![]() Enfance et jeunesse d’un écrivain français
Conférence au Collège des Bernardins
Comme chaque fois, le grand amphithéâtre du Collège des Bernardins est plein en ce 29 juin 2010 de 19H30 à 21 heures. A la tribune, le père Antoine Guggenheim qui dirige de pôle recherches des Bernardins, Julia Kristeva et Philippe Sollers réunis sur le thème « Enfance et jeunesse d’un écrivain français », celle de Philippe Sollers. Cela risque d’être intéressant d’entendre le point de vue de l’amante, l’épouse, la mère, l’écrivain, la psychanalyste, le théoricien de la littérature, ainsi se présente-t-elle, et pourquoi elle a accepté de parler à cette tribune, après s’être posée la question... Trois caméras à l’ ?uvre dans la salle : celle de Georgi Galabov, le vidéographe attitré de Philippe Sollers, pour ses archives personnelles, et les caméras de France 5 qui préparent, pour l’émission « Empreintes », deux portraits respectivement sur Philippe Sollers et Julia Kristeva. Celui de l’écrivain est réalisé par Sylvie Pierre-Brossolette que l’on a pu apercevoir dans l’assistance. Etaient aussi présents : Marcelin Pleynet, Florence Lambert - coréalisatrice du Vita Nova de Pleynet, Josyanne Savigneau, Marek Halter...
Le Collège des Bernardins avait annoncé la conférence par ces mots : « La recherche d’une coïncidence aussi serrée que possible entre l’acte d’écriture et le récit /../, le monde écrivant et se lisant, le livre devenant monde. » ( Drame, 1965).
L’Introduction d’Antoine Guggenheim [1]
j’entends, je parle, je vois, je disparais dans ce qui s’écrit en moi. C’est une vieille, très vieille expérience toujours nouvelle et qui, chaque fois, me reprend avec une violence, une légèreté inconnues. C’est, et ce n’est pas, dans le temps. C’est au bord du temps, dans la fuite du temps, à la fin du temps. C’est de maintenant et de toujours, la chose la plus personnelle, la plus impersonnelle. La plus familière, la plus étrangère. La plus rassurante, la plus inquiétante ; la plus interrompue, la plus soutenue. Chaque jour, aux moments les plus différents du jour ; et la nuit, à travers le rêve, ou réveillé comme jamais au c ?ur du silence de toutes les nuits. Année après année, à quoi bon compter les années ? Je sais que je n’ai pas vraiment décidé de cette vie-là, ce retrait-là, ce malentendu permanent avec les autres. Malentendu qui s’accroît et que je ne fais rien pour atténuer, au contraire. Ne pas s’expliquer, ne pas se plaindre ; never complain, never explain : cette devise laconique et britannique est finalement la seule qui vient diriger mon comportement. Pour ne pas s’expliquer, pour en avoir le droit, encore faut-il être sûr d’avoir la force de ne pas se plaindre. Je ne me plains pas. Mais il faut du moins que j’explique un peu pourquoi je ne tiens pas à m’expliquer. Pourquoi, ayant été atteint par cette maladie particulière, j’accepte sans regrets de me perdre en elle. Sur l’enregistrement, vous pourrez écouter l’interprétation de ce texte par Antoine Guggenheim. Antoine Guggenheim Julia Kristeva![]() Avant de donner la parole à Philippe Sollers, je vous dois quelques explications - en tout cas des précisions. Après tant d’années de vie commune avec lui.
[...] Tu traverses l’enfance sans la quitter
Julia Kristeva
Philippe_Sollers_dans les bras de sa mère avec sa soeur Annie, dans le parc de la propriété familiale (à Talence), en 1937. ZOOM, cliquer l’image Philippe Sollers
Ouvrons « Un vrai Roman » On y trouve bien « naissance biologique ». Est-ce à dire que Julia Kristeva s’est trompée ? Je ne le crois pas, pour autant. J.K. place le passage qu’elle demande à Sollers de lire, page 19, alors qu’il se situe page 15 (sans ambiguïté possible) dans la version publiée... ce qui conduirait à penser que Julia Kristeva ne se réfère pas à la même version du texte. Une épreuve ? Un fichier informatique d’épreuve ?
Philippe Sollers - partie 1 J’ai eu l’impression d’être jeté là, dans le là d’Heidegger commente Sollers.
[...] (Grèves du personnel de l’usine familiale)
Philippe Sollers - partie 2
Philippe Sollers - Final [...] On voit bien ce que le sulfureux Eckhart
Puissance de l’éternel instant présent
En somme vous avez toujours plus ou moins mêlé
Je vous remercie [...] Il n’est pas anodin que Philippe Sollers termine par l’ évocation de sa lecture de Maître Eckhart sur la fosse de son père, lors de ses obsèques, et en ce lieu du Collège des Bernardins. Ce qu’avait souligné, aussi, Julia Kristava, en ces termes : « Cet événement de lire Maître Eckhart sur la tombe de ton père
Il fallait toutefois une oreille exercée pour relever dans l’introduction d’Antoine Guggenheim ce passage où il évoque la pensée de Sollers : « Théologie négative, sûrement pas négation de la théologie »... Du Maître Eckhart pur jus ! (Plus sur Sollers et le paradoxe de la « théologie négative » dans l’article de A. Gauvin) C’est aussi dire l’ouverture d’esprit qui règne aujourd’hui en ce lieu hautement symbolique, incarnation du renouveau de la pensée théologique : « chercher » et « scruter » sans cesse. Ici et maintenant ... Aux Bernardins ! « Il s’y passe toujours quelque chose... » Allez y oublier les slogans publicitaires. QuestionsSollers en profite pour sortir de sa poche une flashe de whisky (J&B si fidèle à la marque préférée de son narrateur). Pas de gobelet d’argent. Au goulot !
![]() [1] enregistrements V.K. sur dictaphone numérique de poche Olympus VN-7800 PC, non destinés à une exploitation commerciale [2] Terminologie de la « théologie négative. En qualifiant Dieu ou la Déité de néant (niht), Eckhart (1260 - 1327) ne veut pas dire que Dieu n’est pas, mais qu’il n’est ni être ni néant, ou plus exactement au-delà de l’être et du néant, antérieur à toute représentation de ce qui est et de ce qui n’est pas, précédant toute détermination ontologique (crédit : http://www.buddhachannel.tv/portail/spip.php ?article3341. » [3] cf. aussi "La rose est sans pourquoi" in Fleurs->, citation de Angelus Silesius (1624-1677, reprise par Sollers. Ce poète et mystique allemand qui a été très influencé par Maître Eckhart. |
|
Commentaires
|