Haplocheirus sollers, nouvelles pièces à conviction
Interlude



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Actualitée chargée. N’avez-vous pas envie quelquefois de passer en mode « pause » ?
Entr’acte, interlude... ! C’est ce que je vous propose, aujourd’hui.
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Une brève « pileface » du 15/02/2010 vous annonçait la découverte dans le désert de Gobi - région du Xinjiang - à l’extrême ouest de la Chine, de l’Haplocheirus sollers, un fossile de dinosaure bipède vieux de 160 millions d’années, dans une couche de schiste argileux orangé.

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Haplocheirus sollers dans son cercueil vieux de 160 millions d’années

Qui lui a donné ce nom ? Jonah Choiniere de l’Université George Washington. Avait-il lu Sollers ? Probablement pas, mais comme Sollers, pour se choisir son nom d’écrivain, cet universitaire a sans doute consulté son dictionnaire de latin : Haplocheirus sollers pour signifier « main simple et habile » dit-il. Dans la justification de son pseudo, Sollers a aussi cité « habile » et ajouté « tout entier art, et « rusé » - comme le Sollers-Ulysse, « l’homme aux mille tours ». L’habileté en commun, donc, à l’homme de plume et à cet ancêtre des oiseaux à plumes.
L’intérêt de ce spécimen réside dans le fait qu’il est le plus ancien de son groupe que l’on ait jamais découvert et beaucoup, beaucoup plus ancien que tout ce que l’on connaissait. Remontée dans le temps de quelques 160 millions d’années. « C’est comme trouver un arrière, arrière, arrière grand père qui doublerait l’ancienneté de votre arbre généalogique familial » dit Jonah Choiniere. En fait, pas directement un ancêtre des oiseaux, plutôt un grand oncle, une branche parallèle en somme. Et c’est là un second intérêt de cette découverte de pointer le fait qu’il y a eu beaucoup d’expériences de l’évolution autour du plan de base "oiseau" avec prototypage de divers caractères aviaires comme dans ce spécimen. Y aurait-t-il là, un lointain souvenir de ces tâtonnements dans la naissance du mythe de Léda et le Cygne, dans la figure du dieu égyptien Horus chez les humains ? Comment le dire de façon universelle, sinon avec le langage de l’art.

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Haplocheirus sollers (dit main habile)

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Portrait du Joueur Haplocheirus sollers

L’honorable Professeur Xu de l’Institut de paléontologie vertébrale et de paléoanthropologie de l’Académie Chinoise des Sciences qui a été étudié l’individu ne sait pas dire s’il était joueur. Par contre ses caractéristiques anatomiques ont été notées : Jeune adulte de taille environ 2 mètres et longue queue. Queutard ? Ne connaissait pas le mot.
Par contre « ce sont des prédateurs. Ils avaient trois griffes sur leurs mains, qu’ils utilisaient pour attraper les autres animaux. », dit le Professeur Xu. Armes dans la guerre des sexes ? Le groupe n’a pas laissé de gravures dans les grottes. Maillol, si ! Une sculpture des meilleures ennemies des lointains descendants mâles de Haplocheirus sollers, immortalisées dans un petit livre intitulé simplement : Femmes, oeuvre d’un anthropologue des années 70-80 du siècle dernier.

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Maillot, Les trois graces, Jardin du Carrousel (Paris)
Beau cadrage (auteur inconnu). Spécial pileface.

Philippe Sollers et les dinosaures

« Oh, je les ai tous connus : Breton, Sartre, Aragon, Ponge, Barthes, Lacan, Foucault... J’ai connu les derniers grands dinosaures. De tous, c’est Georges Bataille qui m’a fait la plus grande impression. Par sa présence physique. Mauriac aussi était quelqu’un de plaisant. Encore sous-estimé aujourd’hui. Il était persuadé que Proust l’avait tué. Ce qui n’est pas faux. Mais pour moi, c’était le type qui avait connu Proust, qui avait mangé du poulet froid et bu le champagne à trois heures du matin avec Proust ! »
(Entretien avec Carole Vantroys, L’Express, mars 1997)

Lui même est devenu un dinosaure des Lettres françaises. Depuis 1958, depuis plus de cinquante ans sur la scène médiatique ou dans son antre de l’île de Ré en lieu de Galapagos. Avec cet aveu de filiation dans son dernier opus "Trésor d’amour" :

« II m’est arrivé ce matin, très tôt, de voir le temps ne plus passer  [1]. C’est une expérience.

J’ étais dans la salle de bains, Minna dormait, sa petite horloge chinoise, accrochée au mur, me faisait face. II était très exactement 6 h 25, et, brusquement, la trotteuse rouge n’a plus avancé tout en continuant à fonctionner. Donc elle poursuivait son mouvement circulaire en dehors de moi qui l’observais en train de compter sans compter. II a été 6 h 26 sur les aiguilles, puis 6 h 27, 6 h 28, 6 h 29, mais, entre 6 h 25 et 6 h 30, il y a eu un abîme, le même que celui que je venais de vivre en me réveillant à 6 h 18. Là, le grand jeu : déferlement de morts, mémoire déchaînée, centaine de visages inconnus précis dans des mégapoles, niagara de néant traversant la Terre. Impossible de chiffrer ça pendant que ça tourne. Aucune désorientation, pourtant, c’est beaucoup plus central, la perception de l’espace reste stable, je suis divisé lucide, délire noir d’un côté, calme lumineux de l’autre. Je me suis rendormi, je ne me suis réveillé qu’au bruit des cloches et des mouettes, à midi.

Minna : « Tu as travaillé tard ? »

En réalité, je suis beaucoup plus ancien que je n’aurais cru, comme le prouve, de façon plaisante, l’exhumation, dans l’extrême ouest de la Chine, d’un fossile de dinosaure datant de 160 millions d’années. C’est, nous dit Le Quotidien du peuple repris par la revue Science, « le plus ancien membre connu d’une longue lignée qui comprend les oiseaux »,

Les oiseaux viennent des dinosaures, et, comme alchimiste amateur, je comprends leur langue. Ce camarade lointain du jurassique a eu tout de suite un nom scientifique : Haplocheirus sollers.

Je n’invente rien. »
Trésor d’amour p. 162-163.

Admirable dinosaure

Le fossile Haplocheirus sollers a-t-il tout dit ? Une nouvelle pièce au dossier nous est adressée par Benoît Monneret, légendée « admirable dinosaure »... Il ne connaît pas cette histoire du fossile, mais, là est le mystère et le génie des artistes, ils sont capables de révéler l’inconnu, l’éternel pré-humain d’il y a 160 millions d’années, enfoui dans les plis et ridules de leur cerveau (pouvoir qu’ils partagent avec les poètes). Grâce à eux, nous pouvons remonter le temps, ne serait-ce que le temps d’une pause, d’un interlude.

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admirable dinosaure

Crédit photos fossiles : gwu.edu



[1] soulignement pileface

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