans un dictionnaire de littérature générale publié à Pékin, dans les années 2050 avec l’entrée :
« Sollers (Philippe), écrivain européen d’origine française qui, très tôt, s’est intéressé à la Chine. »
Extension du domaine chinois de cette section, à l’Asie, ici à la Corée. La Corée qui de tout temps a servi de pont entre la Chine et le Japon. Corée vassalisée par les Chinois mandchous de la dynastie des Qing, au XVIIème siècle. Corée, qui encore aujourd’hui à travers un de ses plus grands poètes, Ko Un, fait référence au Tao. C’est pourquoi vous trouvez, ici, cet écho de Corée du Sud par Nush Meynieu, une Française installée là-bas.
V.K. Ko Un, poèmes
J’ai écouté aujourd’hui par hasard le disque Invocation à la nuit du label AliaVox, et dans le livret de présentation on cite Dominique Rolin : « le silence de la nuit est le lac le plus profond de la terre » ! De là, mon esprit a erré sur les Poèmes Zen du poète coréen Ko Un, à commencer par « La chouette » puis d’autres. Du riz à moudre ! J’espère que vous apprécierez.. La chouette La chouette en plein jour
Les éphémères Trois cent millionièmes de seconde
Le cachot étroit S’il n’y a pas ici toutes les nations
Pour rien Le chemin qu’on a pris seul
Le Tao c’est le coeur ordinaire Le vent Le vent se lève
Les paroles que j’aime Au lieu de demander aux sages l’Illumination Je préfère plutôt couler Pour l’éternité au fond de l’océan Que c’est bon du vin dans mon verre et ces paroles de Tête-de-Pierre [1] Le moustique Piqué par un moustique
Un nouveau chemin A présent entre dans la mer
Une parole Trop tard
L’étoile filante C’est bien tu me reconnais. Ko Un
A propos de l’auteur : Les vies de Ko Un
Ko Un né en 1933, en Corée du Sud. Connu aussi sous le nom de plume, Ho. Avant sa naissance, il avait déjà eu plusieurs vies, conformément à la croyance bouddhiste, chronologie de ses anciennes vies dûment répertoriée sur son site (voir en fin de section), mais son nouveau passage sur terre cumule aussi plusieurs vies d’homme qui donnent de la résonance à ses poèmes. Expérience humaine à ses extrêmes, expérience aux limites, pour reprendre un thème sollersien [2], condensée en quelques mots dans ses poèmes. 1950 : Enseigne le coréen et l’art dans un collège secondaire 1952 : La guerre entre les deux Corées sévit, Il rejoint le clergé boudhiste, devient le disciple d’un grand moine Hyo Bonk et va se consacrer pendant dix ans à la méditation Zen. 1957 : Crée le Journal Bouddhiste. Commence en tant que premier rédacteur en chef à publier essais et poèmes. 1958 Débuts officiels en poésie patronné par le poète Cho Ji-hun. Publie un poème dans la revue Poésie moderne. 1962 Quitte la communauté bouddhiste. 1963 -66 Période sombre. S’installe dans l’île de Cheju. Tentative de suicide. Reprend à titre gratuit ses activités de professeur dans une école qu’il dirige. Chaque jour, il plonge dans l’alcool, lourdement et est sujet à de sévères innsomnies. Ecrit un long poème Nirvana. Publie son second recueil de poésies Seaside Poems : God, The Last Village of Languages (1966)
1973 : Nouveau grand changement dans la carrière de Ko-Un. Rompt avec son passé de porte-parole du nihilisme et s’implique activement dans le mouvement nationaliste, en tant que poète engagé. 1974-2010 : Le temps de la reconnaissance et de la consécration Combat pour la cause des droits de l’homme. Devient le premier secrétaire général de l’Association des Ecrivains pour la Liberté à sa création en 1974. Publie de façon prolifique biographies, essais, poèmes, traduction d’ ?uvres chinoises.
En 1999, passe un an aux Etats Unis comme « chercheur invité » de l’Institut Yenching de l’Université de Harvard. En 2000, c’est l’ONU qui l’accueille au « Sommet Mondial de la Paix » où il lit un poème sur ce thème. En 2004, il préside la « Conférence des écrivains nord et sud coréens ». Dans ses premiers recueils, Ko Un ne s’inspire pas uniquement du bouddhisme, il s’intéresse aussi à la pensée chrétienne, et il s’efforce en même temps de trouver un équilibre entre les traditions orientales et l’universalité de l’hellénisme. Plus tard, c’est encore la poésie qui lui permettra de surmonter le nihilisme, qui se répand chez les intellectuels. Il dénoncera la violation des droits de l’homme et les inégalité sociales, ce qui lui vaudra plusieurs fois l’emprisonnement. Après 1985, il se tournera de plus en plus vers la vie des individus et l’ histoire de son pays. 2010 vient couronner son ?uvre avec la publication des quatre derniers volumes de son projet poétique Maninbo de 30 volumes au total (4001 poèmes avec 5600 noms), 30 ans après le début de sa conception, en prison, en 1980. Crédit : Wikipedia et surtout le site dédié à Ko Un (bilingue coréen-anglais). Feuilletez le recueil de poèmes Beyond self (en anglais) PostfaceLa postface de l’édition française rédigée par No Mi-sug et Alain Genetiot, les traducteurs, est très éclairante pour comprendre les poèmes de Ko Un.
[1] "Tête-de-pierre" ou "Sommet rocheux" est un surnom répandu chez les moines bouddhistes depuis le moine chinois Shiht’ou (700-790) [2] cf. L’écriture et l’expérience des limites, Seuil, 1968. |
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